16 juillet 2007

La mégère apprivoisée, de Shakespeare

Mise en scène de Cédric Grimoin
Baptista, riche gentilhomme de Padoue ne consentira au mariage de la gracieuse Bianca, sa fille cadette, avec le plus valeureux mais aussi le plus riche de ses prétendants que lorsqu’il aura déniché un époux pour l’aînée, la calamiteuse Katharina. Agressive, celle-ci ne cesse de remettre à leur place ceux qui l’entourent dont elle a une piètre opinion. Son hystérie, de nos jours, serait imputée à un dérèglement hormonal. On pourrait la comparer à ces insectes femelles frénétiques à l’approche du mâle auxquelles elles finiront par se soumettre, instinct de reproduction oblige. C’est à peu près ce qui se produit quand débarque Petruchio. Ce matamore bien né, haut en couleurs guigne la dot de Katharina qu’il a résolu de conquérir, et dont il se vante de réussir à se faire aimer. Baptista ravi bâcle l’affaire et, sans demander le consentement de la donzelle, décide que le mariage se fera illico. L’apprivoisement peut alors commencer, qui est l’intrigue principale de cette pièce succulente, dont l’autre pôle est le mariage de la charmante cadette intervenant après d’innombrables intermèdes à la Marivaux, et incluant des prétendants déguisés. Cédric Grimoin nous fait rire de vrai bon cœur avec sa mégère pendant les trois premiers actes. Au quatrième ça déchante ; la demeure de campagne où Petruchio a emmené son épouse est un lieu où l’on fume le narguilé, les musiques sont orientales, n’y manquent que les appels du muezzin. Dans un pareil contexte les vexations que son seigneur et maître inflige à sa femme, cette « Kato » ( « Kate » et chatte déchaînée selon Shakespeare), sont déplorablement catho-notés et à rebours. Katharina humiliée est pire qu’une pute puisque, soumise aux seules volonté et fantaisie d’un homme, voilée, emmitouflée de noir, elle finit par être un zombie au visage blafard. Ce qu’elle dit sur un ton monocorde ressemble à une leçon serinée, mais par qui ? Plus rien n’est mirifique. Shakespeare le mystificateur-démythificateur qui fait semblant de se prendre au piège de doutes forcément métaphysiques a été remballé, mis à plat et envoyé au tapis, comme l’est notre Katharina prosternée devant son mâle, à la toute fin. Ou est passé l’auteur ? Reprenons : le personnage de grand appétit qui se charge d’une maritorne glapissante accepte un défi, mais entre deux « natures » qui cherchent à s’entre-démasquer on a compris que c’est un duel, dont la notion de fair-play ne peut être absente. Ici rien de semblable, le contresens que nous inflige le metteur en scène , ce pied de nez qu’il adresse à William S n’est qu’un vilain petit-canular. Couac. L’adaptation de la pièce dans un langage égrillard efficace et collant au texte, la mise en scène aussi généreuse que bouffonne, son tempo parfait auraient pu vous séduire. D’autant que les comédiens, excellents, ont du tonus à revendre.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de l’intégrale Shakespeare jusqu’au 9 mars. Dates et réservations : 01 47 70 32 75.