13 septembre 2007

Don Quichotte, de Cervantès

Adaptation et mise en scène de Philippe Adrien
Il y a ceux qui prétendent être agacés ou même saturés depuis l’enfance par de constantes références à ce héros, dur et faible, bernable à souhait et tellement pur, mais qui n’ont pas lu une traître ligne du roman picaresque dont il est le héros et sans doute l’anti-héros. Il y a ceux qui le mettent à une sauce curieuse, lui confiant la paternité d’une association vouée aux SDF, noble cause s’il en fut. Il y a ceux pour qui Don Quichotte de la Manche a parfois été prétexte à des comédies musicales, feuilletons ou films plus ou moins convaincants. Et il y a Philippe Adrien que les ‘fondus’ de théâtre aiment depuis si longtemps. Ils se demandent aujourd’hui s’il n’est pas aussi chevaleresque et chimérique que son modèle, parrain ou saint patron, s’il est vrai que le pape Benoît XVI a bel et bien fait l’éloge des valeurs incarnées par le personnage central de ce conte initiatique où toute renaissance est douloureuse et salutaire. Donc notre metteur en scène et adaptateur relevant le vieux défi, signe une fresque dont on n’ose imaginer le total des heures qu’il y a consacrées, non plus que le nombre ou la qualité des collaborateurs qui lui ont permis de nous offrir cette saga rocambolesque . On ne louera pas le parti-pris qui lui a fait convoquer sur scène deux couples de comédiens incarnant Quichotte et son Sancho Pança. Le premier Quichotte, ou est-ce le second ?…un tourbillon vous prend… est format M, son acolyte culmine à une grande vingtaine de centimètres en moins. Quichotte 2, lui-même XXL, mesure deux bons mètres face à un Sancho format Mimie Mathy. Et tous sont des comédiens impeccables comme le sont leurs complices femelles jouant des personnages aussi épisodiques que récurrents. La scénographie prodigieuse nous ménage un temps et puis nous estomaque, nous désarçonne. Fin du match ? Sancho a gagné; son maître taclé par trop d’interrogations forcément essentielles s’étant un peu dissout. Et nous itou, au bout de cent quarante minutes et peut-être même un chouïa en plus, ou en trop, côté prolongations. Soit un déferlement d’inventivité et un énorme bémol : est-ce qu’un roman converti en saga prodigieusement bien adaptée peut combler votre soif d’un théâtre avec enjeux, confrontations, personnages pas uniquement fantasmés et vraie résolution finale ? Là est la question. Mais chapeau la gigantesque quichottade !
Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h. Réservations : 01 43 28 36 36