21 septembre 2007

Sonnets in love, d'après Shakespeare

Montage d’une sélection des sonnets de Shakespeare, d’après une traduction de Jean Mataplate
Mise en scène: Antoinette Guédy; adaptation scénique: Marie-Véronique Raban.
Les termes montage, sélection, traduction et même d’après disent assez le respect avec lequel la metteur en scène et l’adaptatrice ont abordé ces sonnets dont André Mansart, l’un de leurs si nombreux traducteurs, disait que les psychologues, les moralistes et les métaphysiciens pouvaient « y trouver une riche pâture ». Il ajoutait que toute tentative d’explication intellectualiste de ces sonnets était « vouée à l’échec ». Dits en situation, mais surtout joués par trois comédiennes et un comédien dont les voix s’entrelacent, se marient, se répondent, se font écho, les vers deviennent de vrais dialogues. Sur le plateau, très peu d’accessoires : un banc symbolise le temps figé l’instant d’une pause. Accompagné par le bruit sourd d’un cœur qui bat ou par un choix de musiques d’époque, des mélodies et des gigues, cela devient une partition. Un quatuor l’interprète composé de trois femmes de générations différentes en costumes aussi sobres que chatoyants, et d’un jeune homme vêtu d’un rouge profond, couleur de passion (Sébastien Coënt). C’est un beau ténébreux, ou blasé ou dépité, en proie à des doute qu’une femme mûre (Marie-Véronique Raban) tente d’apaiser. Une autre, plus âgée, (Antoinette Guédy) est la voix de la sagesse et de la résignation. Quant à la très gracieuse jeune personne en blanc (Odila Caminos) c’ est une amoureuse véhémente aussi tourmentée que le jeune homme. Ils s’interpellent, se font des procès d’intention, se tancent presque, se raisonnent aussi. Les sonnets s’enchaînant se transforment peu à peu en une leçon de vie. Il y est question de l’amour, d’un amour suprême et partagé, des peines qui l’accompagnent dans: jalousie, haine, vanité, cruauté; tout se bouscule . Le temps est défié, la mort omniprésente, ainsi que l’immortalité légitimement conférée par l’art à celui qui s’y voue. Les images, nobles, puissantes et les métaphores enflamment et magnifient le tout. Quelques moments d’humour rendent l’air plus léger : « Sois sage ô ma douleur » se surprend à dire la femme mûre. Puis le sonnet 71 nous est offert intégralement en anglais : on est sous la charme du rythme authentique et de la musicalité des monosyllabes « dead, bell, fled, dwell, mock, gone » qui n’en finissent pas d’y sonner un certain glas. Tout devient alors magique. La seule réserve à faire porte sur la traduction choisie en alexandrins; cet exercice de style est ici un peu artificiel et anachronique. Comme l’écrit encore André Mansart, à propos de la langue de Shakespeare, il est particulièrement dangereux de vouloir « versifier la réalité et la poétiser ».
Théâtre du Nord Ouest, dans le cadre de l’intégrale Shakespeare, jusqu’au 9 mars . Dates et réservations : 01 47 70 32 75