18 décembre 2007

Une fille en or, de Natalie van Parys et Lise Martin

Une fille en or, comédie en chansons de Natalie van Parys et Lise Martin
Elle a donc un cœur d’or ? Non, c’est du corps de la môme qu’il s’agit, il rapporte des liasses de billets à Paulo, son ‘mac’. On est à Pantruche dans les années trente ou quarante, même si au départ les auteurs font faire à leurs personnages des incursions rigolotes dans les fifties ou sixties. Argot succulent, verve et charme surannés avec épisodes coquins. Donc un scientifique, intello à la moustache et la barbe sages (voyez bourge bloqué) Bobby-la science (Vincent Bouchot) concocte des potions destinées à faire re-basculer les humains dans leur condition animale d’avant-avant. Plus doux-dingue que dangereux, il a métamorphosé son confident (Denis Chouillet) en matou mais l’a baptisé Gisèle. Question cœur et la suite avec passage à l’acte, ce Candide n’a pas trouvé ou pris le temps d’avoir une initiatrice. Qu’à cela ne tienne, Monsieur Paul (Pierre Corbel) le souteneur, bellâtre barbu et moustachu quoique plus avantageux que lui, est là flanqué de sa ‘protégée’ monayable. Cette jeune personne dit se prénommer Sido. L’allusion à Colette n’est qu’un des innombrables clins d’oeil à l’histoire du music-hall. Donc la créature est destinée à déniaiser un Bobby plus que quadragénaire. Monsieur Paul, souteneur arrangeant qui a pour maxime que « le client a toujours raison » impose à Sido de se transformer en toutes sortes de femmes excitantes, de la pure jeune fille à la vamp à même de susciter des fantasmes chez son client. Education sentimentale ? pas vraiment. Carte du tendre ?…hé-hé : ces dames auteurs du livret n’ont pas pu s’empêcher de passer par la case « Mignonne allons voir si la rose » d’un certain Ronsard. Poétique, loufoque, fantastique mais aussi piquant, égrillard et tendre, avec des éclairages intenses qui passent du bleu au rouge, au vert, au violet, ça swingue, ça agite des trucs en plumes et ça frétille des gambettes. Mais surtout Bobby, Paul et Sido chantent à ravir les airs croustillants ou tendres qui ont enchanté nos parents avant nous. Si ce spectacle a tant de punch c’est grâce aussi à Nathalie Duong qui est Sido : abattage, voix tour à tour légère et puissante, sa frimousse et sa silhouette cousinent avec celles de l’adorable Irma la Douce qui a ravi la France de 1956. Quant à Denis Chouillet, le chat Gisèle, il est stupéfiant. Quand il ne ronronne pas pour de bon et alors on se tient les côtes, dans un rôle muet c’est un mime facétieux. Mais surtout, loin d’être simple accompagnateur, au piano c’est un musicien éblouissant. Moralité et bouquet spirituel: « Y a rien à faire, y a qu’à s’aimer… » comme le chantait la douce Irma. Le titre de cette comédie en chansons (définition aussi jolie qu’adéquate) écrite à quatre mains vous avait paru ambigu ? Et bien c’est clair, même si l’intrigue à la trame simplette, proche du prétexte, se met lentement en place, Natalie van Parys et Lise Martin sont des librettistes plus qu’habiles. Vous risquez d’ad-or-er leur chère fifille.
Théâtre Daniel-Sorano à Vincennes, jeudi, vendredi, samedi à 20h45, samedi, dimanche à 16h. Réservations : 01 43 74 73 74