08 septembre 2007

La cuisine de Blanche-Neige, de Frédéric Chevaux et Peggy Semeria

avec Frédéric Chevaux et Peggy Semeria
Le genre de spectacle déjanté dont, navré, on constate qu’on ne pourra pas le raconter ou même le résumer pour convaincre ses amis de courir le voir, mais dont on sort en se tenant les côtes avec une folle envie d’y retourner illico. L’argument de départ ? Devant son plan de travail, environnée d’une batterie de casseroles, une Maïté junior, torrent de paroles, accent du sud-ouest, attend le retour du marché de son assistant Michel, qu’elle vouvoie, comme il convient. Il lui rapporte les ingrédients nécessaires à la « dégustation gustative » qu’elle va proposer aux clients du restaurant où elle officie (ou aux téléspectateurs). Il fallait une thématique pour lier la farce que Frédéric Chevaux et Peggy Semeria nous proposent, et ils ont décidé que leur livre de cuisine et de référence serait un recueil de contes. Parmi ceux de Grimm ils vont « décortiquer » Blanche-Neige tout en truffant le récit, terrifiant et attendrissant, de métaphores culinaires. Ça démarre sur un rythme trépidant. Lui, crapahutant à genoux, joue les rôles de nains ou en manteau écarlate celui de la méchante reine… et quelques autres ; elle se charge du reste, tout en commentant le tour surréaliste que prennent les évènements, faisant les demandes et les réponses. De deux gigantesques porte-manteaux ils décrochent costumes sur costumes, puis se lancent dans des chorégraphies dignes des meilleures comédies musicales ou d’ affreux blockbusters . Ils chantent à ravir les chansons qui les accompagnent : les gags se succèdent. Les couvercles de casseroles deviennent des cymbales, la voix off continuant de raconter le conte qui n’en finit plus de déraper. Peggy actionne la sonnerie qui indique au serveur qu’un plat est prêt. Les lumières jaillissent de nouveaux projecteurs, le marathon de scènes loufoques et de digressions pataphysiques reprend sur une musique de cirque. D’un chevreuil en peluche Peggy extrait des intérieurs sanguinolents qu’elle louche de plaisir à l’idée d’accommoder. Allongée dans un aquarium en forme de cercueil une époustouflante poupée du genre gonflable, aux réactions troublantes, laisse présager que la résurrection finale de Blanche-neige est proche. Nous voici à la vitesse supérieure : Michel (Frédéric Chevaux) est de plus en plus étonnant parce qu’il est aussi émouvant que fin comédien dans ce registre comique involontaire qui en fait l’assistant un peu naïf et dépassé de sa patronne. De plus en plus survoltée mais retombant toujours sur ses pieds et droite dans ses poêles, Françoise (Peggy Semeria) comédienne rare, enchaîne les mimiques ébouriffantes et tonitrue. Arrive l’explosion finale au propre et au figuré. Vous avez là le spectacle le plus délirant et le plus délectable de la rentrée.
Théâtre du Renard, du mardi au samedi à 21h ; matinées les samedis à 16h30. Réservations : 01 42 71 46 50