13 novembre 2007

Quand les rois très chrétiens... mise en scène de Christiane Marchewska

Quand les Rois très chrétiens bâtissaient la France, mise en scène de Christiane Marchewska
Le titre de ce spectacle est explicite mais ne laisse pas présager les trouvailles de la mise en scène et d’abord du bon tour que celle qui la signe vous joue dès le départ. C’est de bonne guerre, si l’on peut dire, étant donné les lieux. Dans la pénombre de la salle du Musée de l’Armée où luisent des armures de chevaliers vous êtes accueilli par un aimable jeune homme qui commence votre visite guidée : vous admirez son savoir-faire. Il vous engage à le suivre dans une nouvelle salle : un projecteur la fait étrangement ressembler à un lieu de théâtre ; une comédienne (Christiane Marchewska) et ses deux jeunes camarades (Anaïs Muller et Benoîte Taffin ) qui y sont installées font semblant d’être dérangées. Nous répétons une pièce, dit la meneuse de jeu, et vous nous gênez. Elle vous prie de sortir. Le gardien de musée s’insurge, les jeunes femmes dépitées déclarent alors vouloir tout laisser tomber avant de disparaître derrière des piliers. Vous aurez compris que c’était un gag quand Christiane Marchewska en personne, seule et ayant battu en retraite, vous convie à vous asseoir sur des sièges qui vous attendaient visiblement et se met à raconter grandiosement la bataille de Bouvines décrite par un témoin. Le gardien de musée n’est autre que ce fin comédien (Guy Bourgeois) qui jouera le rôle de l’impertinent sorte d’avocat du diable qui tente de démythifier, voire démystifier ces personnages exaltés par historiens et chroniqueurs que furent les rois de Fance de Philippe-Auguste à Louis XIII. Marqués au front d’un signe qu’ils ne peuvent renier, investis d’une mission étonnante, attachés à préserver un territoire et un patrimoine , pères de la patrie comme on les nommait , ce furent des chefs de guerre inspirés et des hommes de conviction. C’est ce que pense celle qui signe cette saga. Ces figures étonnantes sont évoquées par des récits de contemporains, des poèmes dits avec ferveur par une troupe composée de quatre interprètes dont l’un (Charles Reale) les impose de manière touchante. Se succèdent des portraits contrastés ou édifiants d’épouses et de mères de souverains. Héroïnes surdimensionnées, elles sont étonnantes ou détonantes. De descriptions cruelles des moeurs guerrières d’autrefois en anecdotes croustillantes ou sulfureuses concernant la vie ‘privée’ de ces gens-là et mettant l’accent sur le côté faillible de tout mortel, ce spectacle touchant qui ne se veut ni systématiquement pédagogique non plus que moralisateur, utilise intelligemment un décor devenu prodigieux médiateur : cet Hôtel des Invalides, vrai lieu de théâtre au sens le plus noble du terme.
Musée de l’Armée-Hôtel des Invalides, vendredi à 20h, samedi à17h et 20h, dimanche à 17h30 . Réservations : 01 47 12 13 75