25 novembre 2007

Henry VIII, de Shakespeare

Adaptation: Jean-Dominique Hamel, mise en scène : Nathalie Hamel
Dans cette oeuvre à la trame plus linéaire que celle des autres pièces historiques de l’auteur, trois personnages de haut rang perdent la vie et un quatrième manque de le faire. Tout cela dans l’entourage d’un monarque qui semble d’abord rester étrangement au dessus de la mêlée et des intrigues de cour. Perspicace, mais prudent, quitte à être soupçonné d’être insincère, Henry VIII se révèle petit à petit soucieux d’établir son autorité, de la maintenir et de garantir l’unité du royaume. Uni depuis vingt ans à Catherine d’Aragon, veuve de son frère aîné mort jeune, le monarque n’ en a pas de descendance mâle, ce qui le trouble. Sachant qu’il vient de tomber amoureux d’Anne Boleyn à l’insolente beauté, le Cardinal Wolsey figure de premier plan à la cour, entretient une correspondance secrète avec le Pape, qui semble prêt à décréter nul le mariage d’Henry. Ambitieux, déloyal, Wolsey en outre est plus que cupide. Finalement confondu et disgracié par le roi qui vient de se proclamer chef spirituel d’un royaume en rupture de ban avec Rome, il en mourra. Cranmer archevêque de Cantorbéry devenu le premier prélat d’Angleterre, officialise le divorce royal et sera parrain d’Elizabeth qu’Anne, couronnée, vient de mettre au monde. Entre temps Catherine est morte, après avoir pardonné à ceux qui ont ordonné sa séparation d’avec le roi pour raison d’Etat. Il est ici constamment question de trahison, de tragédies personnelles mais aussi de pitié, de charité, de destin et de Providence. La réconciliation se fera à la fin ; le peuple, témoin perplexe des agissements du monarque et de son entourage les a commentés et jugés souvent avec drôlerie. Traduite dans une langue à la cadence noble et régulière, la pièce est magistralement adaptée et condensée. La troupe homogène composée de comédiens aussi vibrants qu’émouvants évolue dans un espace réduit et un décor constitué d’un minimum de meubles et d’accessoires symboliques. Ils sont dix-huit se succédant à un rythme accéléré ; cela ressemble à un rituel entrecoupé de danses, de chants, de processions solennelles. Les lumières créent un espace de rêve et font resplendir les étoffes précieuses de costumes d’époque à la beauté voluptueuse. Face à un Wolsey (Bernard Callais) coincé, glacial ou insinuant Henry VIII (Pierre Maurice) est tour à tour très humain ou impérieux. La radieuse Anne Boleyn (Alix Benezech) reine qui n’a pas désiré l’être, a du piquant ; quant à Catherine (Nathalie Hamel qui orchestre le tout) véhémente ou résignée, elle est particulièrement bouleversante.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 31 décembre, dates, horaires et réservations : 01 47 70 32 75