30 mai 2007

La bête au bois dormant, par les Caramels Fous

La bête au bois dormant, par les Caramels Fous
Direction Michel Heim
Les Caramels se disent héritiers de ces chorales anglo-saxonnes dont sont aussi issus les Village People à qui nous devons l’air disco YMCA (prononcez « ouaaillèmmesiyé ») créé en 1978. Il fut plébiscité et fredonné par tous, même ceux qui ignoraient que ces associations de jeunes gens étaient connues pour rassembler les gay. Du moins aux USA. Sur scène, ils sont une petite trentaine à chanter en solo, en chœur, ou à voix multiples des tubes anciens et récents, des chansons dont l’air a été gardé mais les paroles détournées, travesties, parodiées. Ils virevoltent, galopent, dansent, lèvent la gambette comme des miss de cabaret. Les gentilshommes d’une cour princière très conte de Perrault, ou peut-être de pièce shakespearienne sont en habits chatoyants époque Renaissance. Les tutus longs et les hennins sont pour les fées, de délirantes fanfreluches pour les lutins. Manteaux longs de cuir noir pour les sinistres sbires du souverain. Déboulent des employés de l’EDF en tenue de travail munis des torches, prétextant une panne. L’enchanteur Merlin est un mage presque roi et le chaperon rouge tout à fait répertoriable. Mais elle tient un fusil à la main pour éviter de se faire « avoir » par d’ éventuels loups. Le prince héritier roule en mini-vélo, les hallebardes des gardes suisses ont des allures de balais recyclés et le reste est du même métal, dérisoire, décalé, fantaisiste, burlesque. L’intrigue est mieux qu’un prétexte : c’est un enchevêtrement de situations aussi traditionnelles que rocambolesques. Une substitution d’enfants royaux, des gardiens zélés élevant des rejetons mal venus ou non désirés, voire orphelins, sans leur révéler leur identité. On n’est pas loin des anciens Grecs ou même de Marivaux . Mais ici les fées, gaffeuses, ont oublié d’expliquer à la jeune princesse Henriette, leur pupille, qu’elle est en fait un garçon.
Ça dérape, déjante, désopile. Gags, imbroglios soulignés par des gaillardises non-équivoques: on ne vous dira surtout pas ce que le bilboquet brandi en cadeau de pseudo-noces de la vrai-fausse Henriette avec le vrai mais peut-être ambigu Henri, a inspiré à Michel Heim comme réflexions et extrapolations, avec démonstrations à l’appui. Mais c’est la fin de l’acte deux ; tout s’y est forcément corsé, s’est emballé, et le message passe . Aucun militantisme, aucune revendication, à peine une vague mélancolie parce que n’être pas conformes, selon bien des gens, marginalise toujours ces messieurs. Pourtant personne ici n’en veut à qui que ce soit et tout est transcendé. L’art peut-être, ou la simple joie de vivre et même de vivre avec ? Parfaitement dirigés, ces Caramels ludiques et professionnels sont en fait des amateurs. Dans le civil, ils exercent des professions très diverses. Cette originalité de la troupe explique qu’elle ne donne que peu de fois cette « comédie chantée et enchantée », selon une formule qui ne laisse pas vraiment le plaisir que vous éprouverez à les découvrir ou à les retrouver. Même s’il va vous falloir accepter qu’ils sont tous sonorisés, acoustique et lieu obligent, avec les inconvénients que l’on sait. Leur plus récent spectacle Les Dindes Galantes tourne encore (www.lescaramelsfous.com). Il s’est vu attribuer une collection de nominations pour les Molières 2006, dans la catégorie comédie musicale .
Le Trianon les 8, 15, 22 novembre. On vous conseille de réserver : 01 48 24 40 61.