21 juin 2007

Rose Cats, de Timothée de Fombelle

Mise en scène de Timothée de Fombelle, avec Laetitia de Fombelle et Stéphane Massard .
Un mini-plateau incliné, posé sur la scène; dessus, un encombrement de malles et de valises. A gauche un tableau affichant des numéros : c’est un ascenseur. Au-dessus de la porte que vous avez franchie en entrant, une inscription : « Les spectateurs sont informés que les titres, dialogues, personnages de films cités par Rose Cats sont tous imaginaires ». Ce ton, par trop sérieux, fait que cette avertissement ressemble moins à une mise en garde qu’à un fameux clin d’œil. Noir… pleins feux sur Lui, petit, costaud, effaré, et sur Elle, longuissime et goguenarde. Vous allez vous emballer pour cette pièce dont on ne sait trop comment rendre compte, sans donner dans la paraphrase ou enchevêtrer toutes sortes de superlatifs. Tout simplement parce qu’elle est excellente. Cocher ses plus? d’abord un scénario plus qu’ingénieux. Lui est groom dans cet Hôtel Impérial mythique: on est en 1937 précise le programme. La violence s’invitait alors aisément dans le paysage. Témoin, braqué sur Elle, ce pistolet, ustensile indissociable des westerns où campent ses fantasmes à Lui , pâle héritier de cow-boys. Peu importe ce que Lui et Elle se diront dans cet ascenseur folâtre, et la relation qu’ils établiront ; les mots de Timothée montent à l’assaut. Charnus, gouleyants, rigolos, incisifs, ils peuvent aussi être « cabossés » selon l’auteur. Les tournures de phrases, rarement raisonnables, s’imposent aux personnages et les formatent. Le groom se dénommerait Léger, mais Elle l’appelle facétieusement Groomy. Immanquablement fatale, elle est shootée aux films américains dont elle décline le nom des vedettes, comme on dégaîne, quitte à en bafouiller. Ambiance: la bande-son émanant d’un antique poste monumental qu’ausculte Groomy, restitue ce qu’on entendait à la radio de l’époque, annonces ou musiques de jazz. Déconvenue pour lui en forme de coup de théâtre : elle est en fait Rose Cats et surtout pas cette Madame Bulot, richissime femme du propriétaire de l’hôtel où il a atterri. Ex-vendeur de tissus dans un magasin urf aux étages aussi innombrables qu’hypothétiques, il entreprend à son tour de se raconter avec volubilité. Les deux comédiens semblent s’émerveiller de la cocasserie phénoménale de leurs répliques et de leurs échanges, qu’ils enchaînent comme s’ils les découvraient ou les inventaient. Un bon, un suave et un vigoureux délire sur un rythme ébouriffant qui dure une trop courte heure et quelque . Et que dire de l’usage que le metteur en scène-écrivain fait de la scénographie, de ses coffres , des lumières et des costumes ? Une indication gagesque de plus au rayon farces et attrapes: le Groom constate, stupéfié, qu’un à un les boutons dorés de sa veste rutilante disparaissent après chaque noir ; il se sent devenir nu. Suivez notre regard: elle rit sous cape. On ne peut que vous engager à aller découvrir une pièce originale d’un auteur trentenaire déjà reconnu car, à l’évidence, il s’impose parmi ceux de sa génération, et les autres.
Les Déchargeurs, du mardi au samedi à 20 heures. Réservations : 0 892 70 12 28