14 juin 2007

Dard dard, de Freddy Viau

Dard dard, comédie insecticide, écrite et mise en scène par Freddy Viau
Donc, ça va foncer, transpercer, mais vos sourcils se froncent : pesticides et cie, en principe l’humanité n’y survivrait pas. Soulagement: quatre gaillards bottés, en tenue verte d’employés de parcs municipaux font mine de se pencher sur le gazon. Ah les braves hommes et quel beau métier! Pas le temps de s’extasier: la mécanique s’est déclenchée au quart de tour, et à la scène deux, un plongeon en chute libre à l'image de celui d’Alice basculant au pays des merveilles. Atterrissage dans un univers de cigales, libellules, fourmis, bourdons, moustiques et leur clique, aussi impitoyable que le nôtre. On transite un peu du côté de chez Shakespeare, par une fameuse nuit d’été propice aux magies ou travestissements. Le microcosme de Freddy Viau fait cohabiter la gent ailée avec l’autre, la ‘pattue’. Mais le désir de pouvoir fait gigoter la fausse reine des abeilles, née ouvrière, usurpatrice à plein temps. Ancienne favorite d’un vieux roi frelon, elle a un passé sûrement chargé et le tempérament d’une vraie héroïne de tragi-comédie Elle finit par vouloir s’unir au représentant d’une autre espèce pour engendrer une race mixte doublement puissante. De plus en plus proche de l’hystérie, elle dégaine contre tous ceux ou celles qui entravent ses désirs hégémoniques , plante son dard (en bois et dérisoire) dans leur abdomen, mais comme on est dans une comédie festive, déraisonnable, loufoque et déjantée, les victimes, traîtres ou pas, ont le temps de l’insulter copieusement avant d’aller s’écrouler en coulisses. Parce qu’il y a une justice, même chez les insectes, la reine, personnage aussi actuel que complexe, terminera KO et hors-circuit. Mais rassurez-vous, ici aucune tentation de récupérer l’actualité ou la politique comme l’ont fait tant de pseudo-pièces aussi racoleuses que navrantes, ces derniers mois. Sur un plateau qu’ils occupent parfaitement, ils sont sept, dans des costumes gracieux avec des accessoires cocasses dont ils changent pour jouer une vingtaine de rôles. Tous ont de l’abattage, une présence et une énergie réjouissantes. Et beaux et belles avec ça. Ils dansent, chantent, façon comédie musicale. Le comique a plusieurs niveaux, avec par-ci par-là quelques gauloiseries et des exclamations en anglais, pour faire bon poids . La mesure de cette comédie astucieuse, burlesque et pince sans rire est généreuse et on ne décroche jamais, même quand les rebondissements s’enchaînent et que ça s’embrouille un peu. L’humour et le talent de Freddy et de ses camarades font mouche.
Aktéon Théâtre, à partir du 20 juin, du mercredi au samedi à 21h30. Réservations : 01 43 38 74 62