07 novembre 2007

Laisse flotter les rubans, de Jacqueline de Romilly

Avec Bérengère Dautun
Mise en scène de Philippe Rondest
Le titre évoque un accessoire de mode féminin léger, aérien. De nos jours, dans un langage plus familier ça donnerait « laisse tomber ! »; le point d’exclamation rendant tout plus comminatoire cela irait jusqu’à « circulez, y a rien à voir… » Comment alors vous engager à aller au Théâtre des Mathurins où Bérangère Dautun reprend ce spectacle que nous avions tellement aimé il y a quelques années. Au départ Laisse flotter les rubans est le titre d’un recueil comprenant une quinzaine de nouvelles où Jacqueline de Romilly, helléniste de renom international, professeur infiniment admiré par ses étudiants, règle avec panache des comptes qu’elle avait rarement évoqués auparavant : avec sa famille, ses proches, le monde de son adolescence, mais plus encore celui de ses débuts dans la société en tant qu’épouse d’un homme qu’elle admire sans vraiment trop le connaître. Et pour cause: dans les années quarante, toutes sortes de vraies ou de fausses pudeurs ultra-bourgeoises vous faisaient « crever de non-dit » comme disent les post-ados d’ aujourd’hui. En tirer un monologue version one-woman show pour comédienne de talent parfaitement motivée, c’est exactement ce que Philippe Rondest a refusé de faire. Bérengère Dautun est une Jacqueline-bis, femme infiniment gracieuse, touchante et volubile qui a choisi de parler, mais le fait sans véhémence pour autant même si, piégée par son émotion, une larme la guette. Installée dans un léger fauteuil d’osier, puis se levant, intemporelle, charnelle mais si belle, face à son public elle est Lucie. Elle pose toutes les questions qui lui viennent à l’esprit, elle ébauche certaines réponses, en élude d’autres et dialogue avec celles qu’elle est, qu’elle aurait pu être, qu’elle aurait voulu, ou qu’elle a refusé d’être; ces femmes qui la rendent si proche.
Il est aussi question de partage, de lucidité, mais encore de lettres tardivement découvertes justifiant des révélations inopportunes. Héritière d’une mère au parcours singulier, Jacqueline de Romilly a tout envisagé de l’amour, du plaisir de vivre, d’une soif de comprendre, gage d’ équilibre. Bérengère Dautun, remarquable passeuse d’émotions, convoque un oiseau, une anémone et tout peut alors commencer ou recommencer. « Arrêt sur image » est le titre de la dernière nouvelle du recueil de Jacqueline de Romilly se concluant ainsi : « Il y a plusieurs façons de laisser flotter les rubans ». Mais pas pour nous, pas pour vous : c’est avec Bérengère et c’est maintenant.
Théâtre des Mathurins, mercredi à 16h30, dimanche à 18h. Réservations :01 42 65 90 00