08 novembre 2007

Ecoute, c'est la vie, de Robert Poudérou

Mise en scène de l’auteur, avec Martine Coste .
« Ecoute…mais essaie de comprendre ! la vie c’est comme ça… ça n’est que ça ! Oui j’ai tant de choses à te dire que tu n’as pas envie de savoir, ou même que tu sais déjà, puisque tu… ah bon ? » Pardon de paraphraser ainsi de façon douteuse ce que nous confie en continu, arpentant la scène, Marie alias la pulpeuse et ravissante Martine Coste. Passant derrière le rideau du fond, elle émerge à nouveau en petites tenues ou robes qu’elle délace, relace, de peignoirs qu’elle ouvre, quand arrive un ‘client’ aussi invisible bien sûr que Kiki-le-chien, son véritable compagnon d’une existence apparemment compliquée puisque, mère célibataire, il lui faut assurer sa matérielle et celle de son rejeton. Allongée sur sa table d’ opérations, Marie reçoit des messieurs qui s’y livrent sur elle à leur Petite mécanique titre d’une pièce de l’auteur créée dans les années 80 et devenue d’anthologie. Donc Marie n’arrête pas de raconter : il y a son gamin, cet Adam censé dormir sagement dans la pièce à côté et dont le père est incertain, et puis il y a Joseph, l’homme de sa vie, aux abonnés plutôt absents, à qui elle n’arrive même pas à en vouloir. Il lui manque, c’est tout. Ils ont tant partagé, n’est-ce pas ? Peut-être se sont-ils même rencontrés sur les bancs de l’école, lui avait 10 ans et elle 7. Dans leur jeunesse, ils auraient milité pour que la société change (enfin lui, plutôt) juchés sur des toits : gesticulations braillardes avec ou sans mégaphone. Dans le microcosme de Marie figure aussi cette Madame un peu vieille, donc forcément respectable, qui occupe une place tout à fait à part dans son univers, on ne vous dira pas laquelle, mais à qui elle s’adresse brusquement. Il y a encore les dames d’en face qu’elle regarde ou qui la regardent. « Joseph, il faut m’aider … » Des noirs séparent des séquences organisées de façon quasi-cinématographique et qui, éléments d’un puzzle, deviennent les jalons d’un vrai suspense. Jusqu’où Marie ira-t-elle dans ses confidences, allons-nous apprendre qu’elle a déjà ou souvent jeté l’éponge, qu’elle est sur le point de le faire ? Une petite ritournelle genre La strada est un début de réponse : tout suit son cours ; la route de Marie, même jalonnée de carrefours plutôt mornes, ne débouchera jamais sur une impasse. C’est qu’elle est bravette, la petite dame : si ce qui lui arrive l’agace, jamais elle n’est excédée, parce qu’énergique, confiante, elle est ‘positive’. Ce que lui confie l’auteur est une version astucieuse d’une philosophie douce-amère où des esprits chagrins ne verraient qu’une dénonciation de la solitude, peut-être notre lot à tous ici-bas à un moment donné. Le spectateur rira et aimera la justesse du propos, la sobriété et la drôlerie de la mise en scène, la jolie performance de la comédienne.
Tremplin Théâtre, 39 rue des Trois-Frères, 75018 Paris, le mardi à 20h30. Réservations : 01 42 54 91 00