21 mai 2007

Hééé Mariamou, de Maïmouna Coulibaly

Hééé Mariamou… écrit et mise en scène par Maïmouna Coulibaly.
Le titre ressemble au hurlement que pousse la M’man africaine qui réclame auprès d’elle sa Mariamou de quinze ans. Cette sorte de rappel à l’ordre agit sur le public comme une sirène de pompiers ou de voiture de police. Paraît Kathy Manyongo, mère enturbannée en boubou. Actrice et danseuse prodigieuse, aussi généreuse que le sont ses formes, elle tonitruera constamment, nous rivant à nos fauteuils, édifiés. Face à elle, Maïmouna Coulibaly est une adolescente gracile qu’elle surprend en train de lire un magazine djeune et cheap au lieu de faire ses devoirs. Les immenses yeux de la jeune fille nous ont déjà scotchés autant que le feront ses moues ravissantes et expressives, son métier d’enfer de comédienne-interprète, de danseuse, de chorégraphe, de chef et meneuse de troupe. Elle a conçu ce spectacle sous la forme d’une chronique de ses années de lycée avec beurettes et blackettes pour copines de classe et de cité. Un keum représente tous les autres : Sexy Choco, particulièrement appétissant, suscite l’émoi pour ne pas dire plus, de ses camarades, Mariamou la première. Sommée par sa mère d’expliquer la présence dans sa chambre de cigarettes et d’un préservatif, elle lui rétorque qu’on les lui a remis en classe dans le cadre d’un programme de prévention de la tabagie et du sida. Ladite mère, outrée, ne cesse de dire qu’il faut qu’elle arrête d’aller l’école puisqu’on s’occupe si mal de ses enfants. Elle lève les bras au ciel. Surtout ne pas croire que tout cela est au premier degré et ressemble à une quelconque dénonciation, aux objectifs plus ou moins douteux. Autodérision, bonne humeur, bonne santé, bonhomie, appétit de vivre, langage qui va droit au but sont les atouts de ce spectacle. Il est dansé de manière irrésistible sur des musiques répertoriables ou non- clins d’yeux que nous fait un DJ facétieux- et sur des modes dont la définition échappe aux néophytes, mais qui stimulent ces jeunes femmes aux déhanchements gracieux et fascinants, coureuses de fond jamais hors d’haleine. Mention particulière pour celle qui joue une proviseur réprobatrice, genre Frankenstein femelle quand elle danse, mais qui lâche que sa fille a épousé un maghrébin…un arabe, quoi, pouffent les lycéennes. Six autres épisodes évoquent leur parcours aux côtés de Mariamou. Elles se rencontrent des années plus tard. Mariamou en costume traditionnel et avec bébé dans le dos a été mariée « de force » avec son cousin du bled ; mais elle a décidé que la polygamie peut être une bonne invention, l’épouse numéro un sachant au moins avec qui est son mari. Sa copine beurette qui a trois mouflets se drogue toujours mais, solidarité oblige, négocie des crédits avec son pourvoyeur. Une autre, voilée, est maintenant « dans les sourates ». Une autre encore, nunuche et poule mouillée dite «la suiveuse », se vante d’être l’assistante d’un PDG de multinationale. Lequel, un macho de plus, se moque grossièrement d’elle sur son portable. Un temps, ces péripéties les sonnent : « Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? la star académie ? la révolution ? » Non, opinent-elles provisoirement , il faut surtout respecter les anciens et les autres même s’ils ne sont pas du même pays, et puis « être ensemble ». Voilà pour le message final, un peu téléphoné. Mais on a un spectacle tonique, farfelu, (voyez les proverbes facétieusement recyclés : « œil pour dent, dent pour œil ») et surtout touchant, servi par une troupe au tonus et au professionnalisme à citer en exemple. Dans des costumes flamboyants qui valent mieux qu’un décor, ils sont onze à occuper remarquablement l’espace scénique sur des cadences et des rythmes ensorcelants. Ne laissez pas passer ça.
Les Déchargeurs, du mardi au samedi à 21h30. Réservations : 0 892 70 12 28