05 juin 2007

La Maîtresse , de Jules Renard

Mise en scène: Jacques Bondoux
Parue entre novembre 1895 et janvier 1896 dans la revue « Le rire », l’aventure de Blanche qui partage par intermittences l’existence de Monsieur Guireau, « ami paternel », « homme périodique et rangé » et celle de son Maurice fringant, imaginatif , poète à ses heures, fasciné par cette dame expérimentée qui a peut-être l’âge de sa mère, est une étape-clé dans la carrière dramatique d’un écrivain qui n’aura signé que huit pièces. Dont le délicieux et quasi-mythique Plaisir de rompre, daté de mars 1897, doux-amer, furieusement actuel où l’on retrouve Blanche et son Maurice prêts à se séparer, lui au bord de convoler avec un tendron. La Maîtresse est un vaudeville à l’envers d’une saveur rare. Dans des lieux aussi aléatoires que traditionnels où l’on peut faire sa cour, et se laisser faire - fiacre, bois nuitamment, chambre d’hôtel- Jacques Bondoux, metteur en scène et troisième personnage, meneur de jeu aussi méphistophélesque qu’inopportun, est leur complice. C’est l’homme au chapeau rouge qui commente, le cocher qui les emmène, le copain, intrus intempestif qui fera paniquer la dame au moment où elle pourrait enfin… Il rectifie les draps du gigantesque lit monté sur roulettes, mini-scène sur la scène, le fait tournoyer. Eux s’installent sur son rebord, grimpent dessus, y plantent leurs chaises. Lui les promène, puis s’occupe de leur garde-robe quand ils se déshabillent pour n’être bientôt plus qu’en caleçon long, chemise pour lui ou dessous à volants avec bustier pour elle. Blanche somme Maurice de lui tourner le dos : « quand j’aurai fini, je tousserai…patientez, comptez jusqu’à trois ». Les voilà sous un drap immense. Au moment où lui va vraisemblablement arriver à ses fins, il crie : « maman ». ( très-très-cher monsieur Freud). Ce n’est pas grave: « nous nous aimons raisonnablement ». Sidérante de bon sens autant que de rouerie la dame a pris toutes ses précautions pour ne pas risquer de désagréments sentimentaux. Elle fait le catalogue de leurs séductions et de leurs mérites respectifs et assène à son trop jeune amant qu’« un homme est toujours plus vieux qu’une femme » . Elle lui caresse le menton, lui, délace ses bottines . Ils se palpent les mains. «Parlons sérieusement ». « Epousez votre vieux »…« Rompons». « Te tuerais-tu à cause de moi ? » Incertitudes mais surtout pas de dégâts, aucun regret et ne pas s’attendrir. Musiques d’Offenbach, de cirque et de films avec atmosphères . Le lit refait quelques tours de piste, emmené par l’homme au chapeau rouge, ce redoutable Jacques Bondoux qui manipule tout .On n’en peut plus de bonheur, parce que la délicieuse Catherine Chauvière qui est Blanche, monstre de bon sens, aussi convaincante quand elle est péremptoire que quand elle pleurniche, a adopté le ton maniéré de la bourgeoise de l’époque, sans pour autant minauder. La finesse et la justesse de son jeu, sa jovialité vous intimideraient presque si Eric Cénat, son partenaire, n’était pas en reste. Il mouille élégamment la chemise, faussement interloqué, jamais pris de court dans le rôle du Maurice à qui sa Blanche impose précautions et mode d’emploi. « Je ne suis pas un bœuf en fonte » proteste t-il. Il est merveilleux. Et ce spectacle est un pur bonheur .
Artistic Athévains, mercredi, vendredi à 19h, jeudi, mardi à 20h45, samedi à 16h et 20h45, dimanche : 18h. Réservations : 01 43 56 38 32