18 octobre 2007

Entre nous soit dit, de et par Nic Mazodier

Sur le plateau une table de jardin et des chaises couleur coquelicot, un vague sac posé par terre. Nic est au centre, silhouette juvénile, cheveux courts, pantalon strict et pull-over montant noirs, une boucle dorée au creux du cou éclaire sa tenue. Voix et sourire lumineux, phrasé aimable, elle a entrepris de nous raconter des anecdotes emmagasinées toutes ces années où elle a été bénévole dans une association qui se veut à l’écoute de ses semblables… ou de ses dissemblables, car que peut avoir en commun cette charmante philosophe de formation, plasticienne par vocation, avec ces épouses du quatrième âge assénant des rosseries à leurs conjoints bougonnant, dont on ne sait même pas s’ils sont en mesure de les entendre ? Bardée d’un humour à toute épreuve elle est aussi sensible à la cocasserie involontaire qu’à la petite cruauté ordinaire de ce genre de situations. Elle les a tous écoutés inlassablement et ne résiste pas au désir de partager avec nous ces épisodes de son existence, a tout consigné dans ce spectacle où ce qu’elle dit simplement, directement, émeut. S’aidant de très peu d’accessoires : une perruque qui se veut sexy, une casquette, elle devient tour à tour la femme soupirant dans la salle d’attente d’une consultation prénatale : « Neuf mois c’est trop long ! », l’homme qui confie à mi-voix « j’ai quelque chose à vous dire : je vais tuer ma femme ». A peine interloquée, elle tente « mais le divorce ? » pour s’entendre répliquer : « c’est trop cher ! ». Elle est cette mémé, mi-dépitée, mi-narquoise qui avoue « faire l’amour, mon mari il ose plus ! » Elle est tous ces êtres blessés ou blasés à qui elle rend un fameux service en recueillant leurs confidences souvent sous forme de monologues. Ils peuvent s’interrompre pour lui demander : « qui c’est qui la fabrique, la vie ? ». Si la mort est très présente dans leurs préoccupations, certaines réflexions sont du style : « Si vous savez comme la vie est belle ! » ou encore « la vie, jusqu’à ce jour on n’a rien trouvé de mieux ! ». Généreuse mais lucide elle sait aussi que certaines vieilles personnes qui souffrent souhaiteraient voir ceux qui les entourent en faire autant, instaurant un cycle malsain. Son bon sens et sa joie de vivre la font alors réagir au quart de tour, elle râle faisant pouffer la salle. Elle s’émerveille aussi : « mettre au monde » quelle belle expression et quelle aventure! Les saynètes plus ou moins longues s’enchaînant, elle en vient à mimer plus qu’elle ne les joue des dizaines de personnages. Une petite heure se passe, on est sous le charme, mais ne comptez pas qu’on vous révèle ici la teneur de l’épisode qui conclut la soirée; autobiographique, témoignage du parcours de cette femme singulière, il est surtout grave et exemplaire; elle illumine la fin.
Théâtre du Lucernaire, le lundi 22 octobre à 21h. Réservations: 01 42 27 32 50.
Représentations à Bruxelles le 15 et 16 novembre, et le 29 novembre à Boulogne (92) , Espace Marcel Landowski, 28 rue André Morizet, réservations: 01 55 18 46 42