03 juin 2007

Mélite, de Pierre Corneille

Mise en scène : Jan-Oliver Schroeder
Corneille nous met dans le coup dès le quatrième vers de l’acte un, scène un, quand Eraste avoue à son ami Tircis : « Mais malgré ses dédains Mélite a tout mon cœur ». Il nous informe ensuite que sa vie sera mise entre parenthèses tant que la jeune personne n’acceptera pas de l’épouser. Tircis commente : « S’attacher pour jamais aux côtés d’une femme ! / Perdre pour des enfants le repos de son âme ! Voir leur nombre importun remplir une maison, !/ Ah ! qu’on aime ce joug avec peu de raison ! » Preuve qu’un certain bon sens ou un certain cynisme avaient déjà cours dans les années 1630. La suite de la pièce ne peut consister qu’en la façon dont s’y prendra Eraste pour arriver à convoler avec cette beauté inaccessible. Elle paraît, se montre exigeante, plus ou moins prude ; c’est une coquette, et l’héritière d’une tradition qui veut qu’une jeune personne mette à l’épreuve ses galants. Cascades d’épisodes rocambolesques, enchevêtrements de rivalités amoureuses, lettres enflammées perfidement envoyées aux mauvais destinataires. On frise le mélo avec la mort que s’est donnée, paraît-il, un prétendant à bout d’arguments. Et ici c’est furieusement relooké et exoticisé. On est en Amérique hispanophone. Mélite est l’exquise Mélita, attraction du bar du même nom au bord de la mer. Elle chante à faire se pâmer ceux qui pieds nus et en bermudas, après l’heure de la plage se retrouvent pour un verre, ou plus, au comptoir du patron, vêtu de blanc, chapeau compris. C’est un avatar du Cliton originel, voisin de Mélite, et plus un commentateur qu’un meneur de jeu. On passe à la vitesse supérieure , les comédiens disant un texte resserré par rapport à l’original et l’on bascule dans le farfelu. Effusions limite torrides entre partenaires ou gifles sonores, prises de bec avec jets en l’air d’un matériel de bar qui atterrit dans le public. Mais la mise en cène, la scénographie, les éclairages sont simples, séduisants et efficaces. On rit beaucoup, même si l’on regrette un peu que des blancs récurrents, mini-silences, fassent piler le tout régulièrement. Ils sont visiblement destinés à ce que le public apprécie la musique de vers bien assénés , mais devenant des hiatus ils finiraient par agacer ceux qui n’ont envie que d’aimer l’inventivité du metteur en scène et l’implication de ses comédiens.
Vingtième Théâtre, du mercredi au samedi à 19h30, dimanche à 15h. Réservations : 01 43 66 01 13