12 décembre 2007

Shakespeare et compagnie

Lectures, avec Edith Garraud et Claude-Henri Rocquet
Cela ressemble à une causerie à laquelle nous sommes invités à avoir voix au chapitre parce que, très vite, nous sommes conviés à rire. Edith et Claude ont choisi une demi-douzaine d’auteurs inspirés par les pièces de Shakespeare qui, selon eux, sont essentielles. Ils les ont aimées ; elles les ont aidés à devenir eux-mêmes. Macbeth, Le Roi Lear, Richard II, Hamlet, Othello, Roméo et Juliette, le Songe d’une nuit d’été et même Titus Andronicus, pour ne citer que celles-ci. Claude lit un texte de Jean Gillibert à qui il rend un hommage amical. Psychiatre et psychanalyste, comédien, metteur en scène, celui qui fut un co-fondateur du Théâtre Antique de la Sorbonne parle de son enfance. Elevé par une nourrice illettrée, personnage surréaliste qui baragouinait ce qu’elle prétendait être de l’anglais, elle était shakespearienne sans le savoir. Elle est à l’origine de son désir de traduire le grand Will. Le rêve est en vue. L’auteur suivant est cette surprenante poétesse italienne, au pseudonyme de Cristina Campo (1923-1977). Eprise de Shakespeare, elle affirme que son œuvre témoigne d’un désarroi face au matérialisme d’un monde qui a perdu le sens de l’absolu. Elle parle d’une « souffrance convertie en amour » citant cette Simone Weil (1909-1943) qui affirme qu’ « il faut connaître le mal qu’on veut combattre ». T.S. Eliot entre en scène. Dans un article daté de 1919 il décide qu’Hamlet, la pièce et le personnage, sont une faillite, Shakespeare n’ayant pas réussi à faire coïncider atmosphère, émotion et rigueur théâtrale. Ce faisant, il a inventé le «corrélatif objectif » dont se gargariseront des générations d’intellectuels après lui. Mais il parle étonnamment de ce fils détruit par sa mère adultère, donc forcément vouée à devenir meurtrière. Préfacé par Robert Abirached, dont des extraits sont lus par Claude, Jean Vauthier est l’auteur invité à témoigner ensuite. On lui doit une traduction d’Othello et une analyse poussée du personnage de Iago, traître et manipulateur pour lequel il n’arrive pourtant pas à éprouver de la répulsion. Parce que pour Shakespeare tout homme est au moins double. Les deux textes suivants sont signés Claudel. Le premier est une réflexion sur le personnage christique, selon lui, du Roi Lear. Père, donc image de Dieu, il est renié, trahi et envoyé à la mort par ses filles, monstres qui s’entre-dévoreront. La séquence suivante est l’extrait d’un dialogue où Claudel fait face à Racine. Ton courtois, humour de bon aloi, Claude et Edith se répondant, évoquent les coups du destin et ces autres véritables coups de tonnerre inclus dans une dramaturgie de Macbeth, transmise par des didascalies, dont on ne sait si elles sont authentiques, mais qu’on aime. Lady Macbeth, à la conscience obscurcie parce qu’elle a été ‘l’âme damnée’ d’un époux aussi irresponsable qu’elle, est devenue somnanbulique ; elle est au seuil de sa nuit. Fin d’un épisode aux résonances cosmiques. Et merci à nos lecteurs-comédiens qui nous ont fait faire ce bon voyage.
Théâtre du Nord-Ouest, dates, horaires et réservations : 01 47 70 32 75