01 juillet 2007

Richard III, de Shakespeare

Adaptation: Jean-Pierre Müller et Philippe Seurin
Mise en scène : Jean-Pierre Müller
En proie à des forces traditionnellement décrites comme celles du mal, qu’il ne maîtrise pas mais identifie et recense bien , le duc de Gloucester, en passe de devenir roi, puis couronné Richard III, est-il susceptible d’avoir une vision politique des choses ? N’est-il qu’un personnage caricatural, monstrueux , aspirant à tout exacerber pour donner l’impression de prendre une revanche multiple sur un sort qui l’a fait naître maléficié, boiteux-bossu, trop près du trône de ses pères, oncles, frères et neveux ? Lui, l’impatient, l’insatisfait. Les ruses et les crimes abjects par lesquels il s’empare du pouvoir et réussit à le conserver se ressemblent et finiraient par lasser. Il fait supprimer son frère et rival pour hériter de la couronne de leur autre frère Edouard IV. Après avoir épousé Anne, veuve du prince de Galles, il fait assassiner leurs jeunes enfants, la répudie ensuite pour épouser sa propre nièce Elisabeth fille d’Edouard IV. Mais ses anciens amis et complices, mal récompensés de leurs bons offices, révoltés et épouvantés se rebellent contre lui, lèvent les troupes qui le battront à la bataille où il meurt après avoir fait preuve d’une vraie bravoure et d’un courage inouï qui n’apparaissent pas ici ; Jean-Pierre Müller ayant pris le parti de supprimer les séquences relatives aux batailles. Sa mise en scène est par ailleurs rapide, rigoureuse, efficace, lisible et parfaitement respectueuse du texte . Dix-huit comédiens et comédiennes jouent les personnages disciplinés qui sont parties prenantes, alliés et désalliés de Richard, hommes du peuple ou simple exécutants. Ils restent loyaux à leurs chefs ou suzerains, et n’affrontent le monstre qu’à la toute fin. Par contre les femmes, la duchesse d’York et les reines Elizabeth et Margaret, ont des statures étonnantes, elles résistent et lui tiennent magistralement tête. Philippe Seurin est un Richard III qui mène tambour battant cette pièce qu’il porte aussi à bout de bras. Maugréant ou tonitruant, coléreux, vachard, inquiétant, râleur ou faux-jeton, mielleux mais poignant ou même pitoyable dans un épisode où il s’effondre presque en larmes , son magnétisme fascine . Particulièrement dans l’épisode célèbre où il séduit lady Anne en pleurs devant le cercueil de son époux, et cet autre où , se laissant offrir la couronne, il joue l’indifférence de l’homme absorbé en prières et considérations pieuses. Autour de lui dans des décors et lumières très stylisés comme le sont aussi les costumes, modernes pour la plupart, ses camarades sont tous parfaits. Ce Richard III est de grande classe.
Théâtre du Nord Ouest, Les 1er, 2, 3 juillet, les10 ,15 ,16 ,20 ,24 ,25 ,26 août et les 19, 21, 23, 24 septembre. Horaires et réservations : 01 47 70 32 75