22 décembre 2007

Une laborieuse entreprise, de Hanokh Levin

Traduction Laurence Sendrowicz
Mise en scène et scénographie Jean-Pierre Berthomier
A l’avant-scène des vêtements épars, au fond un paravent composé de portes juxtaposées, au centre un lit ‘matrimonial’ aux draps plus blancs que blanc. Dedans un homme est assis en pyjama, la bonne cinquantaine, il déclare : « Je suis un homme fini, bien obligé de voir la vie en face : je suis un homme fini». Sous la couette, à sa gauche, une forme roulée en boule. C’est Léviva, sa femme, censée dormir. Lui c’est Yona Popokh qui s’apitoie sur lui-même. Geignard, c’est un palabreur, un râleur avec au détour de chacune de ses phrases une vacherie, voire une injure destinée à son épouse. Au creux d’une nuit dont il ne sait pas qu’elle lui sera fatale, il a décidé de la quitter : pour qui ? pourquoi ? le sait-il lui-même ? a-t-il un pressentiment de ce qui le guette ? Elle pleurniche un temps, mais tente de le raisonner : ils ont passé de bons moments ensemble, leur vie est apparemment une réussite, leurs enfants s’en sortent, ils ont donné l’image d’un couple convenable. Et puis, lyrique, elle a foi en l’avenir parce que : « la beauté, l’art, la philosophie, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas ». Montée d’adrénaline de part et d’autre, séquences hystériques. Détails de leur vie commune, que Yona veut sordides pour justifier son départ. Et puis un intermède : à l’acte deux Gounkel ‘ vague ami’ du couple cogne à leur porte sous prétexte de leur demander de l’aspirine. Le voilà qui s’apitoie aussi sur son 'sort à lui', enviant la relation charnelle qu’il suppose chez le couple parce qu’il connaît la solitude mieux encore qu’eux. Et puis il disparaît. Donc l’amour avec risques d’infidélité, la peur du noir qui remonte à l’enfance, la mort, la mort par suicide, les préoccupations d’argent sont les thèmes qu’aborde Levin. Mais son langage vert et plus que dru est chargé d’images qui, dans leur dos, ou face à face se font des pieds de nez. La mise en scène de Jean-Pierre Berthomier comporte des sortes d’ entractes où les comédiens sous des lumières minimalistes font la pause, comme entre deux rounds de boxe. Et ça repart. L’auteur est un philosophe à l’âme juive exaltée avec autodérision et relents de fatalisme à la slave, dont témoigne sa référence au monde de Tchékhov qu’il aimait tant. Avec une truculence insensée il piétine les plate-bandes d’Ubu et son inquiétude existentielle serait celle d’un personnage en quête d’auteur, voyez Pirandello. Léviva est face à Yona : « C’est ensemble que nous devons achever cette laborieuse entreprise qu’est la vie ». Mais son Yona mourra à la toute fin, ses derniers mots étant « main dans la main un père va avec son fils à la synagogue ». Côté comédiens, ça percute : Christine Joly est une Léviva plus que désirable et truculente, Philippe Lebas est un Yona très physique. Jean-Pierre Ménard est un Gounkel aussi intempestif qu’épisodique. C’est un spectacle dont on ne sort pas indemne.
Théâtre Artistic Athévains, mardi 20h30, mercredi, jeudi 19h, vendredi 20h30, samedi 16h et 20h30, dimanche 15h. Réservations : 01 43 56 38 32