11 juillet 2007

La vieille au bois dormant, de et par Clémence Massart

Cette fois un ‘chapeau-claque’ a pris le relais du coquelicot géant piqué dans ses cheveux à l’acte précédent : « Que je t’aime » où, au départ, elle était une sacrée gamine. Elle porte une jaquette et une vaste jupe longue, tout aussi chatoyante et dont elle enverra valser les plis quand ça la prendra. Parce qu’elle bouge, danse, tournoie, chante, s’assoit, se relève, et raconte. Elle fait mine d’avoir décidé que vieillir va la rendre moche ; elle le clame évidemment à tort, mais pour pouvoir jouer les sorcières avec une auto-dérision et un humour qui sont un régal. Elle détimbre sa voix, siffle, imite les cris des mouettes, évoque son parcours de comédienne, rend hommage à l’épopée du Théâtre du Soleil à la Cartoucherie de Vincennes qui a fait en sorte que plus jamais le théâtre n’a été le même en France. Les intermittents du spectacle pointent leur nez : forcément concernée, solidaire, militante, elle relate l’épisode d’une audition à la RATP pour jouer dans le métro… recalée ! A mettre dans le compartiment bizarreries d’un monde incohérent, retors et parfois cruel. Mais sa faim et sa soif de vivre révèlent la gourmande qui se double pourtant d’une raisonnable. Elle confesse tout à trac « j’aime les hommes ». La voilà qui écluse un verre de rouge et le sketch suivant est désopilant de vraisemblance. Elle chante dans la langue des ‘rosbifs’, devient une Casta Diva d’un lyrisme sidérant. Elle ‘yodle’ comme une Helvète professionnelle. «On a les Russes au cul » : en toile de fond défilent les deux guerres mondiales, avec les « grands frisés », elle devient Lili Marlène « Vor der Kaserne ». Dans tous les registres elle percute. Chanteuse réaliste, hop, la voilà transformée en ce Marius qui « a envie d’ailleurs » et en même temps, face à lui, elle est Fanny pleurnichant, effondrée parce que son fiancé va lui préférer cet ailleurs-là. Elle met dans le coup et cite Desnos qu’elle aime, puis adopte un ton Comédie Française-Odéon 1930 cuistre, emphatique et ronflant ou encore nous fait frissonner comme seule Piaf le faisait. Sans qu’une note en sorte, elle fait haleter son accordéon dont elle joue de la main gauche tandis qu’elle souffle dans la petite trompette qu’elle tient dans la droite. Et elle sort de scène, repassant par la salle. Combien de personnages ce Frégoli femelle, cette énergique protéiforme héberge-t-elle dans son gosier ? et combien encore sont-ils dans cette demeure avec escaliers dérobés, trappes, greniers aux malles gonflées de costumes dont elle ne tient probablement pas le compte et autres cuisines confortables, voire somptueuses qu’elle a arrangée méticuleusement pour y loger son univers ? Clémence est remarquable et ce « tour de chant théâtral » est un cadeau dont vous n’avez pas le droit de vous priver, non plus que d’en priver vos amis. Théâtre des Mathurins, mercredi et vendredi à 21 h. Réservations : 01 42 65 90 00