19 septembre 2007

Nuit d'été loin des Andes de Susana Lastreto-Prieto

Nuit d’ été loin des Andes ou dialogue avec mon dentiste, de Susana Lastreto-Prieto
Il y a des gens de théâtre bêtes de scène et monstres sacrés. Et il y en a d’autres qui sont tout simplement des ‘évènements’. Susana en est un dans ce spectacle créé à Avignon - Off en 2005, aussitôt plébiscité et qui tourne depuis en Uruguay, en Bolivie et même ailleurs. Elle raconte : « Hier j’étais chez moi… » dans un faux désordre parfaitement maîtrisé il est d’abord question de son premier dentiste, là-bas , dans ces pays qu’elle a résolu de quitter où régnaient les dictatures, toile de fond dans sa pièce troublante ‘Dans l’ombre’ également à l’affiche à l’Atalante. Elle fait officiellement partie de ceux « qui ont de l’espoir en un monde meilleur », mais déjà sa malice si particulière pointe le bout de l’oreille. Petit ventilateur dans une main, lampe de poche dans l’autre, elle est à la fois la patiente qui lui fait ses confidences et l’indispensable dentiste compassionnel : « Ça sera déjà assez extraordinaire si j’arrive à sauver votre dent ». Dans la foulée, elle « se confesse au destin » se mettant à parler à un chat virtuel. Bandonéon entre les bras, assise dans un fauteuil qui se déplace malicieusement, sa complice Annabel de Courson, musicienne et compositrice singulière, devient ce chat-là. Conteuse, chroniqueuse, humoriste à la faculté d’observation pharamineuse et qu’elle cultive inlassablement, Susana, un pied sur chaque continent, nous invite dans son monde à elle , recomposé, et qui est tout à la fois celui de la tendresse, du farfelu , du dérisoire . Allusions pêle-mêle à la canicule de 2003, aux personnes âgées mortes cet été-là où tous les médecins étaient en vacances comme d’habitude, à la construction pyramidale (ou est-ce horizontale ?) de la société française et … de la rue Bertinnepoïré dans le quartier des Halles (Bertin Poiré en version française) où elle se retrouve régulièrement comme aux premiers temps de son épopée parisienne. Evocation des bizarreries de la vie française, du passé simple cataclysmique de la langue qu’on y employait il n’y a pas si longtemps. Le mot « survivre » dans sa bouche nous surprend autant que sa déclaration selon laquelle un mari « ça vous structure »…en principe. Tout redémarre et se rebouscule : rencontre avec un Jack pas encore adoubé ministre de la culture et celle avec ce Jean-Paul S. déclinant, attablé dans un café germanopratin en compagnie de… non, justement pas du Castor. Faux suspense et joli truc : elle fait mine d’arrêter le spectacle et de sortir de scène. Et la revoilà qui se rassoit, reprend sa lampe et son petit ventilo dérisoires, et se met à articuler un texte dont le son, comme zappé cette fois, ne nous parvient plus. Nous voilà bouche-bée et ravis. Philosophique, élucubrante, sensuelle, clownesque, ébouriffante sous sa perruque mi-Louis XIV-mi oreilles de caniche, cette Susana quasiment fellinienne nous offre un spectacle déménageant qui s’annonce un must.
Théâtre de l’Atalante, lundi, mercredi, jeudi , vendredi à 21h45, samedi à 20h30, dimanche à 19h30. Réservations : 01 46 06 11 90