19 septembre 2007

Cargo 7906, de Sandra Korol

Avec Darius Kehtari
Stupeur du public dès les premières minutes du spectacle; on souhaiterait que la fin d’un pareil monologue n’ait jamais été envisagée. Pourtant, une vitre sans tain s’interposant au départ entre le public et le comédien au visage d’une beauté troublante sous sa perruque de clown, vous a peut-être mis mal à l’aise. Normal, il parle si vite du rêve et d’un certain exil qui n’est pas une simple métaphore, disant venir d’un pays où la parole est sacrée, où son père « était un roi… que puis-je être d’autre qu’un clown ? ». Ne pas tenter de freudiser la chose ou de faire coïncider clown avec clone. Et pourtant… Avant qu’il n’apparaisse, une séquence en super 8 , passerelle entre le vrai et le moins vrai, nous a montré un homme maîtrisé par ceux qui vont l’incarcérer. Ça rime avec guerre et tout un cortège d’absurdités et de violences très ordinaires. Notre anti-héros, rêveur qui prétend n’avoir jamais eu de rêves et n’avoir jamais reçu aucun don à sa naissance, revient sur ses mots comme on reviendrait sur ses pas, instinctivement, machinalement, parce qu’il ne peut se défaire de tout ce qui le hante. Il avoue son appétit d’ogre ou de poète. Touchante, contradictoire, on assiste avec ravissement à la troublante collaboration entre l’auteur et son comédien. Reprenons: cet homme-là qui aurait aussi aimé être un héros a, dans sa jeunesse, fréquenté une académie militaire. Flash-back: nous sommes en Iran au temps de la guerre avec l’Irak. Mais son roman à lui est celui d’un homme qui a infiniment aimé la femme de son frère aîné devenu «gardien de la révolution ». A la demande de cette Yeleen, mère d’un jeune Yahé et épouvantée par ce qu’elle pressent, il fuit avec son neveu chéri et s’enfourne dans les soutes du cargo matricule 7906. Destination ce pays où il survivra d’abord et qui se révélera peut-être un alibi décevant. Brandissant ses mains menottées, Darius Kehtari , athlète superbe, bondit de table en chaise, quitte à en briser une. Roi et clown à la fois , passeur incandescent d’une mémoire dérangeante, dans la mise en scène conçue par Daniel Roussel pour ce texte éblouissant, il galvanise la salle.
Le Funambule, mardi, mercredi et jeudi à 19h30. Réservations : 01 42 23 88 83