20 décembre 2007

Beaucoup de bruit pour rien, de Shakespeare

Mise en scène de Sylvain Ledda
Deux couples se forment sous nos yeux et après des péripéties déstabilisantes, des épousailles auront lieu, avec la bénédiction d’un certain frère Francis, de leurs familles et de leur prince. Le premier des deux, né d’un coup de foudre, aura frôlé la catastrophe parce qu’un parent malfaisant a décidé de démolir la réputation de la fiancée. On est en Sicile où on ne plaisante pas avec l’honneur. Quant au second, scénario plus actuel, il s’agit d’un amour se construisant sous couvert d’une amitié désinvolte avec apprivoisement final d’une femme de caractère, par un homme qui n’en a pas moins. Sylvain Ledda utilise habilement un lieu singulier avec des piliers derrière lesquels on se dissimule pour écouter ce qu’il ne faudrait surtout pas qu’on entende. Il y a des portes et des escaliers à peine dérobés, des fenêtres que les lumières désenclavent et des marches magistrales derrière l’énorme porte en bois massif au centre de l’espace scénique. Un piano côté cour invite les personnages à jouer leur musique à eux, et c’est leur récréation. Allons-y pour des airs de groupes anglais des années mythiques, mais au départ on a eu droit à un lecteur de cassettes nous mettant dans l’ambiance : était-ce du Chopin ? Les costumes contemporains se déclinent en noir et blanc, mais à l’acte cinq, celui des résolutions, les messieurs ont des chemises bleues, des cravates à motifs rouges et des complets élégamment beiges. Un peu, avant une des dames arborait une robe longue savamment décolletée, rouge sang de bœuf. C’est la Béatrice qui avait porté jusque là une tenue masculine, mais avec escarpins à talons aiguille. Durant toute la pièce elle tient la dragée haute à son Bénédict qui l’apostrophe à la fin : « N’est-il pas vrai que vous m’aimez ? » Et elle de répondre : « Non , ma foi, pas plus que de raison » avant d’éclater de rire et de lui tomber dans les bras. Ils se marieront. Dans cette mise en scène inventive au rythme rapide, les rôles de certains hommes garants de l’autorité : soit un prince ou des gendarmes, sont tenus par des femmes. On danse, on rit, on s’étreint. Mais le temps s’étire quand apparaît le traître : ce seigneur Don Juan qui a empêché le mariage de l’irréprochable Héro avec le jeune seigneur Claudio, et il a fallu un fichu stratagème pour que ce même Claudio, la croyant morte de chagrin, se rende compte qu’elle était tout pour lui. Mais tout est bien qui finira donc bien. Ce spectacle, pétaradant, folâtre et intense est joué par une aimable équipe de quatorze comédiens de qualité.
Théâtre du Nord Ouest, dates et réservations : 01 47 70 32 75