31 mars 2007

Place Vendôme, août 1944, d'Alain Houpillart

Mise en scène Martine Coste
L’idée est séduisante, Hemingway rencontrant Coco Chanel à Paris vers cette époque-là pourquoi pas? La vérité est qu’il fréquentait alors les cercles littéraires de la rive gauche dont celui de Gertrude Stein. Cette compatriote exilée volontaire, femme de lettres avisée, lui conseillait de conserver et de travailler son style aussi percutant que dépouillé de journaliste-reporter. L’utilisant dans des récits plus ou moins autobiographiques il allait devenir un écrivain de premier ordre. Notre auteur très documenté sait aussi qu’ un autre membre de la génération américaine « perdue » hantée par le côté absurde et monstrueux de la guerre, le flamboyant Fitzgerald, claquait l’argent de ses romans culte avec sa Zelda au Ritz. Mademoiselle y avait élu domicile ou plutôt refuge ; dans ce monde feutré, surprotégé elle côtoyait les autres célébrités qui avaient accueilli l’occupant avec une certaine résignation. Certains avaient pactisé avec lui. Alain Houpillart ne manque pas de citer ces intellectuels et artistes français dans un des monologues qui, mis bout à bout, composent essentiellement sa pièce. Première séquence Hemingway en tenue de combattant et dans le feu de l’action se retrouve dans la chambre attitrée d’une Coco hiératique trônant sur son sofa. A la deux, les échanges de propos révèlent ce qui sépare la créatrice de mode adulée mais compromise avec les puissants, du baroudeur, ce rustre braillard, vantard et aviné. A la trois, ils évoquent leurs carrières respectives, pour énumérer à la quatre ce qu’ils partagent en tant que créateurs innovants ou dérangeants. La scène suivante leur fait avouer qu’ils sont tous les deux en manque d’inspiration. La six leur fait rechercher dans le passé et l’enfance les causes de cette panne. Sept: ils se réconfortent mutuellement. Huit: ils se proposent de s’entraider, de faire face et de redémarrer leur carrière. Neuf : mais ce sont des artistes, ce qui explique et justifie tout, longue vie à eux! Rétrospectives et descriptions interminables alternent avec des dialogues fonctionnels sans enjeux. Quand les protagonistes prennent la parole ils se racontent, le tout devient vite pesant. La mise en scène statique de cette pièce très écrite piège également les comédiens. Sophie Leclerq est une Chanel aussi péremptoire que l’était Coco, mais dépourvue de ce charme ou de ce savoir faire qui envoûtait modèles, clients et amants. Mais c’est Jean-Marc Foissac qui a la tâche la plus ingrate ; son rôle consiste en une suite complaisante de bavardages. On aimerait le revoir en Tartarin ou en Cyrano, sa fine pointe d’accent et son abattage feraient alors merveille. Il semble que ce soit la première pièce de l’auteur et peut-être la première réalisation de la metteur en scène; est-ce suffisant pour ne pas leur en vouloir ?
Les Déchargeurs, du mardi au samedi à 20h15. Réservations : 0 892 70 12 28

29 mars 2007

Hughie, d'Eugène O'Neill

Tranchant avec les spectacles qui se donnent dans ce théâtre avec un minimum d’accessoires symboliques, le décor fait d’emblée adorer ce petit hôtel du West End new yorkais au hall meublé à la mode des années 1900 mais sans surcharge ni mauvais goût. Aujourd’hui mal fréquenté, il avait une clientèle de choix nous confie la voix off masculine qui situe l’action, et, devenue partenaire à part entière du spectacle, elle l’accompagnera sous forme de didascalies puis sera prise en relais par celle de Charlie Hughes, le veilleur de nuit en fonction. L’autre protagoniste est Erié Smith ce client rentré au petit matin et qui refuse obstinément de rejoindre sa chambre. Il repose ses clefs sur le comptoir chaque fois que l’employé s’en croit débarrassé pour reprendre un discours dont il ne sait plus où il l’a laissé. L’alcool ingurgité au cours des soirées précédentes est responsable de ses propos décousus qui deviennent pourtant moins fumeux à l’approche de l’aube. Le veilleur remplace depuis peu le fameux Hughie à qui Erié racontait ses soi-disant exploits de tombeur de pépées, parieur chevronné, dandy flambeur. On comprend peu à peu que ce hâbleur n’est qu’un magouilleur, membre minable d’une pègre qui le surveille. Cependant la mort de Hughie à qui il voulait servir d’initiateur ou de mentor le rend inconsolable. Une voix intérieure nous restitue les pensées saugrenues ou terre-à-terre et l’exaspération du veilleur devenu confident de rechange. Contrepoint savoureux à ses réponses évasives, vaguement polies ou pleines de sollicitude, des réflexions et commentaires à la cantonade sont un ressort dramatique de ce drame format de poche au dénouement vrai. Comme le sont aussi les bruitages élaborés avec voix en sourdine. Le jeu des lumières constitue un habillage impertinent ou surprenant mais qui ne parasite en rien l’intrigue, soulignant au contraire le gouffre entre affabulation et réalité sordide. L’interprétation de Laurent Terzieff et de Claude Aufaure est prodigieuse. Le premier est ce personnage aux idées arrêtées sur ses concitoyens, sa ville, les maux de la société, la nature humaine et l’insignifiance de celui à qui il s’adresse. Il parade, tente de masquer ses failles mais nous désarme grâce à sa tendresse pour celui avec qui il traversait les nuits. Chacun de ses demi-sourires, chaque sourcil levé, chaque respiration et sa façon d’enchaîner ses propos, son aisance et une manière d’occuper l’espace qui n’appartiennent qu’à lui, fascinent. Claude Aufaure à la voix aux sonorités multiples, de la plus enjôleuse à la plus métallique et dont la brusquerie peut éclater comme malgré lui, a un sourire mi-paysan madré mi-Joconde qui en dit long . Son personnage n’a que peu de gestes à faire, ils en acquièrent d’autant plus de poids et de densité. Il tient magistralement en haleine son public et le bouleverse autant que le fait son partenaire. Ne laissez pas passer un spectacle d’une telle excellence.
Le Lucernaire, du mardi au samedi à 21h30, matinée samedi à 16h30. Réservations : 01 45 44 57 34

27 mars 2007

Tchekhov a dit adieu à Tolstoï, de Miro Gavran

Mise en scène de Marie-France Lahore
Prendre des écrivains parmi les plus grands de leur époque et imaginer leur rencontre a souvent tenté les dramaturges et donné des pièces plus qu’intéressantes. Miro Gavran fait plus fort. Tchekhov et Tolstoï se connaissaient effectivement mais inventant un séjour du jeune dramaturge chez le montre sacré de la littérature russe, il concocte une confrontation ahurissante, sorte de farce avec vodka et épanchements consécutifs, verre cassé, personnages qui montent sur la table, s’engueulent, braillent, houspillent leurs femmes pour éventuellement se réconcilier avec elles. Avec une manipulation en prime : son Tolstoï a décidé de convier les époux Tchekhov à un week-end dans la datcha qu’il occupe avec sa femme Sophia dans le but de faire écrire par Anton un ouvrage relatant les conversations qu’ auront les deux hommes de lettres. Le séjour risquant de se prolonger si tel est le désir du maître. Naturellement, et en cela le portrait qu’en fait Gavran est parfaitement conforme à ce que l’on sait de lui. Léon Tolstoï, imbu de lui-même et au somment de sa gloire ne songe qu’à utiliser le talent de Tchekhov pour s’auto-célébrer une fois de plus, quitte à lui dicter ce qui ira dans ce sens. Tchekhov à court d’argent accepte. Mais la présence et les personnalités de leurs femmes font prendre un tour rocambolesque à l’aventure. Sophia Tolstoï dont le mari est un affreux machiste capable de lui faire des scènes de ménage devant ses invités avec allusions odieuses à sa mère qui aurait fini ses jours dans une maison close fait des avances répétées à un Tchekhov réticent. Tolstoï qui les a plus ou moins surpris en fait de même lorsqu’il se retrouve avec la sémillante Olga Tchekhov qui le repousse également. Cependant que Sofia essaie d’embringuer Olga dans une aventure littéraire proche de celle de leurs conjoints, à ceci près qu’il s’agirait pour elles de régler certains comptes avec ces messieurs. La suite est hilarante, vodka aidant, la verve et l’imagination débridée de Gavran faisant le reste. On frôle la catastrophe, puis le week-end passé, Anton et Olga Tchekhov ayant battu en retraite, Tolstoï dont la mauvaise foi et la vanité ont atteint des sommets se met à chercher un nouveau pigeon prêt à chanter ses louanges sous couleur de transcrire ses propos. Si les caractères des deux personnages principaux sont conformes aux témoignages de leurs contemporains, l’auteur de ce divertissement a quelque peu forcé le trait en rendant son Tolstoï pontifiant plus imbuvable que nature, tandis que son Tchekhov est moins original et peut-être moins touchant que n’était le vrai. Mais c’est torché, funambulesque. Face à un Jean-Claude Drouot grandiloquent et pléthorique les comédiens assurent avec panache. Marie-France Santon est une Sophia haute en couleurs et grande gueule à souhait. En Olga Tchekhov, Camille Cottin est piquante. Vincent Primault est un Tchekhov perplexe et en finesse. Quant aux interventions du domestique quasiment muet, elles sont drolatiques .
Théâtre Silvia Monfort, mardi, jeudi, vendredi, samedi à 20h30, mercredi à 19h, dimanche à 16h. Réservations 01 56 08 33 88

26 mars 2007

Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens, de Gérald Garutti

En 1987 le livre de Jean-Léon Beauvois et Robert-Vincent Joule dont Gérald Garutti a tiré la pièce nous avait ravis. Ce n’était pas la traduction d’une analyse sociétale due à un quelconque Américain, mais cette fois des Français ciblaient, définissaient et démontaient de manière imagée et percutante les techniques destinées à nous faire consommer, acquérir des biens ou poser des actes aux conséquences lourdes, à bref ou long terme. Vingt ans après on sait que le prof qui suggère au collégien d’apprendre par cœur un paragraphe pour obtenir une note valorisante, entend le gamin lui répondre qu’il refuse ce genre de manipulation. Quant aux honnêtes gens auxquels le titre fait allusion, tout le monde est dans le coup, une certaine frilosité ayant engendré un désir de bonne conscience : ne sommes-nous pas persuadés d’être plus intègres et plus respectables que la génération précédente? Les manipulations, base des rapports humains ont inspiré à Gérald Garutti ces sketches pour cabaret, pétaradants en cascade, avec parodies de concours télévisés ouverts à tous. Entrelardés d’un discours explicatif qui se hausse un peu au dessus d’une pédagogie de comptoir, ils font se confronter Shakespeare, Molière, Corneille et autres créateurs de personnages monstrueusement assoiffés de pouvoir. Au rayon politique Nixon rejoint Mitterrand, Freud est un passage obligé et Houdin, Knock et Néron sont en ombres chinoises. Eve étant partout, en version originale, en Mata-Hari ou en émule d’Arielle Dombasle. Ils se racontent, se sautent au cou, se séduisent, se défient, tentent de se justifier car tous sont en enfer où vient de les rejoindre l’auteur du traité. Maître des lieux, sardonique, Jean-Claude Dreyfus fait un numéro insensé de meneur de revue sur un rythme forcément endiablé avec tours de prestidigitation, gags et pitreries multi-azimuts. Mais puisque Gérald Garutti s’affiche porte-parole de l’auteur du traité, Satan suggère que toute manipulation peut avoir un côté altruiste ou bénéfique, ce qui laisse augurer que le discours va prendre un tour différent et que des rebondissements se préparent. Ce n’est pourtant pas le cas puisqu’on apprend que Beauvois a été la victime d’une interversion de fiches dans la salle de transit où est attendu le jugement dernier. L’enfer n’est donc pas pour lui et ce coup de théâtre en forme de pirouette clôt l’exercice aléatoire et ici laborieux qui consiste à adapter pour la scène un travail de psychosociologues. Malgré des prodiges d’invention rayon dramaturgie, la réussite n’est jamais garantie. Autour de Jean-Claude Dreyfus ses camarades comédiens, imitant des personnages historiques et dans des rôles de composition, se démènent consciencieusement de manière plutôt réjouissante et font passer un bon moment au public.
Vingtième Théâtre, du mercredi au samedi à 20h, dimanche à 15h.
Réservations : 01 43 66 01 13

24 mars 2007

La jeune fille et la mort, d'Ariel Dorfmann

Depuis sa création en 1991 le succès de cette oeuvre lui vaut d’être jouée régulièrement dans le monde entier, Roman Polanski en ayant réalisé une version filmée. L’histoire se déroule dans un pays latino-américain où à l’occasion d’un putsch une jeune femme a vu sa vie briser par les viols et les tortures que lui ont fait subir ceux qui récupéraient le pouvoir. Après avoir vainement tenté de se reconstruire, elle se trouve par hasard, une quinzaine d’années après, face à son bourreau redevenu le médecin secourable et le père de famille honorable d’avant les événements. La pièce s’articule autour d’une réflexion sur le désir de vengeance et les compromissions et autres lâchetés dont les hommes désireux de pouvoir sont en danger de se rendre coupables un jour ou l’autre. Paulina qui a reconnu son tortionnaire hésite; va-t-elle obtenir ses aveux circonstanciés avant de le faire atrocement souffrir à son tour? Son mari Gérardo, personnage en vue briguant un poste de ministre, doit-il faire ce que sa femme lui demande au nom de l’amour qui est censé les unir ? Le médecin éliminé deviendrait de toutes façons plus dangereux mort que vivant. Pour mettre en scène ces atermoiements synonymes de rebondissements qui ménagent le suspense, Didier Long a fait le choix d’un réalisme outrancier. Cela contraint les comédiens à la violence, et à des séquences d’hystérie. Paulina a tiré le docteur Miranda du lit où il cuvait l’alcool bu en compagnie de son époux Gérardo lequel a lié amitié avec lui à l’occasion d’une panne de voiture et l’a convié dans la foulée à passer la nuit dans leur villa près de la mer. Baillonné et ligoté par Paulina, en simple caleçon, ce Miranda ne cesse de grogner et de se tordre sur son siège. Elle, soudain calmée, ayant posé l’arme dont seule elle ne se sépare pas, et son mari rassuré adoptent une marche à suivre qui fait tout repartir de manière désordonnée et à un rythme haletant. L’issue devient à chaque fois plus hypothétique, la fin presque ambiguë et l’ensemble assez insupportable. Les comédiens trouvent dans leurs rôles l’occasion de performances. Sophie de la Rochefoucauld pieds nus élégante et sexy dans sa robe émeraude est la femme exacerbée que le mari tente de canaliser. Frédéric van den Driessche est un Gérardo suffisant au départ comme il le redeviendra à la toute fin, valorisé à ses propres yeux par le fait d’avoir recueilli Paulina, mais surtout par la perspective d’accéder à de très hautes fonctions. Jean-Michel Noirey se tire honorablement d’affaire dans le rôle ingrat et parfois plus grotesque que nécessaire de Miranda. Le tout dans un décor esthétisant dont le raffinement allié et les lumières contrastent avec la barbarie, le sadisme et le pathos ambiants.
Théâtre 14, mardi, mercredi, vendredi, samedi à 20h30, jeudi à 19h, matinée samedi à 16h. Réservations : 01 45 45 49 77


Le monte-plats, d'Harold Pinter

Mise en scène : Mitch Hooper, avec Anatole de Bodinat et Alexis Victor
Créée en 1960 c’est une pièce politique selon son auteur qui avoue pourtant ne pas l’avoir compris au moment où il l’écrivait. Le patron des deux hommes en planque dans un sous-sol où ils attendent celui qu’ils doivent exécuter ne serait pas un mafieux ordinaire, mais le membre d’une organisation chargée d’éliminer des individus jugés dangereux par un régime totalitaire. D’où le côté grave voulu par Mitch Hooper pour sa mise en scène et la façon dont il dirige ses comédiens. Le décor sommaire est conforme à celui voulu par Pinter, dont il respecte aussi scrupuleusement les indications scéniques que les didascalies. Gus, l’un des tueurs à gages, allie un réel bon sens à une naïveté de minus. Il commence à se poser des questions sur son boulot et moins bien supporter l’autorité de Ben, son collègue de ‘travail’ plus avisé et plus péremptoire que lui, quoique moins loquace. Ce début de rapport de forces accentue sa nervosité, il jappe à la figure de Gus, l’empoigne tout en vérifiant l’état de son arme. Un vacarme signale le démarrage du monte-plats à demi-caché dans la cave de cet ancien restaurant. Des commandes de plats de plus en plus exotiques parviennent sous formes de messages ou d’ordres transmis par un tuyau acoustique . Engagés pour être des exécutants sans états d’âme, ils essaient d’assurer, mais n’ont pas les ingrédients requis. A l’absurdité de la situation s’ajoute la menace des mécaniques dont on ne sait pas qui les actionne. Le loufoque ayant fait un temps diversion et les dialogues comportant de plus en plus de stridences, la mise en scène qui les souligne fait s’étirer le suspense . Coup de théâtre: Ben attend l’homme à abattre qui doit entrer d’un instant à l’autre mais c’est Gus qui apparaît. Ce que jouent les comédiens donne l’impression qu’il s’agit d’un pataquès dû à un manque de coordination des commanditaires. La pièce s’achève sur leur ébahissement. Au public d’apprécier la vraie cruauté de la situation. Alexis Victor est un Ben brusque, râleur à souhait mais dont la sensiblerie transparaît à la lecture de faits divers saugrenus impliquant des vieillards et des enfants. Il est légitimement tendu face à Gus, Anatole de Bodinat qui ne l’est pas moins mais dont l’anxiété est masquée par son ingénuité. Tous deux parlent court, et campent des personnages de film policier, faisant passer au second plan le grotesque de la situation. La traduction signée par des comédiens et le metteur en scène muscle l’action, utilisant un vocabulaire plus violent et vulgaire que celle qui était utilisée jusque là. L’ensemble est un beau travail.
Théâtre Essaïon, à partir du 4 avril, du mercredi au samedi à 20 heures. Réservations : 01 42 78 46 42


17 mars 2007

Une petite douleur, de Harold Pinter

Pinter dit être particulièrement attaché à cette œuvre, l’une de ses premières, qui était « toute prête en lui » quand la BBC lui en fit la commande. Montée au théâtre elle acquiert une dimension nouvelle puisque le personnage dont la rencontre fera prendre un tour inattendu à l’existence du couple, étant muet, n’existe sur scène que grâce à sa présence, ses gestes ou ses expressions. L’intrigue est mince : par une radieuse matinée de juin Flora et Edouard, couple d’âge mûr, prennent le petit déjeuner dans leur jardin, il lit son journal , elle s’extasie sur les massifs en fleurs, lui n’écoute qu’à moitié. Une guêpe dans le pot de confiture qu’on écrase et la menace assortie de l’idée de la mort encourue ou donnée caractéristique de Pinter est là. Quant au colporteur, ce marchand d’allumettes qui se poste régulièrement au bas de leur jardin depuis deux mois, que fait-il là et que veut-il ? Flora l’invite à entrer dans le bureau de son mari. En tête à tête, Edouard lui raconte complaisamment des épisodes de sa propre existence, puis devant son mutisme persistant bat en retraite. Flora tente à son tour de confesser le personnage énigmatique et peu ragoûtant; le maternant presque, elle en vient à le cajoler. Edouard réapparaît, fait sortir sa femme de la pièce et s’adresse une fois encore à celui qu’elle vient de baptiser Barnabé. L’homme se met à rire puis à pleurer. Geignard, Edouard se trouble, balbutie, se laisse glisser à terre et finit par chuchoter. Flora ré-intervenant remet à son époux la corbeille du marchand avec lequel elle sort, main dans la main. L’incohérence apparente des répliques, la cocasserie des monologues où Flora et Edouard s’épanchent, alignant des fragments révélateurs de leurs existences respectives a contribué à l’engouement du public pour la pièce. Dans la mise en scène de Claudia Morin qui interprète également le rôle de Flora, c’est Alain Roland le marchand au jeu désopilant qui tient tout à bout de bras. Même lorsqu’elle fait à son ‘protégé’ des confidences aussi troublantes que les questions qu’elle lui pose, Flora reste cantonnée à son rôle d’épouse venue à la rescousse d’un mari dépassé par les évènements. Elle ne montre aucun vrai désir de remettre quoi que ce soit en question. Edouard, anglais moyen amateur de cricket , joué par Jean-Gabriel Nordmann, est moins stéréotypé que ses discours ne nous le laissent entendre. Disert, aimable, il s’écoute parler et ne semble pas s’intéresser à l’étranger. Quand il injurie sa femme, il n’est pas ici en proie à cette petite rage sourde que le texte suggère. Son désarroi final non préparé, on se demande si, n’ayant jamais eu la tentation de régler ses comptes conjugaux par personne interposée, tout ceci le concerne vraiment. Ce qui ressemble plus à un parti pris qu’à une relecture respecte les didascalies minutieuses de Pinter. Ses fameux temps ou silences sont rendus par des noirs en saccades. L’équipe responsable du décor, de la scénographie, des costumes et des lumières n’a rien chargé, pourtant l’ensemble laisse perplexe.
Théâtre Mouffetard, du mercredi au samedi à 21h, dimanche à 15h.
Réservations : 01 43 31 11 99

16 mars 2007

Encore une histoire d'amour, de Tom Kempinski

Mise en scène d’Antonia Malinova, avec Philippe Ivancic et Charlotte Rondelez
Dans un fauteuil délabré un individu répugnant grommelle, se contorsionne. Un téléphone d’une saleté repoussante sonne; à l’autre bout une voix féminine jeune et vibrante. Se ruant en coulisses, l’homme en ramène un plateau repas et ingurgite bruyamment des nourritures genre « snack » peu ragoûtantes. De la conversation qui s’engage il ressort qu’il est auteur de théâtre à succès, mais que son agoraphobie est la cause d’ une panne d’inspiration qui n’en finit plus de durer. Notez que ce John Green n’aligne que des propos d’un platitude affligeante, émaillés de grossièretés gratuites apparemment peu compatibles avec des préoccupations littéraires. Les éléments du décor suggèrent deux lieux distincts : en effet il habite Londres et son interlocutrice, Sarah Wise, vit à New York. Elle apparaît dans son espace à elle sautillant sur une béquille, l’appareil à la main et énumère les opérations que la maladie, cause de son handicap, a rendues nécessaires. Sa carrière d’actrice en est forcément devenue précaire. A peine a-t-on eu le temps de se demander si Kempinski ne cherche pas tout bonnement à nous apitoyer qu’ elle avoue tout à trac son intention de jouer dans l’une des pièces de Green. Dans la foulée et probablement parce qu’elle estime ne pas avoir de temps à perdre, elle enchaîne avec un « je vous aime » péremptoire . Au cas où sa hâte pourrait paraître vraisemblable, mais après avoir tiqué tout de même en constatant que le titre original de la pièce est « Separation », vous allez devoir vous accrocher pour encaisser la suite. Flatté, intrigué ou flairant un bon coup, John Green devient accro à ses conversations téléphoniques avec Sarah. Miracle, il reprend une apparence décente, lui confie le rôle qu’elle souhaitait . Elle fait un triomphe. Il accepte de la voir, elle débarque chez lui, ils s’engueulent, elle repart, ils se rappellent, re-bavardent et re-déballent leurs blessures intimes. Ils s’exacerbent, braillent, vont-ils se colleter ? Si cette « histoire d’amour » ne vous a pas emballés dès le départ, c’est peut-être parce que le rapport de forces entre les partenaires a joué les prolongations, et que le sentiment vrai qu’il masque est resté trop longtemps planqué dans les vestiaires. C’est peut-être aussi dû au jeu hyper-réaliste du comédien, qu’on aimerait revoir dirigé autrement. Celui de la comédienne est plus nuancé. Bourrée d’énergie elle possède un réel abattage et sa performance est touchante. La fin torride arrive alors que vous vous étiez presque résignés à n’être que témoins-complices d’une romance très rosse.
P.S. La bande-son est composée d’un best of d’Elvis Presley et vous serez édifiés ou ravis d’apprendre que la pièce est quasiment autobiographique : son auteur Tom Kempinski a effectivement souffert pendant quinze ans d’agoraphobie au point de devenir boulimique et incapable d’écrire.
Théâtre Essaïon, du mercredi au samedi à 21h30. Réservations 01 42 78 46 42

15 mars 2007

Brel, Ferré, Brassens, ou l'interview, de F-R Cristiani

Brel, Ferré, Brassens, ou l’interview, de François-René Cristiani , adaptation et mise en scène : Aurore Ly
Comme la vraie, mieux que la vraie ? On se souvient de ce coup médiatique que fut l’interview donnée ensemble par Brel, Brassens et Ferré à la radio en 1969. On a en mémoire la fameuse photo du trio autour de la table, et le nuage de fumée autour d’eux qui les rend encore plus irréels. Le texte de cette interview, adapté, calibré pour durer une heure et entrecoupé d’un minimum de chansons enregistrées par leurs auteurs nous est proposé ici, et c’est un bonheur. En même temps on a un petit pincement de cœur doublé d’une interrogation : et si les comédiens qui ont une ressemblance physique indéniable avec leurs modèles et du talent à revendre, nous la jouaient moins troublante, plus franchement rigolarde, sans assez d’arrière-pensées, comme passée au miror ? Si les propos authentiques de ces trois-là, percutants ou surprenants, abrités derrière un humour décliné par chacun à sa manière, se font tout à coup anodins, n’est-ce pas parce que leur pudeur, cette timidité de revendiquée par l’artiste, vient alors à leur rescousse? Ne leur rendons-nous pas un mauvais service posthume en gommant la vraie émotion qui a dû être la leur ce fameux jour ? Est-ce une forme de voyeurisme ? Encore heureux que le bon jeune homme en col roulé et à la diction soignée qui mène le jeu, leur pose des questions d’une banalité à donner la nostalgie d’un questionnaire proustien. Vu le cynisme de mise, la rosserie et le désir de déstabilisation qui caractérisent les interviewers branchés, on se dit qu’aujourd’hui cela ne se passerait pas ainsi. Les questions presque bateau posées au trio, portent sur le rapport entre paroles et musique d’une chanson, que privilégient-ils ? auraient-ils fait un autre métier ? qu’est-ce que la liberté en tant qu’artiste ? leur rapport à l’argent ? que signifie la réussite pour eux ? Et Dieu dans la vie, les femmes, l’amour ? On glisse d’une question à l’autre grâce aux transitions que fournissent leurs réflexions spontanées ou paradoxales : débarquent alors la solitude, la mort, la nécessité de faire ce qu’on aime. Les réponses se faisant écho les amènent à communier dans quelque chose indéfinissable, qui n’est pas qu’une simple camaraderie née dans le studio. Ils parlent de timidité, de solitude, de vraie liberté. Ce faisant des considérations surréalistes se profilent : Dieu est fétichiste ; Gainsbourg : rythmiquement c’est bien ; les Beatles ne font que recycler des mélodies de Gabriel Fauré ; les jeunes gens de 20 ans sont élevés pour tuer ; dix mecs tiennent le monde et éliminent les autres pour diverses raisons ; dans l’amour on s’exploite les uns les autres. La tendresse entre un homme et une femme c’est la fin du monde ; l’homme est un enfant. A la question subsidiaire : quand vous êtes devant un mur que faites-vous ? devinez lequel des trois dit qu’il le contourne , lequel dit qu’il le défonce. On aimerait que cette confrontation dure, tant la direction d’acteurs et les quatre comédiens sont épatants. Naturels, chaleureux ils ont des manières bien à eux de se verser à boire, des apartés où pendant qu’on passe une chanson ils se congratulent, allument qui une pipe qui une cigarette, baissent la tête, muets le temps d’une seconde qui devient alors poignante. Comme on s’y attendait, Brel est plutôt un hâbleur un peu gesticulateur, un peu exalté, mais déjà écorché vif . Brassens a l’amabilité et la malice bourrues au bon sens décapant. Et dans le rôle du plus officiellement désespéré, Ferré est buté, naïf et enfantin. Aurore Ly se tire remarquablement de l’aventure périlleuse consistant à « ressusciter », sans les récupérer ni les trahir, des personnages singuliers que nous avons tant aimés.
Théâtre du Nord-Ouest, programmation jusqu’en juin, dates et réservations : 01 47 70 32 75




14 mars 2007

La mort d'Akhenaton, de Jean-Dominique Hamel

Mise en scène de Nathalie Hamel
Grand connaisseur et admirateur des écrivains français classiques, plus particulièrement des baroques, et fasciné par l’histoire de l’Egypte ancienne, l’auteur a eu un vrai coup de cœur pour le fameux roi Akhenaton. On croyait connaître une grande partie de son existence mais des travaux récents suggèrent qu’il fut un personnage plus étrange que sa légende ne le laissait imaginer. Pour entourer le monarque Jean-Dominique Hamel met en scène les membres de sa cour, sa famille et les généraux félons qui seront responsables de sa mort, ainsi que le grand Vizir qui permettra que s’ourdisse le complot visant à le supprimer. Ayant avoué son désir d’aller à la rencontre du peuple d’Israël dont la foi monothéiste lui paraît riche de vérités, aux yeux du Vizir il est devenu un danger pour le royaume et la religion officielle qui y régit tout. Porté au mysticisme, cet Akhenaton ressemble à certains de ces héritiers de dynastie qui considérèrent l’héritage de leurs ascendants comme un fardeau. Sa mission est une tâche au-dessus de ses forces sans une aide qu’on qualifierait aujourd’hui de providentielle. Pressentant aussi que son destin est de disparaître jeune, il ne se précipite nullement au devant de la mort, mais l’auteur lui prête une qualité digne de Polyeucte. Sans avoir sa dimension, il partage avec lui la faculté de se détacher très vite de ce monde. Une fois qu’il l’a quitté, il inspire du remords à ses meurtriers. En filigrane s’inscrit la révélation de la grâce et du pardon accordés aux bourreaux, préfigurant une ère nouvelle. Ici la progression dramatique et les rebondissements multiples s’assortissent de dialogues et d’apartés où règnent une noblesse de sentiments et le souci d’afficher une authentique grandeur. Ils y côtoient des tirades pour personnages à la noirceur mélodramatique. L’écriture très accessible respecte les règles et les cadences classiques, laissant peu de place la fantaisie et aux audaces langagières. La pièce se situe ainsi dans la tradition de ces « à la manière de » qui au collège obligeaient les jeunes gens à imiter le style des très grands auteurs et constituaient un exercice de base, véritable passage obligé auquel se sont certainement soumis Corneille, Hugo et plus tard De Gaulle. Dans un souci d’éviter ce qui pourrait distraire le spectateur de l’action et de ses péripéties, le décor ne comporte que des sièges à l’antique. Des costumes tous plus somptueux les uns que les autres dus à Nathalie Hamel qui signe la mise en scène, sont la seule concession faite à l’exotisme. Une troupe d’une douzaine de comédiens au jeu sobre se répartit les personnages majeurs ou de deuxième ordre et unidimensionnels qui peuplent cette œuvre au propos ambitieux mais dont bien des accents nous sont familiers .
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’en juin. Dates et réservations : 01 47 70 32 75


13 mars 2007

L'anniversaire, de Jules Vallauri

Mise en scène de l'auteur, avec Michel Voletti, Nicolas Vitiello et Franck Delay
L’auteur annonce la couleur: sa comédie sera douce-amère. Il ne vous laisse surtout pas présager que la douceur l’y emportera sur l’amertume ni que le suspense mènera à un dénouement réconfortant. Sa démarche est généreuse; qu’il ne nous en veuille pas de dire brièvement de quoi il s’agit. Dans l’appartement où Claude, quinqua alerte et apparemment bien dans sa peau, attend des invités à l’occasion de son anniversaire, débarque Vincent jeune homme à la mine soucieuse. C’est son fils qu’il n’a pas revu depuis une quinzaine d’années et dont il n’avait plus de nouvelles. Il n’aura pas le temps de lui faire avouer les véritables motifs de sa visite inopinée, ni de chercher à savoir s’il vient déballer des histoires de famille, ou lui demander les vraies raisons qui l’ont fait quitter sa mère. Un prétendu voisin, Thomas, arrive à son tour et semble être un intime de Claude. Son déguisement délirant lui donne la dégaine d’un lapin rose XXL pour boite de ‘folles’: le public a compris aussitôt de quoi il retourne. Vincent qui n’est pas nigaud, ne manifeste sur le champ ni surprise ni désarroi et la pièce consiste alors en une longue explication entre père et fils, entrecoupée par les interventions de Thomas. Ce dernier s’y révèle fin psychologue, sensible et affectueux sous les allures d’un de ces gays stéréotypés tels que les imaginent peut-être encore ceux qui n’ont eu ni le désir ni le loisir de se débarrasser de préjugés confortables. Ce qui aurait pu prendre des allures scabreuses devient une séance émouvante où son père tente de faire admettre à Vincent qu’un jeune homme peut, sans être un monstre, aimer sincèrement une femme et l’épouser pour découvrir ensuite qu’il ne peut envisager de passer sa vie à ses côtés. Ce serait une imposture de le prétendre, et une certaine loyauté consiste à se résoudre à n’être que ce qu’on est. Parce que l’auteur est aussi un optimiste invétéré, nous aurons droit à un authentique coup de théâtre : ce petit cachottier de Vincent finit par annoncer à son géniteur que l’enfant que sa compagne et lui-même attendent, va débarquer incessamment… Un téléphone pend cocassement du plafond dans ce lieu multiple conçu par le couple d’esthètes astucieux que sont Thomas et Claude. Mais c’est le portable de ce dernier, cadeau d’anniversaire ridiculement rose, qui lui annonce la naissance de son petit-fils. La conclusion est un tour de passe-passe très réussi. Première pièce de l’auteur, on sourit à ses quelques invraisemblances , la tentation de tutoyer un coup le mélo, un coup le vaudeville ; ou encore ça et là des répliques laborieusement destinées à détendre l’atmosphère mais qui font pschitt . Ce qu’il y est dit de la fidélité et de l’amour la rend aussi émouvante qu’une certaine Cage aux Folles, à laquelle il serait trop facile de la comparer hâtivement, mais qui est de la même veine. Michel Voletti a la présence et la grande empathie nécessaires au rôle à peine ambigu de Claude. Il y évite tous les pièges du cabotinage dans lequel tombent des acteurs qui ne sont pas de sa force. Frank Delay possède la fantaisie et la jovialité nécessaires au personnage de Thomas. Nicolas Vitiello est un Vincent un peu buté, sale gosse du genre tête à claques au départ, mais de plus en plus crédible il finit par être lumineux. La mise en scène minimaliste et fonctionnelle convient parfaitement à ce petit plateau et à ce lieux chaleureux.
Théâtre Essaïon, dimanche, lundi et mardi à 20h. Réservations : 01 42 78 46 42


12 mars 2007

La voix humaine, de Jean Cocteau

avec Syla de Rawsky, mise en scène : Baptiste
Quand elle décide d’être la protagoniste unique de ce faux monologue mais vrai huis-clos, une comédienne relève un défi, tant il est vrai que depuis sa création en 1930 ce rôle est devenu un des plus attachants mais aussi un des plus exigeants du répertoire. Elle doit inventer les mots de son amant à l’autre bout du fil (que nous n’entendons pas bien sûr) et faire en sorte que ses propres répliques soient parfaitement justes, et surtout ne pas transformer cette pièce précieuse en un lamento que trop de réalisme rendrait anecdotique . Elle fait alors vraiment exister celui à qui elle dit avec adoration « il suffit que tu parles pour que je me sente bien » et qu’elle nomme avec tendresse, un demi-sourire aux lèvres « mon chéri, mon grand chéri ». Il lui inspire une sorte de révérence, si bien qu’elle arrive à nous faire admettre qu’elle respecte ses décisions et se résigne à sa désertion ou plutôt sa trahison si l’on utilise la langage de la passion. Etre folle de lui revient à accepter la part de cruauté et d’ d’égoïsme indissociables du personnage, ou peut-être même de tous les hommes. Syla de Rawsky touche, elle est pleinement un personnage à la féminité exacerbée. Elle tente d’abord de maîtriser son émotion, adoptant la voix haut perchée de celle qui veut donner le change à un homme qu’elle connaît trop bien, qu’elle ne peut cesser d’aimer et qui est en train de la quitter. La conversation se fait déchirante, « ce qui est fini est fini », au point que la vie n’a plus de sens et qu’elle avoue un temps avoir envisagé de la quitter. Après avoir eu tonus et humour pour sermonner l’intrus immiscé dans la communication ou la standardiste responsable des coupures, sa voix reste brisée. Le décor est fait d’un canapé recouvert d’une étoffe blanche sur le dos duquel est posé un gant noir. Sur une tenue en satin blanc, la comédienne porte un manteau noir aux parements froufroutants noir et blanc. La scénographie ne comporte que le fil blanc du téléphone noir qui, se tendant et se déroulant indéfiniment à mesure qu’elle tourne en rond l’appareil à la main, finit par la ligoter au centre de la scène. Elle maîtrise ses larmes avec peine pour lancer sa dernière réplique : « je t’aime… je t’aime… je t’aime… » . Une fois encore le trop habile Cocteau nous a bouleversés.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’en juin, voir dates et réservations : 01 47 70 32 75

11 mars 2007

Meurtres de la princesse juive, d'Armando Llamas

Mise en scène de Philippe Adrien
La princesse en question est absente, c’est peut-être une créature de rêve ayant basculé dans le cauchemar et si aucun meurtre n’est perpétré sur scène ou en coulisses, on n’est pas sans inquiétude en fin de parcours. Qualifiée de planétaire, la comédie se termine sur la vision d’avions traversant l’immense écran du fond de la scène. Ils décollent d’une terre où leurs atterrissages successifs ont ponctué une course-poursuite à l’enjeu et la destination non définis. En quatorze épisodes une trentaine de personnages hauts en couleur ou simples silhouettes, d’origines et nationalités diverses, plus ou moins ‘largués’ ou à l’inverse pétris d’une sagesse étonnante, mais rarement blasés ou résignés ( « j’attends, mais quoi ? » dit l’un d’eux ) se croisent ou se retrouvent dans des lieux multiples. Des décors de films les matérialisent avec humour et réalisme. L’un d’eux, convivial, est un bistrot parisien avec sa faune d’habitués et son patron qui en a vu d’autres; certains sont d’un exotisme alléchant. Ce n’est pas par hasard que les personnages s’y rencontrent. Prenez ces couples de femmes qui règlent leurs comptes en se cognant dessus dans une boite unisexe; avec Serge parti après sa rupture avec son amant retrouver au Pakistan un doux intellectuel en quête de nirvana, elles ont en commun le fait de se réveiller avec la gueule de bois parce que leurs parents à tous ont eu vingt ans en soixante-huit. Serge passe par le lieu obligé de l’aventure: la salle d’embarquement ou d’attente d’un aéroport, lieu des départs ou des arrivées et métaphore d’une existence où on est en transit. Armando Llamas présente une humanité aux repères fluctuants dont le sexe est un des paramètres aussi incontournables que fallacieux. Roger, garçon de café plon plon, marié à une Colette terre-à-terre mais émotive à son heure, l’a laissée dans leur banlieue profonde pour s’envoyer en l’air dans tous les sens du terme, destination Hiroshima via peut-être le Bangladesh, avec Barbara une amerloque qui lui va comme des bretelles à une langouste et dont les jacasseries l’assomment déjà. Etre assommée est ce qui guette une épouse en ‘salwar kamiz’ refusant de se soumettre à la décision inhumaine de son seigneur et maître. Tyrannies des corps, des esprits, des coutumes, du conformisme, pourtant le ton est bouffon avec de la fantaisie et de la loufoquerie à revendre. La mise en scène généreuse utilise des costumes et accessoires multiples, fonctionnels et réconfortants. Les comédiens, polyvalents dans des rôles où ils sont méconnaissables, apparaissent dans des scènes où leur talents respectifs sont étonnants. Ils se déplacent à un rythme soutenu , parlent un anglais, un urdu et un serbo-croate authentifiables, interrompent leurs dialogues pour danser. La cohésion de la troupe est une des qualités majeures de ce spectacle tonique. Le message passe, même s’il débouche sur un constat aussi doux-amer que prévisible .
Théâtre de la Tempête, Cartoucherie de Vincennes, mardi, mercredi, vendredi , samedi 20h30, jeudi 19h30, dimanche 16h. Réservations : 01 43 28 36 36
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Les revenants d'Henrik Ibsen

Une musique sombre et puissante, des voix discordantes, le mugissement du vent, voilà pour la mise en condition du spectateur. Le décor est une pièce d’entrée sobrement meublée avec une cheminée surmontée du portrait gigantesque d’un homme dont les traits n’ont rien de remarquable. Le metteur en scène dit ne pas avoir voulu adopter de parti pris pour ne pas « figer l’œuvre » et sa démarche en est illustrée par ce contraste entre le côté fantasmagorique de la bande son et la platitude apparemment voulue de ce qui va se dire, se vivre ou se jouer. Tout aura une telle retenue qu’on finira par se demander pourquoi cette pièce fut interdite en Norvège en son temps. L’intrigue concerne l’inconduite cachée d’un notable défunt, Alving l’homme du portrait. Considéré de son temps comme un homme remarquable par tous, père d’un jeune Oswald dont la mère est ici le personnage central, Madame Alving, il a engrossé cependant une Joanna. L’enfant de leur péché est Régine que son demi-frère Oswald, ignorant leur consanguinité, aime au point de vouloir l’épouser. Autour d’eux gravitent un pasteur irrépressible et le personnage encombrant mais brave gars au fond, Engstrand, qui a épousé la fille perdue et servi de beau-père à sa petite Régine. Les vérités escamotées finissant par être dévoilées quoiqu’à demi-mot par Madame Alving, Régine s’éloigne d’Oswald. Pas plus abattu que cela, il révèle à sa mère qu’il est guetté par une sorte de folie existentielle dont il voit l’origine dans les erreurs de son géniteur dont il supporte les conséquences. Fin. Au passage le pasteur et Madame Alving auront discouru de l’argent, de la pureté, de l’intégrité, de la valeur du travail, des égarements du cœur et du corps, de la loi, des limites et de la vraie nature de la lâcheté, etc. Les dialogues ont une teneur proche des discours des bourgeois franchouillards de la même époque, mais ils respectent le style moralisateur voulu par l’auteur pour stigmatiser une religion qui fait de l’exemple donné le premier enseignement dû à sa famille. Le silence, certes chargé d’hypocrisie, est préférable au scandale, cette faute gravissime attentatoire à l’intégrité de l’enseignements dispensé par les pasteurs, dont ils sont les seuls garants . Dans la pièce d’ Ibsen, Madame Alving est une femme extrêmement touchante; flouée elle a tenté de sauver la face et veut ensuite ne vivre que pour prouver à son fils qui vient de revenir vers elle, combien elle le chérit. Michèle André qui interprète le rôle nous fait douter qu’elle ait été prise dans un tel maelström tant la comédienne est impavide et lisse malgré ses protestations d’amour maternel exprimées d’une voix musicale mais qui finissent par ressembler à des minauderies. Arnaud Denis est un Oswald plausible, mais guère inquiétant quand le jeune artiste, dans sa fameuse crise d’hallucination, clôt une pièce dont le côté irrationnel est survolé. Quelques effets spéciaux veulent nous convaincre que des esprits se manifestent probablement pour obliger les humains à accomplir des actes libératoires leur donnant accès au repos dans l’au-delà. Le pasteur, Jean-Pierre Leroux, a parfois des allures de mari perplexe pour vaudeville. Bertrand Métraux a la faconde convenant à Engstrand le quasi-marginal beau-père de Régine, laquelle jouée par Elisabeth Ventura est convaincante en jeune femme résolue à échapper à la condition de celles de la génération précédente. Les fautes des parents rejaillissant sur leurs enfants peuvent en faire des « morts vivants »: tel doit se lire un message préfigurant les découvertes et l’enseignement de Freud. Ici le côté délétère de l’œuvre est évacué au profit d’un témoignage, d’une petite tranche de vie, rien de bien dérangeant.
Théâtre 13, mardi, mercredi, vendredi à 20h30, jeudi et samedi à 19h30, dimanche à 15h30. Réservations : 01 45 88 62 22

07 mars 2007

Il Matrimonio segreto, de Domenico Cimarosa

Il Matrimonio segreto, de Domenico Cimarosa, livret italien de Giovanni Bertati Mise en scène Anne-Marie Lazarini. La direction de l’Artistic Athévains vient de transformer sa grande salle en lieu digne d’accueillir un opéra, quoique situé dans une petite rue d’un quartier décontracté, loin des ors habituels. On ne se félicitera jamais assez de cette initiative et du choix de ce Mariage secret du suave Cimarosa où un microcosme aspire effectivement à la félicité et le chante à pleins poumons sur des tons admirables. Il la trouvera au terme d’une intrigue au dénouement ‘téléphoné’ mais avec des avant-goûts de vaudeville. Une jeune personne et son amoureux se sont unis en secret, commettant ainsi un crime de lèse-père et bafouant le code garant de l’ordre social. Cependant le géniteur s’offusque que sa fille aînée promise à un comte soit refusée par celui-ci, tombé amoureux fou de l’effrontée qui n’est plus libre. Ajoutez à cela la sœur du père de famille, jeune veuve ardente, partie à la conquête de celui dont elle ne peut pas savoir qu’il est devenu son neveu par alliance. Quiproquos, rebondissements aussi rocambolesques que conventionnels et au final tout le monde se tombe dans les bras, le chef de famille ayant levé les siens au ciel et décidé « le cas est désespéré il faudra nous en contenter ». Pour les protagonistes de cette petite saga, Anne-Marie Lazarini a choisi au premier acte des costumes noirs sans époque mais à l’élégance fonctionnelle et un décor stylisé avec coin de parc géométrique, marches, et statue romaine. Sa mise en scène nous fait des clins d’yeux quand le comte au nœud papillon, sanglé dans un invraisemblable manteau d’une matière qui capte la lumière et qu’il n’ôtera jamais, "embarque" subrepticement une des petites cuillères de son négociant de futur beau-père chez qui il a pris cérémonieusement le café. Tout cela est normal pour ces extravertis à la sincérité jamais remise en doute, mais retors et combinards par nature. Pour ces transalpins, les émotions sont aussi légitimes que vite retombées; on en vient aux imprécations, aux mains, aux crêpages de chignon. On chante aussi bien son ressentiment, sa jalousie, son exaspération, autant que les divins émois de l’amour. Le clavecin reprend le fil des événements où les chanteurs l’ont laissé, le cor et le hautbois commentent, ponctuent en se moquant, ou se lancent dans des digressions. Les cordes disent la féminité chatoyante, le romantisme, mais aussi la jovialité, le bavardage et la bonne santé. Entracte. Au deux, messieurs et dames se retrouvent emperruqués en costumes Louis XVI plus exactement Léopold II. Les lumières ont rosi et un surcroît de statues peuple le parc. Le happy end vous tombe dessus parce que le tragique a fait long feu et qu’on s’est rangé à une philosophie énonçant des principes auxquels personne ne se tiendra. Tel est l’opéra-bouffe et son second degré. Fin du ravissement. Même s’ils n’ont pas la possibilité de faire amplement montre de leurs talents de comédiens, estompés ici peut-être parce que le jeu théâtral s’apprécie souvent dans les silences et qu’ici la musique les presse en permanence, les chanteurs sont aussi excellents que leurs musiciens. Il faut leur exprimer à tous une gratitude légitime, avec peut-être une mention spéciale pour Gaëlle Pinheiro la jeune mariée clandestine, soprano à la voix d’une ampleur et d’une couleur étonnantes, doublée d’une comédienne piquante. La direction d’orchestre d’Anne-Claude Brayer qui communique à son monde sa grâce et son humour, est exemplaire. C’est un des atouts de ce spectacle dont on sait qu’il servira d’initiation magistrale à l’opéra pour un public jeune (ou moins jeune) et de divertissement de grande qualité pour les afficionados.
Théâtre Artistic Athévains, calendrier, dates et réservations : 01 43 56 38 32

Jonas Orphée, de Patrick Dubost

Les lumières font du plateau un lieu théâtral au sens le plus féerique du terme. Une pente douce mène vers une ouverture masquée d’où l’on devine que tout peut venir et où tout peut aboutir. Dans une petite barque suspendue aux cintres, des marionnettes surplombent l’ensemble et se concertent. On entend « Il disait jetez-moi à la mer et ça ira mieux ». Une musique se gargarise de glouglous sympathiques. Une femme aimable et wagnérienne chante « je suis douce », une autre à la voix de stentor, derrière un caddie de supermarché, glousse comme si elle se racontait une histoire familière qui n’en finit pas d’être réjouissante. Assis en tailleur sur une malle, chevelure et barbe à l’antique, un personnage à l’allure de scribe (Dominique Houdart, metteur en scène) se penche sur le livre qu’il a à la main. Nullement mis entre parenthèses, on le sent parfaitement à l’écoute de ceux qui l’entourent. Cinq individus en tenues de judoka, pieds nus, une valise à la main et la tête entourée de bandelettes plutôt seyantes, ont débarqué. Voyageurs avec plus de bagages que nécessaire, ils ne sont surtout pas « en quête d’auteur ». Leurs propos et les constats qu’ils font leur sont prêtés par un auteur dont la pensée suit les méandres d’une métaphysique amusée. Sûr de lui autant que de son droit au doute, c’est en poète qu’il refait le parcours des mythes. Si ses créatures dotées d’une parole éclatée ressemblent à une troupe ambulante, elle n’est pas qu’une famille, une bande de copains, de compagnons de petite infortune, mais le tout à la fois et plus encore. Quand l’un d’entre eux interrogé par le scribe prétend s’appeler Jonas, comprenez qu’ils ont abouti ensemble dans le ventre de la baleine. Chaque fois que la lumière se fait dans l’ouverture de l’arrière-plan, ils tentent de s’échapper mais arrivent trop tard ; elle s’est refermée puisque leur temps n’est pas venu. Jonas l’auto-proclamé, se ravisant, peut alors confier à l’interviewer qu’il s’appelle aussi Orphée. Entre temps tous ont raconté les péripéties de leurs existences et commenté les perplexités qui en sont des ingrédients obligés : « pourquoi parlons-nous si peu des objets ?… parce que nous les habitons ! » « on s’était dit qu’on n’oublie jamais…on a tout oublié ». La scène désertée, les cinq camarades remontés à la surface, la boucle est bouclée et la cantatrice, alias Eurydice, peut alors légitimement chanter « je suis seule, j’ai froid ». Comblé, ayant refait un plein de rêves, le public court-circuite une larme de bonheur. Ce spectacle s’assortit d’une scénographie à l’inventivité inouïe. La minutie qui caractérise sa mise en scène est à la mesure de la passion qui habite la compagnie dirigée par Dominique Houdart et Jeanne Heuclin. A propos d’un de leurs précédents spectacle Gilles Costaz écrivait dans Politis : « Voilà des gens qui font très bien un théâtre qui ne ressemble pas à ce qui se fait ailleurs ». Pour cette création ils se sont adjoints quelques membres du Théâtre de Cristal composé de comédiens en situation de handicap, artistes d’une sensibilité et d’un naturel confondants. Ce spectacle est un pur bonheur.
Etoile du Nord, mardi, mercredi, vendredi à 20h30, jeudi à 19h30, samedi à 16h. Réservations : 01 42 26 47 47

04 mars 2007

Les voix du sang, de Harold Pinter

Traduire le titre originel Family voices par Les voix du sang revient à convoquer quelque chose d’éventuellement sanguinolent, sanguinaire ou même gore, mais de toutes façons aux antipodes de ce que le mot famille a de protecteur et de chaleureux, qu’on le veuille ou non et en dépit de tous les Atrides ordinaires. Si le sang ne coule pas dans cette pièce courte et dense, il y est fait état des dégâts irrémédiables causés par ces fameux « non-dit » dont vos parents se sont rendus coupables et qu’on incrimine plus encore de nos jours qu’en 1980, date à laquelle la pièce a été créée. Face public un jeune homme nous prend à témoin : il a une nouvelle vie très agréable, il s’entend parfaitement avec sa logeuse et il a des petites amies. Plus il le clame, plus son ton dément ce qu’il dit, et mieux on comprend qu’il nous livre le contenu de lettres volontairement rassurantes envoyées à sa mère. Finissant à chaque fois par l’assurer de sa tendresse, il se met petit à petit à hurler. Pinter étant aux commandes, ce que dit son personnage peut être elliptique ou apparemment incohérent mais rien n’est jamais creux. Adossée à un pilier sa mère lui demande pourquoi il ne lui écrit pas et le malaise lié au manque de crédibilité du fils débouche sur un suspense: qui croire, où en est-on ? Voilà qu’elle s’est mise à lui raconter sa vie à la maison. De son côté le père, figé, est apparu à l’autre extrémité de la scène. De ses propos il ressort qu’il est mort sans avoir revu son fils. Les récits et les révélations peuvent alors s’entrecroiser les accusations mutuelles et les reproches fuser. Simple descente dans de petits enfers familiers. Cette pièce conçue pour la radio passe la rampe dans la mise en scène d’Elise Rouby. Elle a fait le choix de la simplicité, de l’émotion et d’une cruauté dosée et distillée. Romain Poli, le fils, est un torturé qui a du mordant. Françoise Levesque est une mère envahissante, même à distance et qui, récriminante, se veut digne et crédible. Gérard Cheylus est une figure de père noble mais dont on pressent qu’il n’a pas forcément été à la hauteur. « J’ai tant de choses à te dire …» confie t-il à son fils avant de sortir de l’aire de jeu. On ne saura jamais lesquelles, mais il nous a émus.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de Le cœur et l’esprit, jusqu’au 10 juin. Voir dates et réservations : 01 47 70 32 75

02 mars 2007

Les Visionnaires, de Desmarets de Saint Sorlin

Mise en scène : Coralie Salonne
Le titre a aujourd’hui des allures de faux-sens; ces visionnaires ne sont en fait que des personnages victimes de leur imagination et nullement hantés par quelque chose qui les dépasse ou qu’ils ne maîtrisent pas. Mais comme c’est confortable de comprendre chaque fournée de vers qui ne véhicule qu’une intention à la fois, formulée plaisamment ou même si platement parfois, qu’on ne s’étonne pas d’entendre désir rimer avec plaisir. Cette pièce parfaitement baroque et datée de 1637 a pour sujet le choix d’un époux que veut faire le père d’une jeune personne bien née. Mais ce pater familias est doté de trois filles plutôt excentriques. La première persuadée que tous les hommes sont fous d’elle lui en fait le reproche « Oh mon père pourquoi me fîtes-vous si belle ? ». La deuxième se consume d’amour pour l’Alexandre le Grand de l’histoire et de la légende ; se repaissant du récit de ses exploits surhumains, elle semble incapable de jamais redescendre sur terre. La troisième ne vit que par et pour le théâtre ; elle constate « on ferait de ma vie une pièce admirable ». Leurs prétendants sont aussi nombrilistes qu’auto-satisfaits. Un capitaine du genre matamore jure qu’il est capable de « faire du monde un cimetière ». Un auteur dramatique torture en permanence ses méninges et ses vers dans l’espoir d’être reconnu. Un aristocrate prétendument fortuné a tout pour plaire mais c’est un charmant mystificateur. Un poète un peu largué est l’hurluberlu de service. Chacun fait son numéro et réussit à séduire l’hypothétique beau-père, mais rayon belles, c’est une autre histoire. La fin, douce-amère, est aussi celle des illusions de ce petit monde. Au passage l’auteur nous aura exposé ses théories sur le théâtre et se sera demandé ce qu’est l’amour. Les jeunes comédiens, sans arrière pensées, ont visiblement eu toute latitude pour rêver leurs personnages qu’ils ont investis avec enthousiasme. Il y a des petits crêpages de chignon entre sœurs, des gamineries et autres jeux de scènes où l’on s’assoit les uns sur les genoux des autres. Ça soupire, sifflote, court, danse, s’endort, ronfle… ou menace de se poignarder. Ils se sont aussi ingénié à inventer des tics et des tenues hétéroclites ou simplistes comme pour les « customiser ». Chacun tirant son épingle du jeu mais également la couverture à soi, ça va un peu dans tous les sens. Mais l’entreprise et le travail de la metteur en scène sont sympathiques. Il paraît que Molière s’est inspiré de cette pièce pour écrire ses Femmes savantes: allez vous en persuader ou au contraire vous indigner d’une éventuelle récupération, de toutes façons vous ne vous ennuierez pas .
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de Le Cœur et l’Esprit jusqu’au 10 juin, dates et réservations : 01 47 70 32 75