15 août 2007

Mesure pour mesure, de Shakespeare

Mise en scène de Béla Grushka
Coleridge disait de toutes les comédies de Shakespeare que c’était la plus douloureuse, et son contexte est effectivement assez trouble voire malsain. A Vienne où la corruption règne, la jeune et sincère Juliette est enceinte des œuvres de Claudio. En l’absence du duc Vincentio officiellement en voyage en Pologne, Angelo, régent nommé par lui (capable de mettre en avant « l’austérité de ma vie… mon nom sans tâche ») le condamne à mort pour immoralité. Claudio est jeté en prison. Sa sœur Isabella, qui envisage de se faire nonne, vient implorer Angelo de le gracier, mais celui-ci qui la désire aussitôt lui propose un marché odieux : qu’elle lui cède et son frère vivra. Cependant le duc, se faisant passer pour un moine, parcourt le pays pour savoir ce qui s’y passe et démasquer les impostures. Au terme d’épisodes imprévus et d imbroglios impliquant toutes sortes de personnages, de il réapparaît pour restaurer l’ordre, pardonnant à tous ceux qui se sont rendus coupables de cruautés et d’ impiétés. Une certaine lumière se fera et il épousera Isabella puis, comme c’est la coutume pour les comédies de l’époque, d’autres unions jugées harmonieuses seront célébrées dans leur entourage. Cette pièce troublante cherche à voir de la noblesse dans la passion. C’est une réflexion sur le pouvoir, la vertu, la justice et le pardon. En témoignent les monologues et les dialogues où le bon sens est transcendé par un amour autre qu’humain. Des vérités sont assénées de façon fulgurante par des personnages soit tourmentés, soit inspirés ou les deux à la fois. Le duc, bien sûr, mais aussi l’éloquente Isabelle. Béla Grushka met alertement et presque goulûment la pièce en scène dans une version aussi fidèle que fantaisiste ou pléthorique : on pense parfois à du Brecht. Ils sont dix-sept sur le plateau dans des registres complémentaires. Le rythme choisi fait que tout semble parfois décousu, emberlificoté, mais c’est probablement ce que souhaitait, du temps de l’auteur, le public qui accourait à Londres pour assister à ce genre de sagas incompressibles. Certains comédiens déclament presque et forcent le ton ; on ne leur en veut pas, ils sont certainement sincères, bien qu’à deux doigts de faire un numéro. En jeans et manteaux de cuir, avec des dégaines de loubards, tripotant leur braguette, crachant, d’autres gouailleurs, sont moins métaphysiques et plus convaincants. Ça chante, ça joue au piano dans la coulisse. Et dans le rôle du duc, Mathias Marty, moine encapuchonné à l’accent voluptueusement transalpin, comédien sidérant, fait qu’il est urgent que vous alliez prendre la mesure de ce spectacle.
Théâtre du Nord-Ouest, les 19, 22, 27 août et les 1er,10 et 30 septembre. Programmation jusqu’au 9 mars; horaires et réservations : 01 47 70 32 75