02 novembre 2007

Sophie Térol chante en fa dièse

de et par Sophie Térol
Elle a commencé par souhaiter qu’on ne l’aperçoive que par « Par la fenêtre », titre de son premier spectacle. Si, médusé par le talent de la jeune femme, vous l’aviez complimentée, elle aurait probablement rougi et aussitôt lancé une nouvelle cascade de notes, sa voix acidulée ou simplement mélodieuse vous ravissant à nouveau. S’interrompant, elle aurait pu aussi vous jeter un regard inquisiteur, du type de celui que son professeur de piano lui avait peut-être décoché à l’occasion d’un mauvais doigté ou d’une note de travers. Elève parfaitement surdouée, a-t-elle seulement eu besoin d’un tel professeur ? Elle a ensuite choisi d’être une « Voix lactée », titre de son deuxième spectacle. Notez que cette fois, outre une théorie d’étoiles tutélaires cela évoquait un lait, maternel ou non, mais certainement celui « de la tendresse humaine ». Cette saison-ci elle ne se présente plus joliment masquée derrière des titres poétiques parce que Sophie Térol chante en fa dièse et qu’aucun bémol n’est au programme. Pour ce spectacle elle a fait appel à des auteurs qui l’aiment et qu’elle aime. Mais de plus en plus toniques, explicites ou dérangeants, ses drôles de textes sont moins en pointillé qu’avant. L’amour-toujours… « mon chéri qui l’êtes si peu mais que j’aime tant, indéfectiblement, parce que je ne peux ni ne veux faire autrement, allez, et que j’attends ou attendrai, même si… » Et puis il y a tous les autres, amis ou gens de rencontre, et aussi ces adultes sur lesquels elle porte un regard d’enfant prolongé et qu’elle peut aussi juger déconcertants, à qui elle aimerait dire combien ils la déçoivent parfois. Et la voilà regrimpant dans son univers d’avant, revisitant enfance et adolescence: défilent des paysages peuplés d’ animaux amicaux ou péremptoires et d’autres chères petites choses bien tendres. Et la voilà encore un poil Mistinguett gouailleuse, un autre poil héritière des Frères Jacques désopilants pour « Petit bout de la queue du chat » et un autre poil enfin très « zizi », merci Monsieur Perret. Et puis elle retourne du côté de chez cette Barbara à laquelle elle a été trop facilement comparée parce que sa voix à elle peut aussi décoller étonnamment, et surtout par ce qu’elle aussi a tant de choses troublantes à dire. Sanglée dans son tailleur-pantalon blanc, elle se trémousse joliment, puis fige son sourire qui devient clownesque, ou encore s’approche de son public : « Vous êtes là ? vous êtes vraiment là ? » Son partenaire, tout en blanc lui aussi, est Michel Glasko, accordéoniste au physique d’ange et au talent singulier, qui sourit finement en la regardant et dont elle sait comme nous que sans lui rien ne serait possible.
Sophie Térol est au Kiron Espace, 10 rue La Vacquerie, 75011 Paris, du mercredi au samedi à 19h30. Réservations : 01 48 24 16 97