04 septembre 2007

Othello, de Shakespeare

Mise en scène: Edith Garraud
Une jeune personne qui se marie en cachette de son père n’est pas une fille honnête: voilà ce que déclare le loyal Iago à son ami le valeureux général Othello. Donc la délicieuse Desdémone avec laquelle ce dernier vient de convoler secrètement risque de le tromper, si ce n’est déjà fait . Othello est alors happé par un sentiment d’impuissance; sa rayonnante épouse qu’il comble et qui, en retour, le rend parfaitement heureux, semble éprouver du plaisir à côtoyer les hommes de son entourage. Lui-même ne serait-il donc, pour sa femme, guère plus que l’un d’entre eux ? Othello, engagé par le doge pour chasser les Turcs de Chypre, est un Maure; sa sensibilité serait-elle si différente de celle des Vénitiens ? Est-il immature ou simplement puéril ? Le doute s’est installé dans son cœur; seule la mort de la femme infidèle dont la nature est de séduire avant tout, pourra, décide-t-il, faire qu’un certain ordre soit restauré et que justice soit faite. Il ne soupçonne pas que son soi-disant fidèle Iago s’emploie à le détruire méthodiquement. Frustré de ne pas avoir pas été promu, et aussi parce qu’il avait probablement des vues sur Desdémone, Iago échafaude l’intrigue qui amènera Othello à étouffer sa femme et à se poignarder ensuite. Seul en scène, Iago-le-traître rumine ses projets; à coups d’apartés il met le spectateur au courant de ce qui se trame. Il est donc partie prenante d’une tragédie navrante, quasi intimiste et qui ne comporte aucune intrigue secondaire. Une scène précédant la mort de Désdémone nous la montre avec sa confidente ; toutes deux insouciantes, enjouées. Leur gaieté serait communicative si nous n’étions pas révulsés à la perspective d’un avenir facile à anticiper. Edith Garraud met la pièce en scène sans accessoires ni artifices ; elle nous y installe à coup de pénombres. Certaines scènes sont jouées très « physique » avec des effusions chorégraphiées, mélange de tendresse, de désir et d’effroi. Karine Leleu est Desdémone : port de reine, incandescente, elle est la femme vibrante et instinctive qui fait fantasmer les hommes. Assane Timbo est Othello: beau comme un dieu, mais aussi charnel, félin à la voix modulée, son regard nous questionne intensément. Benoît Dugas, l’excellent Troïlus de la Cressida donnée dans ce même Nord-Ouest, est ici un Cassio noble, sincère, touchant mais par qui le malheur arrive. Alexandre Mousset est l’infâme Iago. Il le joue ‘homme à l’ego surdimensionné’ (et au mauvais karma); inquiet, ce bidouilleur-surdoué tente de compenser. il brûle les étapes, sachant qu’il est destiné à s’effondrer comme un mauvais soufflé. Comédien omniprésent , il est prodigieux. Ses camarades dans des rôles moindres sont tous parfaits. Cet Othello, intense, est à voir.
Théâtre du Nord-Ouest jusqu’au 9 mars. Dates, horaires et réservations : 01 47 70 32 75