23 septembre 2007

Hamlet ou les suites de la pitié filiale, de Jules Laforgue

Mise en scène et interprétation : Paul Lera
Semblant émerger d’une réunion mondaine ou rentrer d’une pérégrination nocturne, vêtu de noir, légère écharpe blanche autour du cou , voix assourdie l’homme parle comme marchant sur la pointe des pieds. Il conclura son monologue en déclarant qu’ il y a maintenant « un Hamlet de moins »… mais est-ce si grave que cela ? Il l’avait commencé par un « Ophélie, reviens ! » Le prince danois plus qu’oedipien hait le roi, frère de son père assassiné, que Gertrude sa mère, a épousé en secondes noces. Le Hamlet de Laforgue, demi et faux-frère du premier, prétend quant à lui qu’il « aide les femmes qu’il aime à se faner ». Son anti-héros s’apitoie sur le corps exquis de son amoureuse : Ophélie, mais file vite fait au bras d’une jeune comédienne qui admire en lui l’acteur célèbre depuis des lustres et le poète extravagant. D’ailleurs « aujourd’hui il n’y a plus de jeunes filles, seulement des gardes-malades ». Discours plein de méandres, combinaisons de mots saugrenus, associations d’images dérapantes, le texte est machiavéliquement contrôlé avec autant de dérision que de délicatesse. Tout vous pétille au visage comme les bulles d’une coupe de champagne trop vite approchée de vos lèvres. Laforgue ayant « intercalé des hors d’œuvre profanes » dans ses descriptions extravagantes ou désarmantes : « c’est tout cabossé » telle est une de ses conclusions provisoires. Puis avec son « qualis artifex pereo » il devient Néron, prêt à basculer dans une éternité où il aimerait figurer à tout jamais, en tant qu’artiste singulier. Dans un halo de lumière lunaire, Paul Lera, acteur confirmé et magistral, nous fait ses confidences avec un sourire souvent faussement désolé ou un regard à peine interloqué. Il prend des temps, semble méditer, ses silences se prolongent. Moins prince que clown ébahi, ses gestes sont mesurés. Jamais démonstratif ou spectaculaire, il aborde le texte vertigineux et jubilatoire de Laforgue plus en poète et musicien qu’en comédien ou en amoureux fou du théâtre. Ce spectacle de qualité deviendrait sans doute plus offensif et troublant au moyen de quelques coupures.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’en mars. Dates et réservations : 01 47 70 32 75