13 août 2007

Timon d'Athènes, de Shakespeare

Mise en scène: Cyril le Grix
Tenter de donner le ‘pitch’ de la dernière en date des tragédies de Shakespeare s’avère plus envisageable que résumer une quelconque des précédentes. Peut-être parce que celle-ci se veut avant tout parabole. Timon, riche et noble Athénien n’en finit pas de combler de présents ceux dont il s’est entouré. « Ma richesse ce sont mes amis » dit-il avec une sincérité qui ne peut être mise en doute. Il dilapide son patrimoine, malgré les mises en garde de Flavius son intendant navré, et celles plus virulentes d’Apemantus, philosophe sagace, blasé ou simple stoïque qui se voudrait son mentor. Ruiné, Timon déclare que ses amis vont lui venir en aide. C’est l’inverse qui se produit, tous se révélant plus cyniques encore qu’ingrats. S’ensuit la descente de Timon l’utopiste aux enfers. Révolté dans un premier temps contre toutes sortes de flatteurs et d’intrigants, ex-naïf, il vient de découvrir leur vrai rapport à l’argent . Réfugié dans une grotte pour fuir le monde, il y déterre par hasard un trésor de pièces d’or et le distribue en hâte à ceux qui viennent le trouver. Dont le général Alcibiade, ancien invité de ses banquets. Révolté contre les responsables de la pagaïe qui règne à Athènes, ce dernier voudrait remobiliser Timon et marcher avec lui sur la cité pour qu’il y soit réhabilité. Trop tard, Timon s’est laissé mourir : il a « bâti sa demeure éternelle sur la plage » où « une fois par jour la houle turbulente me recouvrira de son écume ». L’épilogue en forme d’épitaphe est dite par ce même Alcibiade ; il évoque l’olivier qui neutralisera le glaive et une certaine sérénité est alors au rendez-vous : ce que n’a pas envisagé de montrer Cyril le Grix qui met en scène la pièce. Toutes sortes d’épisodes majeurs ou collatéraux supprimés elle devient un spectacle d’une heure et demie où l’émotion est au rendez-vous en permanence et la performance des comédiens étonnante. On est d’abord quelque part du côté de Guermantes: distingués, en costumes trois pièces beiges, prisant du tabac et se serrant onctueusement la main, voici nos mondains attablés autour d’un Timon suave qui leur ressemble. Un noir : la table du banquet métaphorique qu’il leur offre est ramenée en coulisses. Martèlements de tambours de guerre à l’antique. Tout bascule. Il est maintenant question de détestation, de haine, d’écœurement, de mépris pour les flatteurs et pour l’humanité entière qui pour lui leur ressemble. Dans son pantalon troué Timon, excellentissime Jérôme Keen, guetté par la folie, est devenu ce quasi caractériel à genoux qui gratte le sol. Monologues insensés, imprécations en rafales. Son serviteur Flavius, Tom Costalini, également bouleversant, a la voix détimbrée à force d’être assourdie par le chagrin. « Tu pleures, dans ce cas je t’aime, tu es une femme », l’émotion le submergeant à son tour, Timon lui caresse la joue avec une sensualité et une tendresse infinies et finit par presque murmurer. Ce spectacle qui utilise la traduction raffinée de Jean-Claude Carrière est servi par une troupe de comédiens tout en nuances et tous habités. Dans le rôle majeur d’Apemantus Franz Debrebant, le seul à être vêtu de noir, est spectaculaire. Une véritable réussite.
Théâtre du Nord-Ouest: les 15, 17, 22 ,25, et 30 août et les 1er, 7 et 9 septembre. Horaires, dates jusqu’en mars et réservations : 01 47 70 32 75