03 juillet 2007

Les joyeuses commères de Windsor, de Shakespeare

Les joyeuses commères de Windsor, de Shakespeare
Mise en scène : Idriss
Désolée parce que Shakespeare dans une de ses pièces historiques avait fait mourir de chagrin Falstaff, compagnon de jeunesse et de débauches de son ancêtre Henry V, Elizabeth I aurait demandé à l’auteur de le ressusciter. Et de l’entourer une fois encore de sa petite clique de séides et d’écornifleurs. Banco : une première version de cette farce a été aussitôt concoctée et après la réouverture des théâtres, bannis par Cromwell, elle s’est redonnée devant des publics chaque fois morts de rire. Peut-être parce que la morale de l’histoire envoie au tapis les dérives licencieuses de la galanterie courtoise et vante un certain bon sens lié aux valeurs dites ‘bourgeoises’. Peut-être aussi par ce que la mésalliance de deux jeunes gens, amoureux aussi éperdus qu’astucieux, est l’intrigue secondaire de cet ancêtre du vaudeville. La pièce est un feu d’artifice de jeux de mots, une surenchère d’aphorismes loufoques, de calembours subtils, de contrepètries grivoises, de répliques emberlificotées à double et triple fonds. Le tout est forcément difficile à rendre dans une traduction. Cela se termine par le commentaire du père de famille dont la fille vient de convoler en douce avec un prétendant non souhaité : « Ce qu’on ne peut éviter, on doit l’accepter ». Quant à sir Falstaff , pivot-prétexte de la pièce, c’est le prototype du bon vivant aux failles aussi visibles que pardonnables : tel était le désir de la Reine, wasn’t it ? Moins débonnaire que ses allures de bon gros ne le laisseraient supposer, il a des rapports ambigus avec l’argent et les femmes, et n’hésiterait pas à se faire entretenir par une ou même deux maîtresses à la fois, pour peu qu’elles aient du bien . Flou parfois, mais euphorique en général, buvant plus que de raison il passe outre à tout. Quitte à se faire embobiner, ridiculiser, bastonner et finalement confondre par deux dames complices l’une de l’autre : Mistress Page et Mistress Gué. Pour faire prendre en flagrant délit le gaillard insatiable, elles l’ont convié à des soi-disant rendez-vous galants, chez elles et en l’absence de leurs conjoints. Peut-être s’ennuient-elles un brin auprès de leurs notables de maris auxquels elles n’ont pourtant pas décidé d’être infidèles. Dans la mise en scène d’Idriss, elles ne sont pas insensibles au charme des jolis cœurs, pages et autres messagers, ces jeunes comédiens qui contribuent à faire un régal de cette distribution nombreuse (16 comédiens). Mise en scène rythmée par des musiques de cirque, le ton et le tempo une fois donnés ne faillissent pas et la sarabande se termine par un ballet funambulesque dans la forêt de Windsor .La petite communauté s’y est travestie en fées et lutins, certains sont affublés de costumes d’animaux en peluche. Un médecin français (Antoine Brin) a l’allure et le chapeau d’un collègue du temps de Molière : il zozotte et crachotte. Un Gallois, sir Hugh Evans, pasteur de son état ( Frédéric Touitou) s’est doté d’une atroce parodie d’accent franglais, il en fait beaucoup avec des allures de méchant loup. Nicole Gros est la traditionnelle, redoutable et omniprésente entremetteuse, Mistress Quickly. Les maris des commères, Page (Jean-Jacques Duquesne), et Gué (Christian Chauvaud) sont aussi empathiques que Mistress Gué (Diane de Segonzac) est malicieuse et rigolarde et que Mistress Page( Marie-Véronique Raban) est madrée et aguicheuse. Dégaine à la Carlos, voix et intonations à la Noiret, « plein d’soupe » réjoui , Jean-Guillaume le Dantec est un Falstaff vantard, pléthorique et épatant. En l’absence de décor les comédiens défilent avec des banderoles indiquant le lieu où chaque épisode se déroule, selon la tradition. Sur scène on s’interrompt, se coupe la parole, on rapplique ensemble, le tout tambour battant. Et la salle n’en finit pas de s’esclaffer.
Théâtre du Nord-Ouest, les 5, 6, 7, 8, 9, 10, 13, 14, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23 et 24 juillet. Horaires et dates en août : 01 47 70 32 75