24 juillet 2007

Le conte d'hiver, de Shakespeare

Mise en scène Camille Nesa
La reine Hermione demande à son jeune fils de lui dire un conte de son choix ; ce prince lui en propose un triste qui, selon lui, convient à l’hiver . Question tristesse sa mère va être servie: elle est soudain accusée d’adultère par son mari, Léontes roi de Sicile. Il clame qu’elle a été la maîtresse de son ami, Polyxène, roi de Bohème et que c’est à un second bâtard qu’elle s’apprête à donner naissance . Exit Hermione, bannie de la cour malgré ses protestations touchantes. Des témoins apportent très vite la nouvelle de sa mort à Léontes. Deux actes plus tard le vieux berger simplet qui a recueilli une nourissonne seize ans auparavant, apprend que cette délicieuse Perdita a rendu amoureux fou un certain Florizel. Celui-ci s’avère être le fils de Polyxène le prétendu amant d’Hermione, dont Perdita est évidemment la fille. Tout semble très compliqué : pourquoi la reine prétendument morte réapparaît- t-elle à l’acte V ? Par ce qu’il fallait qu’un vraie justice ait son cours, que Léontes, « tyran jaloux » qui ne lui avait pas fait confiance, ne soit pas châtié pour sa cruauté, mais au contraire pardonné, le temps et ses remords étant passés par là. Il revient à Paulina personnage cardinal qui sait tout et a tout manigancé, de nous convaincre que le pardon des offenses existe et que le temps exige qu’on cesse de chercher à expier ses fautes et de refuser une certaine grâce. La pièce à l’intrigue plus emberlificotée encore que celles qu’on considère comme les ultimes comédies de Shakespeare est montée avec un enthousiasme évident par Camille Nesa . Le lieu théâtral est un no man’s land et aucun accompagnement musical ne fait office de transition ou ne permet de récapituler. L’action étant éclatée, les personnages secondaires deviennent essentiels. Doubles, contre-point ou faire-valoir de leurs maîtres, ils illustrent et commentent l’action. La distribution hétéroclite fait que certains comédiens sont étonnants de véracité, tandis que d’autres donnent l’impression qu’ils tentent de se débarrasser de leur texte, parce qu’ils le jugent probablement trop auguste, lyrique ou pléthorique. Certains de leurs camarades font des numéros qu’ils veulent ébouriffants comme pour tirer leur épingle du jeu , mais leurs prestations donnent à l’ensemble une allure feuilletonesque. Camille Nesa a inclus dans sa mise en scène les intermèdes musicaux. prévus par Shakespeare. Ils sont ici chantés sur un mode flamenco par tous les protagonistes qui se retrouvent alors. Cela donne une impression de cohésion : nous voilà réconfortés.
Théâtre du Nord-Ouest jusqu’au 9 mars, dans le cadre de l’Intégrale Shakespeare. Dates et réservations : 01 47 70 32 75