04 décembre 2007

Zaza Stand Up, de et par Isabelle Sprung

Elle fait irruption sur scène, avec autour du cou un boa du genre mon ‘truc en plumes’. Une musique intempestive jusqu’à en devenir abrutissante s’interrompt brusquement. Elle fait mine de fournir une excuse « c’est pour voir si on est en phase ». Elle nous resservira ce mot d’ordre et mot de passe symptomatique d’une société zappante qui à force de vouloir faire communiquer les êtres, les rendrait sourds, voire autistes ; qui les confisquerait quasi-définitivement, corps et âmes. Mais ne révélons pas tout de go que Zaza est métaphysique. « Je m’appelle Isabelle Sprung, mon père est juif, lui beaucoup souffri » dit- elle caricaturant une intonation yiddish ; dans la foulée elle chante « bei mir bist du schön ». Sa voix légère et aimable se fait plus ample, avec des sonorités sourdes et rauques. Elle enchaîne : « Ma mère…juive…Maroc… elle aussi beaucoup souffri ». Nous voilà sous le charme de cette humoriste à la gaîté débridée, faussement farfelue, mais réelle bête de scène. Son sens de la valeur et de la charge affective des mots , son acuité souriante, font-ils un tabac ? Non, écolo, elle a arrêté de fumer il y a trois ans. Et la voilà qui interpelle son public, se justifiant par un « c‘est le moment interactif » qu’elle vous resservira un max. Les questions sur l’actualité sont pointues mais les spectateurs qui pouffent répondent tout à trac ; on pense à la fameuse ‘Bande à Ruquier’ à qui le patron fait réciter la ‘une’ ou même les brèves de nos quotidiens chéris. Ça continue, re-cascadant du coq à l’âne « mon mari qui râle quand je ne suis pas là… quand mon mari rentre… » Elle s’interrompt, fait mine de ne plus savoir où elle en est : « qu’est-ce qu’on disait ? » Et ça rebondit : la drague, la pub, les frustrations, ceux qui lisent Voici ou L’Equipe dans les WC, le happy-slapping. Elle nous sert une caricature de slam truffée de termes franglais et autre jargon globish et une remarque plus que crue sur les relations messieurs-dames. Son aplomb ébahissant, ses talents de charlot-féminin woody-allenesque, sa dégaine de Fo-folle de Chaillot, de pseudo-clocharde loufoque mais céleste fascinent : Elle est la vraie sœur cadette de Clémence Massart, ce monstre sacré aux one-woman-show faramineux. Entre les dénonciations des simulacres et des simagrées de notre quotidien, derrière son sens de la dérision se profilent la curiosité et les perplexités d’une humaniste, une fraîcheur d’âme, non pas naïveté mais tendresse authentique.
Théâtre Popul’air du Reinitas, 36 rue Henri Chevreau, métro Ménilmontant, tous les lundis à 20 heures. Réservations : 01 43 66 34 96