21 juillet 2007

Tout est bien qui finit bien, de Shakespeare

Mise en scène de Julie Lavergne
Est-il possible de se laisser séduire par une pièce décrétée comédie sombre par des exégètes grincheux arguant que le titre est une métaphore apaisante d’un état de grâce miraculeusement retrouvé… in extremis seulement ? Non sans avoir souligné que les rapports entre les protagonistes sont ambigus et que les intrigues qui s’entremêlent ne font que mettre l’accent sur leurs failles à tous. Julie Lavergne leur répond par une mise en scène étourdissante de fantaisie : elle sait que William est au delà de tout ce qu’on pourrait envisager. Intemporel, aussi funambulesque que burlesque, il est aérien et cependant aussi terrien qu’incandescent . Sa mère-patrie étant la langue , sa marraine est l’imagination. Dans ses comédies s’invitent toutes sortes de royaumes, réels ou non. Ici c’est la France qu’il a malicieusement prise pour toile de fond avec un roi qui se veut arbitre et justicier mais, qui sénescent et malade, est dépassé par les évènements. Il y a aussi une comtesse d’âge mûr dont la fille adoptive Hélène est le personnage central de la pièce. Cette jeune personne a jeté son dévolu sur un certain Bertrand qui n’en a cure, préfère la guerre au batifolage et n’envisage surtout pas, ou du moins pas encore, le mariage. Elle arrivera pourtant à ses fins, usant d’une cascade de stratagèmes quasiment crapuleux et avec la complicité d’une autre charmante personne : Diana. Mais autant ces jeunes filles sont décidées, intrépides, rouées, autant les personnages de la génération précédente sont des faux vieux. Leur âge ne leur sert que de prétexte à afficher un bon sens qui ferait gagner du temps aux jouvenceaux s’ils acceptaient d’écouter arguments et conseils. Tous en tombent d’accord à la fin, laquelle n’a pas l’air d’un règlement de comptes du genre si vous m’aviez fait confiance , mais plutôt il faut tout relativiser, n’avoir aucune amertume; à bas la sottise et l’outrecuidance. Tolérance et magnanimité, tels sont les maîtres-mots. Au passage un certain « laissons les morts enterrer les morts » n’a rien de sentencieux ni de sinistre. La mise en scène et le parti-pris de Julie Lavergne vont dans ce sens : aucun cynisme n’y est de mise, non plus qu’aucune mièvrerie. Pas de théâtralité, pas de grandiloquence dans l’adaptation d’Eric Westphal qu’elle a choisie. Elle se débarrasse à l’aide de pirouettes de tout ce qui pourrait avoir l’air ambigu ou scabreux. La façon dont elle suggère les combats est carrément surréaliste et clownesque . Les costumes ont des couleurs somptueuses. Quant aux comédiens, ils sont empathiques et talentueux. Leur justesse égale leur fantaisie, particulièrement en ce qui concerne les personnages excessifs, ces vrais comiques. Elise Durel est une Hélène remarquable de finesse, de pertinence et de vivacité. Menant la danse, elle trouve une Diana à sa mesure en Célia Grincourt. Cette dernière chante très joliment et signe une composition musicale inattendue et rafraîchissante. Françoise Levesque est une comtesse bonne comme du bon pain, et leurs camarades masculins sont tout simplement parfaits, souvent au second degré, ce qui rend l’ensemble plus léger ou plus détonnant encore. Citons Bertrand Tschaen qui joue Paroles, il est aussi hallucinant de cocasserie que touchant. « Et maintenant que chacun donne libre cours à sa joie », ainsi se termine la pièce. Cette formule soulignant qu’une comédie se doit d’avoir un happy end, n’a jamais autant été d’actualité : c’est une joie roborative que le public partage avec la troupe au moment des saluts.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de l’Intégrale Shakespeare jusqu’au 9 mars 2008. Dates et réservations : 01 47 70 32 75