10 septembre 2007

Le secret du temps plié, de et par Gauthier Fourcade

Il n’y pas vraiment de secret; pour réussir un spectacle d’une pareille suavité, d’une telle excellence il faut un talent confinant au génie. Et si Gauthier Fourcade a été comparé au regretté et forcément inimitable Devos, c’est à ce dernier que cela devrait faire bien de l’honneur, car s’il est aussi désopilant que lui, Gauthier en permanence un poil moins horripilé, est d’abord plus métaphysique que pataphysique. Il est amoureux d’un langage qui nous créé chaque fois que nous ouvrons la bouche et disciple de l’absurde, une de nos bonnes bouées d’arrimage et de sauvetage. Il affiche une addiction à ce lait qui nous a d’abord rendu la vie supportable, qui est celui de la tendresse humaine. L’homme au visage évoquant (qu’ils nous pardonnent tous deux) celui d’un Alain Souchon en plus ou moins rêveur interloqué, possède cette empathie et ce pouvoir de séduction subreptice du bon prof qu’on a tous rêvé d’avoir. Il arpente la scène, c’est la nuit : « il pleut des cordes, j’ai envie de me pendre ». Il ne s’endormira que quand il aura fini sa confession en forme de parenthèses incluses les unes dans les autres, et après avoir avoué au public son amour de la vie, son amour des autres, son amour de l’amour, tout cela sans qu’un quart de fraction de seconde il n’ait été prêchi-prêcha, moralisateur, redondant, pédant ou simplement pédestre. Chez lui, mystificateur qui ne s’avance pas forcément masqué, le mot juste s’installe d’abord, s’impose ensuite. Il fait tilt et, délirant, va vers ceux d’à côté pour flirter avec eux un brin. Ça s’emballe, cravaché par des prestidigitations verbales et autres fulgurances. Alors le rire du public, de passablement fou devient vertigineux, miraculeux, inextinguible. Avec des petites autos, des vêtements de bébés et un grand papier du genre pour-conférence-avec-vos-collaborateurs-comme-autrefois qui descend des cintres, sur lequel Fourcade impose des graphiques néo-philosophiques , François Bourcier met en scène Gauthier dans le monde de l’enfance : « je pensais que le secret du temps plié, c’était un fabuleux trésor, mais ne plus craindre la mort n’est-ce pas plus précieux que de l’or (…) c’est pourquoi l’enfance c’était bien l’âge d’or ». N’écrasez aucune larme, le message est reçu cinq sur cinq, et même vingt-et-un sur vingt . Fourcade ? envoyez, c’est plié, emballé, pesé … et nous avec.
La Manufacture des Abbesses, jeudi, vendredi, samedi à 19h. Réservations : 01 42 33 42 03