07 mai 2007

Le massacre des innocents, de Fabrice Hadjadj

Le massacre des innocents, texte et mise en scène de Fabrice Hadjadj.
Jeu : Emmanuelle Bonnet, Véronique Ebel, Siffreine Michel. Avec Sarah Durteste : violon et violoncelle et Stéphane Lyonnet : bandonéon.
Un décor évanescent qui suggère à peine…mais quoi au juste ? trois jeunes femmes arpentent le plateau pendant deux heures, monologuant ou dialoguant et à peine déguisées …mais en quoi ? Au pied de la scène un musicien et une musicienne ponctuent systématiquement les treize épisodes de ce qui n’est pas vraiment une pièce selon les définitions classiques, c’est à dire avec intrigue, progression dramatique et même coups de théâtre ; résumer ainsi ce spectacle, étrange et grave, serait commettre une mauvaise action. Fabrice Hadjadj qui avoue son parcours de Juif ayant un jour reconnu que Jésus était le Messie, s’est donné pour mission de nous resituer par rapport aux ancrages premiers. Nourrissant et entretenant nos pauvres incrédulités il nous fait douter, puis nous demande de comprendre et de dépasser tous les seuils atteints jusque là. Habitées par la parole, hantées et transfigurées par elle, les trois jeunes femmes interprètent tous les personnages de cette saga composée d’épisodes faisant alterner de façon excentrique les « scènes de ménage » et celles dites « de tragédie » . Soliloques, confessions, conversations, exhortations au public, réconciliations, joies scandaleuses : tout évoque un peuple de rescapés et l’odeur de l’extermination de ces nouveaux-nés, dont la pureté est un mystère qui illumine l’âme de l’écrivain. Philosophe et poète, sa langue théâtrale est fleurie, charnue, insatiable. Parmi les scènes qui font retenir son souffle à la salle certaines sont espiègles. D’autres sont plus pathétiques : l’une a pour personnage principal un boucher ; au rabbin qui l’amène à approfondir sa connaissance des textes sacrés et accepter la volonté de Dieu, ce boucher se voit chargé de lui révéler que son fils emmené hors de Bethléem pour échapper au massacre est pourtant mort. Plus loin une mère rappelle à sa fille comment elle l’a aidée à avorter, de même qu’elle l’avait fait elle-même, refusant la venue au monde d’éventuels sœurs ou frères . Toutes deux sont liées par cet anéantissement d’êtres à venir, mais la fille révoltée clame son désir de tuer sa mère avant de crier: « Seigneur, jusques à quand resterons-nous dans ces ténèbres ? ». Tout ici témoigne de la violence et de la sincérité de celui qui, comme du fond d’un ancien abîme, s’étonne , s’émerveille ou s’indigne d’appartenir à la création, crie, prie ,loue et questionne encore et encore. Aux trois comédiennes inspirées, s’adjoignent une musicienne interprétant au violon et au violoncelle des mélodies poignantes ; son camarade l’escorte au bandonéon, cet instrument à la voix réconfortante. Et l’action de grâces du public est sincère.
Espace Georges Bernanos, du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 16h . Réservations : 01 75 85 68