07 juin 2007

Deux frères, de Fausto Paravidino

Traduction et mise en scène de Jean-Romain Vesperini.
L’auteur Génois et trentenaire est la coqueluche de sa génération et des autres, dans son pays et même ailleurs. Acteur de théâtre et de cinéma, metteur en scène, traducteur de Shakespeare et de Pinter, scénariste, son CV est une biographie édifiante. Il s’est vu attribuer des prix littéraires pour Due fratelli ( Prix Tondelli 1999 et Ubu en 2001) dont la traduction française paraîtra à la rentrée aux Editions de l’Arche. Deux autres de ses pièces ont été montées à Paris par Stanislas Nordey dans le cadre du Théâtre Ouvert, lequel bannit toute complaisance côté choix. Vous imaginez l’envie qu’on éprouve de découvrir ces Deux frères au dos de la butte Montmartre, là où souffle un certain esprit, dans ce théâtre du Funambule qui prend de vrais risques rayon programmation. Le décor symbolise le décalage et l’ambiguïté revendiqués par Jean-Marie Vesperini qui veut « mettre le spectateur sur le fil du rasoir jusqu’au coup final » Côté jardin, à des éléments de portière en bambou pendent des dizaines de couteaux. A la cour un dispositif jumeau, mais avec des dizaines de tasses. Au mur du fond trois horloges indiquent trois heures différentes. Ils sont effectivement trois : deux comédiens dont on a peine à croire qu’ils puissent être frères ou demi-frères, tant leurs physiques sont aux antipodes l’un de l’autre et dont on ne peut pas non plus imaginer qu’ils soient les adolescents prolongés, vrais protagonistes de la pièce. Leur camarade est une colocataire imposée par qui ou subie pourquoi ?… Cette Erica est destinée à tout faire exploser et manie un langage aussi ordurier, ses préoccupations sont aussi minces que celles de Boris et de Lev. Deux frères titillés par la même nana. Et que dire du rapport de ces garçons avec leur mamma omniprésente sans être présente, qu’on soupçonne d’être à l’origine de leur infantilisation autant que de leur haine de toute femelle ‘primale.’ Lettres à maman, appels au secours et pleurnicheries de celui des deux qui avoue ne pas être une lumière. Puisque la nana sème la zizanie entre Lev et Boris, pourquoi ne pas la tuer ? Lequel de ces êtres, incapables de s’engager dans quoique ce soit qui les dépasserait, a eu le premier cette idée de génie ? Propos sans nuances, bêtement contemporains : ça vole bas. Affrontements et gestes rageurs, Lev a un visage fermé, une moue hargneuse. On est soulagé quand il est absent, effectuant son service militaire. Boris est un dadais mais Erica est une provocatrice efficace. On ne comprend pas toujours où chacun veut en venir, donc peu nous importe le dénouement . Mais que dire d’une écriture victime de tant de clichés. Qu’elle est un parti-pris, un outil pour dénoncer ce qui l’a été mille et une fois : le monde est devenu un bas-fond. Est-ce là le message de votre dramaturge encensé ?
Le Funambule, lundi, mardi, mercredi à 21h30. Réservations : 01 42 23 88 83