08 juillet 2007

Que je t'aime, de et par Clémence Massart

Il fallait un sacré culot pour décider de porter au théâtre le courrier du cœur des magazines féminins dans les années 50-60. Clémence nous re-propose ce « Que je t’aime », mis en scène par Philippe Caubère, qui avait donné le tournis aux spectateurs avignonnais il y a une dizaine d’années. Ah-que voilà un titre titre connoté ! mais quand Clémence saisit son accordéon et donne , sans l’ombre d’une sonorisation, de cette voix multiple aux tonalités étourdissantes, on rêve d’une gigantesque trappe happant toutes ces bêtes de scène, brailleurs et confiscateurs de médias financièrement complices. Vraies prudes, fausses ingénues, apprenties rouées, provocatrices patentées, anti-héroïnes précoces ou plus que mûres, celles qui avaient pour madonne-et-intercesseuse Ménie Grégoire, Clémence les récupère toutes. Elle les réinvente, les retouchant un peu au passage. Avec un brin d’accent foncièrement authentique, de Guiguite ou de Berthe de Marseille ou du Berry et consoeurs, ou des intonations de Madame Simone, ou plutôt cécile de la rue de la Roquette, à Paris . Sensations , élans réprimés ou au contraire réclamés, Clémence est une petite fille, prude ou ogresse en puissance, une matrone revenue de presque tout mais qui aimerait bien, une fois encore, tâter de la chose. Enormes yeux bleus avides mais tutélaires, vastes pommettes réconfortantes, ses lèvres sont d’une mobilité qui déconcerte et ses moues anticipent les situations, puis les escortent sans les parasiter .Truculente, farfelue, elle fait mine d’avoir des tics et avec des demi-gestes brefs elle tapote, comme pour la défroisser, sa robe de petite fille ou nous montre l’arrière de sa culotte petit bateau comme elle l’a probablement fait au camarade qui, à la récré, aurait tenté de la coincer du côté des toilettes. Elle empoigne son accordéon qui lui barricade le torse ; petite musique ou grand airs s’imposent : atmosphère. Rejoignant Ferré et consorts elle chante les hommes qui passent, l’émotion qu’ils suscitent chez leurs partenaires accidentelles, lucides ou pas. Seule en scène devant quelques chaises de bistrot, cette caméléone a maintenant cent voix plus une. On lui sauterait au coup, on se dit: ce n’est pas possible que ce qu’elle fait soit d’une telle qualité mais on devine le travail acharné de cette surdouée pour que tout soit si juste. Petit clin d’œil gouailleur : elle fait mine d’être estomaquée de ce qui ce passe et nous prend à témoin du résultat. Le public en redemande, se prépare à rempiler et à retrouver cette prodigieuse Clémence dans son autre spectacle, ce « tour de chant théâtral » qu’elle donne en alternance dans le même théâtre jusqu’au 2 septembre.
Théâtre des Mathurins. Que je t’aime : les mardi, jeudi, samedi, dimanche à 21h et La vieille au bois dormant : les mercredi et vendredi à 21h.. Réservations : 01 42 65 90 00