03 mai 2007

Pour un homard à la moutarde, Alfred de Musset l’insolite, de Jean-Gérard Héranger

Insolite? Le portrait que l’auteur nous propose n’a rien que de très convenable, voire convenu ; Musset ressemble à ce que nous savions du vrai dandy et faux iconoclaste… ou l’inverse ? Ici il est rarement question de l’homme désabusé, de l’amoureux torturé jusqu’à vouloir mettre sa vie et son talent en danger. Jean-Gérard Héranger raconte le poète-auteur de théâtre, séduisant et surdoué, perpétuellement en représentation. Des comédiens et comédiennes virevoltant en costumes d’époque disent ses poèmes culte ‘en situation’ et jouent les extraits de pièces que, potaches prolongés, nous chérissons pour les bonnes raisons. De ravissantes jeunes femmes tourbillonnent et minaudent, inspiratrices passées ou à venir d’Alfred. Des messieurs sentencieux du genre académiciens, au sourire un peu mécanique et de circonstance cherchent le mot juste pour raconter et commenter le parcours du jeune énergumène, ce personnage qu’ils n’ont pas osé être, et dont l’insolence et parfois l’inconséquence les ravit. Musset jeune est beau, multiple, peut-être même persuadé de son éternité. Eperdu d’amour il déclare sa flamme à ses muses et flirte avec toutes comme on le faisait dans les boudoirs. La plus exigeante d’entre elles étant l’irrépressible George Sand dont on sait qu’après l’épisode piteux de leur rupture, elle ne cessa d’être une mère pour lui. Et les messieurs de re-surgir sur scène, de se rengorger, disant à peu près : « quel homme charmant, voyez-vous, mais nous en avons connu d’autres ». En cela ils ont parfaitement tort et c’est l’ultime clin d’œil que nous fait Jean-Gérard Héranger. Geneviève Brunet et Odile Mallet signent la mise en scène festive de ce spectacle divertissant, sans plus, à la philosophie de salon y compris épisode où l’on joue à colin-maillard.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 2 juin, dates et réservations : 01 47 70 32 75