23 octobre 2007

Burlingue, de Gérard Levoyer

Mise en scène de Lauren Alexandre-Lasseur
Bien sûr le titre fait référence à un lieu de travail, mais dans cette pièce qui se proclame décalée c’est probablement aussi l’emboutissage de burlesque et de dingue: premier petit tour de passe-passe de l’auteur dont la manche est bourrée d’astuces. Deux femmes symétriques et griffonnant sont installées de part et d’autre d’une table vide de matériel informatique mais chargée de chemises pour courrier et de petits pots pour stylos feutres. Au milieu, un téléphone de la vieille espèce qui ne sera utilisé qu’ en dernier ressort et encore avec modération. Au fond, une porte est surmontée du portrait avantageux d’un patron fringant. Assise côté jardin la brunette en débardeur glamour est vivace, volubile et piquante, c’est Jeannine Famechon. Côté cour la blonde en tailleur cintré, bouche en cul de poule, c’est Simone Courlier qui lui sert d’antidote. Elle est sèche comme un coup de trique, de ceux qu’elle et son mari doivent asséner sur les doigts de leur progéniture en cas d’impertinence, voire d’une très impensable désobéissance. Ce face à face entre les deux collègues va se muer en huis-clos qui se veut sartrien après que la célibataire délurée, femme libérée mais non pas comblée, ait demandé à l’autre de lui prêter sa gomme. Elle le fait gentiment d’abord, essuie un refus cinglant, change de tactique; de suppliante elle devient exigeante puis menaçante. D’invectives en insultes, la tension grimpant s’ensuit un début de pugilat. Lauren Alexandre-Lasseur fait jouer ses comédiennes façon café-théâtre et au premier degré cet épisode qui se réduit à un rabâchage de citations rafistolées et recyclées, de platitudes et d’aphorismes pauvrement relookés. Il s’agit de faire tracer par chacune des protagonistes un portrait vengeur ou venimeux de l’autre, dénonçant son outrecuidance, sa médiocrité, ses failles et son incompétence. C’est un peu longuet. Passons à la tentative de séduction avec reptation sur la table de Jeannine, aguicheuse, à la rencontre de Simone, laquelle n’est pas prête à baisser la garde ni à s’épancher un brin. Essai non transformé, mais patience, les deux adversaires devenues sourdes aux coups de semonce du patron , se sont maintenant enfermées à double tour pour vider leur querelle, mais en fin de soirée, elles écluseront un fond de Marie Brizard et débraillées, braillardes, elles glisseront au sol entre les meubles cul par dessus tête et, pensez-vous… pas du tout: il ne s’agit que d’une mi-temps. La gomme est toujours dans le camp de Simone qui , comme sous l’effet d’une purge, a réussi à libérer ses rancoeurs blasphématoires à l’adresse de son maître et seigneur… et des mâles en général. La fin, en forme de pied de nez, transforme la pièce en farce rachetant les côtés appuyés de ce burlingue qui a failli rimer avec lourdingue. Sarah Bouché de Vitray, pétulante dans le rôle de Jeannine, a l’abattage d’une jolie petite bête de scène et Delphine Vincenot est une Simone exaspérante à souhait, par ailleurs parfaitement désopilante avec un coup dans le nez . Leur public est hilare.
Théâtre l’ARTicle, les 10 et 11 novembre, les 15, 16, 22 et 23 décembre : samedi à 19h30, dimanche à 18h15. Réservations : 01 42 78 38 64