21 mai 2007

Le Songe d'une nuit d'été, de William Shakespeare

Le songe d’une nuit d’été, de Shakespeare, mise en scène Raymond Acquaviva.
La plus fantasmagorique, la plus difficile à raconter des pièces de Shakespeare. La plus « culte » pour ceux de ses sectateurs qui veulent décerner la palme à l’une de ses comédies ; recherchée aussi par les jeunes compagnies d’étudiants ou d’amateurs. Mais eux savent que monter et jouer ce Shakespeare-ci est une aventure qu’ils n’oublieront pas. Il y est question de Thésée, duc d’Athènes, aimable et très bon prince. A la veille d’épouser Hippolyta, reine des Amazones, il organise des festivités auxquelles il souhaite que le petit peuple participe. Parmi les jeunes membres de sa suite se trouvent deux couples d’amoureux transis. Ils vont se déprendre de leurs partenaires à la suite d’une petite magie à base de suc de fleurs dûe à ce farceur de roi des fées, hôte du bois voisin, mais qui a échoué. Des charpentiers, menuisiers, et autres tisserands farauds ou simplets se sont mis en tête de donner une représentation théâtrale pour charmer leur prince lors de ses noces. Trois intrigues au moins s’imbriquent les unes dans les autres. Tournis garanti. Au milieu de tout ça Shakespeare le philosophe, l’homme, le poète à l’esprit aux images et aux formulations fulgurantes ne nous ménage pas. Au détour d’une tirade un de ses doubles affirme : « l’amour ne regarde pas avec les yeux, mais avec l’âme ». Quant à Puck ce lutin, vibrion, ludion, factotum du roi des fées, il conclut la pièce disant que ce à quoi nous avons assisté n’était qu’un défilé de visions dignes d’un demi-sommeil, et que si l’effet escompté n’a pas été atteint, lui et la bande dont il est le porte-parole « feront mieux » (la prochaine fois) avant de nous souhaiter bonne nuit. Une distribution inégale réunit de jeunes comédiens trop heureux d’être sur scène pour y déployer leur énergie en effectuant des performances quasiment sportives. Il est vrai que la mise en scène, par ailleurs très respectueuse du texte, les y convie. Dans une scénographie sommaire à base de rideaux en tulle blanc, ils caracolent sur le plateau, s’empoignent, se traînent sur le sol. Une passion très charnelle expédie au tapis les amoureux et les fait se rouler par terre. Ils s’immolent façon Roméo et Juliette, l’un sur le corps de l’autre, l’arme employée étant ici un balai. Pitreries pour dessins animés ou feuilletons délirants avec extra-terrestres; une fée aux ailes de libellule est en bikini sous sa tunique translucide. Certains interprètes se débarrassent du texte qu’ils ne veulent ni ne peuvent s’approprier comme si, trop auguste, il leur faisait peur, quoiqu’il soit propre à être déclamé, pour prouver qu’on est à sa portée. Beaucoup d’entre eux cependant sont particulièrement convaincants, voire désopilants. Au final, la pièce fait mouche, sa magie opère, bien qu’elle ressemble quelque peu à un patchwork de scènes mises bout à bout.
Sudden Théâtre, vendredi et samedi à 21 h. Réservations : 01 42 62 35 00