07 septembre 2007

Macbeth, de Shakespeare

Adaptation et mise en scène : Damiane Goudet
Damiane Goudet adapte et allége la pièce et en fait une magistrale BD tous publics. Les fameuses sorcières, souvent jouées façon cauchemar de mauvais goût, se résument ici à la seule Hécate. Nydia Hetherington, hallucinée et hallucinante, à la présence baroque et la voix râpeuse, martèle ses prédictions dans un anglais incantatoire. C’est un des nombreux parti-pris et autres jolies trouvailles de la mise en scène : parce qu’un langage théâtral surchargé d’images violentes se doit d’être étrange pour dénoncer les forces infernales résolues à infléchir le cours naturel des choses. Dopé par la prophétie fumeuse d’Hécate, pas une minute Macbeth n’imagine que « souvent les instruments des ténèbres nous disent des vérités pour nous attirer à notre perte » comme le lui suggère son ami Banquo. Il est happé par une soif de pouvoir et son épouse est avide d’une gloire qu’elle partagerait avec lui. C’est un monstre naissant pour qui se justifie la suppression de quiconque ferait obstacle à ses stratégies. La suite est une succession de meurtres que Macbeth ordonne, une fois couronné roi d’Ecosse. Une rébellion s’organise et l’élimine après que la prédiction qui le hantait, décryptée, se soit finalement révélée aussi elliptique que codée; la présentation de sa tête sanguinolente nous est cependant épargnée. Mais sur la scène la violence a son cours, confiée aux sbires de Macbeth poussant des cris bestiaux; entre-temps un intermède avec des comédiens-musiciens aériens vêtus de rouge dont l’un joue de la scie musicale, est le très bienvenu. On serait presque comblé s’il n’y avait quelques réserves à faire concernant Macbeth: Philippe Nicaud n’est pas entré dans son personnage. Il installe son texte, le déclame d’une manière aussi conventionnelle qu’antinaturelle. Véhément, ironique, mélodramatique jusqu’à en devenir caricatural, il court-circuite l’ambiguïté, l’hypocrisie et toutes les contradictions de Macbeth. On n’adhère pas vraiment, sauf quand il est dans ses graves un peu rauques, souffle court, hagard. Il en va de même de sa Lady Macbeth, Audrey Sourdive : elle manque de densité et de contrastes ; on n’assiste pas à sa transformation après les prédictions faites par les sorcières à son époux. Elle aussi ne nous donne de l’émotion que quand elle est « dans sa voix » et cesse de vociférer. Lady Macduff : Rose Raqui n’a qu’une seule scène, mais elle est poignante, comme le sont Premyslaw Liziecki alias Macduff et Sébastien Scherre en Banquo. Quant aux improvisations au violon de Juliette Riandey escortant le tout, elles sont censées souligner l’étrangeté de l’atmosphère mais parasitent le texte et, faisant double emploi avec sa vraie musique, finissent par agacer. Nous avons assisté, il est vrai, à la première de ce spectacle : on sait ce que cela a de redoutable.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 9 mars. Dates, horaires et réservations : 01 47 70 32 75