29 novembre 2007

Voltaire's Folies, de Jean-François Prévand

Les nouvelles Voltaire’s Folies
De Jean-François Prévand, d’après Voltaire
Extraits d’écrits polémiques, de satires et de tragédies d’un philosophe aussi dérangeant qu’institutionnalisé dès son vivant : cela figurait déjà au menu de la première version datée de 1970 de ces délectables ‘Folies’ données dans des pays aussi exotiques que ceux décrits par Voltaire lequel ne les avait jamais abordés. Esprit à la curiosité insatiable jusqu’à en devenir obsessionnelle, vocation encyclopédique oblige, (mais connaît-on assez aujourd’hui les travers d’une sur-information désinformatrice ?) cet écrivain infiniment nécessaire aurait tenté de lire tout ce qui avait été publié sur les us, coutumes et mœurs de leurs habitants. Ce qui avait d’abord constitué une série de sketches, genre joutes verbales pour café-théâtre, débute par un épisode où chacun des membres du quatuor brandit une pancarte : Catholique, Juif, Musulman, Protestant. Même si religion rime avec relier on embraye sur l’intolérance avec preuves avérées : persécutions, tortures, massacres, exterminations, selon fanatismes et croisades, au cours des âges et dans toutes sortes de pays mais d’abord le nôtre. Que recouvrent donc les notions de bien, de mal, de naïveté et de manipulation ? Virage à plus de cent-quatre-vingt degrés, à la onzième séquence d’un voyage qui en compte douze, les comédiens qui ont tout joué ou suggéré sur un rythme plus qu'ébouriffant deviennent les interprètes du Dîner du Comte de Boulainvilliers. Aristocrate emperruqué, son valet stylé et à peine narquois l’escortant, le comte est attablé face à un prêtre plus que malotru. Tous deux débattent du fanatisme et du mensonge mais face à eux ‘Monsieur Fréret’ debout et muet explose, puis se dit révolté-révulsé contre l’attitude de certains papes face à des massacres de non-croyants. Un ange passerait-il, ou serait-ce l’inverse ? Tout s’est figé malgré les candélabres qui trônant sur la table, se veulent synonymes de chaleur et de lumière. La douzième phase quoique moins corrosive est grinçante à souhait. Voltaire (Gérard Maro aussi généreux et déménageant que ses camarades et complices Jean-Jacques Moreau, Olivier Claverie et Charles Ardillon) déclare être l’héritier de Rabelais, cet humaniste militant qui a réussi à masquer le fait que, lui aussi, était un authentique iconoclaste : « Je pris mes compatriotes par leur faible… je parlai de boire et avec ce secret tout me fut permis ». Sur la table une bouteille de vin et vos trois compères arborant des nez de clowns en ingurgitent des rasades inquiétantes et puis poignardent Rabelais-alias-Voltaire. Avant de s’écrouler il a cité son Traité sur la tolérance : « puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ». Désarçonnant, escorté d’une partition musicale en forme de contrepoints souvent gagesques et de lumières simples parce que belles et efficaces signées Rouveyrollis, ce spectacle tranche avec tout ce qu’au théâtre on a vu ces derniers temps de sec, de bavard, de fumeux, de geignard, d’anecdotique ou d’exhibitionniste ou même de pire que complaisant.
Voltaire’s Folies a pour sous-titre : pamphlet cocasse et satirique contre la bêtise.
Théâtre de l’Oeuvre, du mardi au samedi à 21 heures, réservations : 01 44 53 88 88