19 novembre 2007

Mickey-la-Torche, de Natacha de Pontcharra

Mise en scène: Jean-Christophe Barbaud, interprétation: Olivier Bizet
Forcément athlétique notre Mickey de service, profession vigile, a dans le dos un énorme label: « sécurité ». Chargé de veiller à ce que la démocratie garantisse un ordre authentique à ses citoyens, il est censé renifler toutes sortes de choses bizarres ou même nauséabondes là où il patrouille. Aujourd’hui il a disjoncté, se pointant au boulot la veille de l’unique jour de la semaine où il est censé effectuer son travail parfaitement intérimaire. Il est obsédé par Lisbeth, la voisine affriolante qu’il rencontre lorsqu’elle descend sa poubelle et que, forcément, il surveille. « Quand je la croise, ça me retourne, elle me vide par les pieds, me verse tout le sang dans mon visage, je suis timide comme un coquelicot ». Son amour fou le fait s’exprimer en poète, direz-vous, mais ça durera le monologue entier. Il a débuté par une constatation : « Le temps partiel, ça fait un trou dans la semaine, mais c’est les autres qui sont creux / Ils font dimanche ». Ecrit dans une langue recherchée, très imagée, plein de mots aux alliages farfelus, ce texte au rythme étourdissant, est pourtant censé transcrire le langage d’un prolo aussi fruste que frustré. Sanglé dans une tenue genre pompier, contournant le podium sur lequel trône une chaise et où il finit par s’asseoir, ou s’affaler, Olivier Bizet, énergique et volubile, a un visage et des mimiques de vrai bon garçon. Il relace ses bottines, ôte et remet sa casquette, ouvre son sac, répond à des messages sur son talkie, et conclut qu’il est le gardien de bon nombre de choses risquant de disparaître . En fait il a bel et bien contribué à la disparition de son rival en amour. A la fin il décide que « faut prier pour se faire entendre au-delà » et « demande pardon en ondes courtes à Dieu qui comprend toutes les langues. Même les petites, surtout les petites, tout humbles dans leurs petits trous ? » Nous n’avons pu résister au désir de citer copieusement un texte brillant que vous découvrirez dans cette petite salle accueillante du dix-huitième arrondissement, mais dont nous ne sommes pas sûrs qu’il soit avant tout théâtral.
Théâtre Pixel les vendredis et samedis à 21 heures, les dimanches à 17h30. Réservations : 01 42 54 00 92