18 septembre 2007

Les riches reprennent confiance, de Louis-Charles Sirjacq

Mise en scène : Etienne Bierry
Le décor élégamment géométrique et fonctionnel devient paradoxalement émouvant par ce qu’il annonce, souligne, et dénonce l’inhumanité d’un monde trop lisse où tout est parfaitement virtuel. Soit la finance et tout ce qui pollue si insidieusement nos existences. Si vous n’êtes pas accro aux suppléments style gazettes financières de vos chers quotidiens, vous direz peut-être que cette pièce est saturante. Or elle contient des ingrédients qui la rendent exemplaire: un scénario scandaleusement rigoureux, un suspense haletant, des personnages plus que cernés ou définis, franchement explosifs, ancrés dans une démesure grandiloquente, à coup de dialogues percutants. Bruno Sobin ( Jacques Frantz à l’autorité et la faconde sidérantes) agent d’affaires, self-made-man et fier de l’être, équilibriste, simple escroc ou les deux à la fois, achète systématiquement toutes les ‘affaires’ qui lui passent sous le nez et le tentent; c’est chez lui pathologique . Il les gère plus ou moins bien. Elles se cassent la figure et les usines faisant partie des groupes qu’il gère sont réduites à fermer et à licencier leur personnel. Trois sœurs héritières, à la tête de la firme Merrien, montent au créneau et assiégent l’une après l’autre ou toutes ensemble les bureaux de Sobin. Femmes de poids, ancien patrimoine oblige, elles se révèlent individuellement fragiles, larguées voire gentiment déjantées. Sobin ne peut se séparer de son précieux collaborateur qui lui ressemble très peu mais se montre d’une efficacité remarquable; infâme et cynique ce Jacques Grammont (joué excellemment par Thomas Le Douarec qui affiche un faux air de Philippe Noiret) est méphistophélesque. Il y a du Bernard Tapie dans l’air; il trahira évidemment. Jusqu’au bout on se demande si Sobin s’en remettra: la pirouette finale est éblouissante, mais on l’attendait un peu tant l’empathie de Sobin et le talent du comédien nous ont rendu son personnage finalement sympathique. Les répliques, mordantes, incisives, fusent et font mouche. Aux côtés de Jacques Frantz et Thomas Le Douarec, Christophe Laubion incarne avec autorité le distingué Henri de Vilbert, mari d’une des trois sœurs que Sobin a ruinées . Les comédiennes qui jouent ces rôles sont parfaites d’autorité, de charme ou de fantaisie, comme le sont leurs quatre camarades qui campent des personnages plus ou moins désopilants ou touchants. Elles éclairent la mise en scène rigoureuse et brillante d’Etienne Bierry. Ce spectacle est une petite merveille.
Théâtre de Poche Montparnasse, du mardi au samedi à 21h, matinées samedi à 18h et dimanche à 15h. Réservations : 01 45 48 92 97