28 avril 2007

Solinge, de Pia Divorka

avec Laurence Vielle
En novembre dernier dans une mis en scène de Claude Guerre à la Maison de la Poésie, Recréation du monde, ce texte de Laurence Vielle qu’elle servait si bien, nous avait ravi. La diplômée de philologie romane et comédienne-poète s’y révélait folâtre, elle y célébrait la vie, recensait tout ce qu’elle aime, les êtres qui la touchent. Ton imprévu, mode rapide et léger. Cette fois-ci, menant à bien un projet qu’elle avait formé avec Gilles Zaepffel, fondateur de cet Atelier du Plateau si différent des autres lieux de spectacle vivant de la capitale (et même d’ailleurs), elle nous convie à un texte plus sombre. Il est paradoxalement moins déroutant que le précédent ; il ressemble plus à une confession ou au journal intime d’une de ces femmes écrivains à l’imagination exaltée, rebelles autant qu’artistes que la case « viol » du parcours les a révélées à elles-mêmes . Toutes en revendiquent un, l’épisode peut avoir été fantasmé. Ici ce n’est pas le cas, nous dit Laurence Vielle devenue Pia Divoka et qui a entrepris de nous fasciner et ne nous lâche pas d’une demi-semelle . Rarement un monologue aura été conduit de façon si rigoureuse et si peu discoureuse. Et c’est une vraie prise de risques de la part de la comédienne, laquelle évolue sur des dalles légères plaquées sur un pseudo-gazon, qu’elle retourne pour évoquer le caché, ce non-dit que l’on doit déterrer pour faire mieux que survivre aujourd’hui . Des images plus ou moins interloquantes se projettent derrière elle sur une énorme paroi de mur blanc qui lui sert de page. Elle voudrait que le temps n’ait plus de contenu. Mais ce qu’elle nous restitue minutieusement, parfois somptueusement, se trouve en grand danger de devenir didactique, lassant, anecdotique, à la limite insignifiant, même si tout cela est parfaitement intelligent.
Atelier du Plateau, du mercredi au samedi à 20h30.
Réservations : 01 42 41 28 22

27 avril 2007

Le Mandat, de Nikolaï Erdman

Mise en scène : Stéphane Douret
Les Slaves ont toujours été capables de supporter des évènements déstabilisants aux conséquences tragiques, de voir leurs conditions de vie subir des transformations prodigieuses, et cependant de faire le gros. On les dit fatalistes ; ils ont peut-être des préoccupations plus métaphysiques mais surtout un humour ébouriffant qui ne doit pas forcément tout à la sainte vodka. Erdman s’inscrit dans cette tradition et il serait dommage de récupérer sa pièce pour en faire d’abord une dénonciation de l’inhumanité du régime soviétique des années 1920. Au moment où il écrivait ce Mandat l’auteur ne savait certes pas qu’une dizaine d’années plus tard le pouvoir l’exilerait, l’assignerait à résidence et le contraindrait enfin à ne rien faire paraître jusqu’à sa mort. Il est vrai qu’il avait récidivé, et qu’au Mandat avait succédé Le suicidé, pièce infiniment plus drôle et plus subversive où sa propre mort, programmée par un homme déboussolé, devenait un acte héroïque et un « signal fort » pour que s’organise une résistance. Le mandat, un papier d’un rouge parfait brandi par un sympathique jeune homme, est le brevet de soviétisme qui lui servira de sauf-conduit, d’accès à la respectabilité et de passeport pour la réussite. On ne sera pas plus surpris que cela d’apprendre que c’est un faux et qu’il l’a fabriqué, une fois la pantalonnade terminée. Deux heures durant elle fait défiler un microcosme de personnages gesticulant, râlant, dansottant au milieu d’un entassement de bagages. Dans l’un d’eux certains seront conviés à se planquer pour en rejaillir à la stupeur générale et jouir de la déconfiture des moins malins. Des épisodes de plus en plus loufoques et vaudevillesques se succèdent, avec identités usurpées, méprises et rodomontades de gros bras bien sûr confondus à l’arrivée . Nadiejda est une commerçante ruinée sept ans auparavant par la révolution. « Mais quand reviendront les temps anciens ? » se lamente-t-elle, puis enchaîne « Seigneur, tu es mon ultime protecteur ! » et répéte « Mais c’est quoi cette vie ? » Avec son fils Pavloucha, et sa fille Varia Elle habite un appartement collectif mais elle a gardé sa jeune cuisinière Nastia. Leur voisin, envahissant et bavard, a des convictions et des motivations difficiles à cerner. La mère de famille veut marier sa Varia au fils d’un propriétaire tsariste, mais celui-ci tient à faire participer à la noce un partisan du régime. A Nadiejda de se débrouiller pour que cette condition sine qua non soit respectée . Sur ces entrefaites débarque une ancienne cliente qui conserve dans un coffre une robe ayant appartenu à une fille du tsar. La cuisinière qui l’a revêtue sera prise pour la princesse et on n’a aucun mal à deviner les cascades de quiproquos à venir. Mais le plus grand intérêt et la vraie originalité de ce spectacle est la part qu’y prennent les cinq musiciens parfaits du groupe Pad Brapad Moujika. Dans un décor à transformations mitonné avec amour et des costumes rehaussés par des motifs séduisants comme le sont ceux de toute la troupe, ils tapent le carton dans leur coin ou alors deviennent de vrais partenaires aux réparties aussi réjouissantes que les airs qu’ils interprètent. Les comédiens en font beaucoup, ça braille et cavalcade, ça tourbillonne sur un sol jonché de confettis ressemblant à de la neige. Le public qui a compris que le parti-pris est celui de la farce a pourtant un peu de mal à suivre et à reprendre son souffle.

Théâtre 13, mardi, mercredi, vendredi à 20h30, jeudi et samedi à 19h30, dimanche à 15h30. Réservations : 01 45 88 62 22

25 avril 2007

Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, de Wadji Mouawad

Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, de Wajdi Mouawad et Magali Léris
Deux très jeunes gens ont décidé de s’émanciper et de quitter parents et foyer. Le frère c’est Willy, la sœur Nelly. On notera que si l’auteur Wajdi Mouawad est né au Liban, il a grandi au Canada et que la locution anglaise ‘willy-nilly’ est rendue chez nous par ‘ bon gré mal gré ‘ ou même ‘ au hasard ‘. Quant à Protagoras, leur patronyme, c’est celui du philosophe grec à qui on doit une fameuse théorie relativiste. Selon lui l’homme constitue la mesure d’un univers d’où toute justice est exclue, et où il ne maîtrise donc rien . Voilà pour un contexte ou un début de piste de réflexion. Les Protagoras, compatissant au malheur des membres d’une communauté différente de la leur, peu importe laquelle, partagent avec les Philisti-Ralestine leur appartement, lequel ne possède qu’une seule fenêtre donnant sur la mer. Voilà pour vos Philistins, votre Bible, votre Palestine et vos rivages levantins, avec conflits larvés ou pas. Les Protagoras sont de vrais naïfs et leurs squatters ne veulent plus décamper. Willy, garçon apparemment perturbé, s’est enfermé dans les toilettes communes. Il s’y triture les méninges cherchant les raisons qui l’ont amené à cette décision, et incrimine cette cohabitation . Ses propos de garçon de dix-sept ans forcément révolté, aux vrais accents rimbaldiens parfois , restent le plus souvent fumeux. Les parents dépassés le supplient de sortir et cherchent l’astuce qui l’attirera au dehors. Peine perdue, ça tourne en rond. Des voisins assez sots cancanent. Protagoras-père et Philisti-Ralestine-père se mettent à ressembler à des grands singes se chapardant leurs femelles ou leur butin. Ils se réconcilient pour jouer un tour de cochon au notaire en cravate qui habite à côté et veut régler leurs différends. Car ce raseur, aussi prétentieux qu’envahissant s’incruste lui aussi. Il va chasser les intrus, il sait comment faire ;et patati et patata il bavasse, on se remet à tourner en rond. Le notaire est de plus en plus enquiquinant. Le sale gamin libérera-t-il cet endroit stratégiquement hygiénique ? Des suicides et des accidents climatiques amputent bientôt les deux familles de certains de leurs membres mais on ne s’appesantit pas. Tout se remet à tourner comme avant. Willy a-t-il décidé de… ? les Philisti-machins acceptent-ils… ? Le chœur des voisins-fantoches commentent à tort et à travers. Finalement une lettre de Nelly informe son frère que le monde extérieur qu’elle était récemment partie découvrir n’est pas un lieu confortable et qu’il a bien raison de rester au logis. Mais une Marguerite Coteaux, produit de l’imagination et des fantasmes de Willy, s‘est matérialisée dans les WC sous les traits d’une grande bringue en costume pour meneuse de revue. Elle l’encourage à re-chevaucher sa révolte universelle, symbolique, emblématique… d’artiste ! Ah oui, parce que Willy veut faire dans la peinture. Il finit par se dissoudre dans le paysage, après avoir poussé son cri. Sur scène ils sont dix-huit comédiens, certains véritablement funambulesques, d’autres se livrant à des simagrées. La scénographie astucieuse est minimaliste et la mise en scène privilégie truculence et bonne humeur. Pléthorique, mais hésitant entre réalisme et fantaisie, elle tente de rendre convaincant ce fourre-tout ambitieux, et réussit à en faire quelque chose de plutôt sympathique.
Théâtre des Quartiers d’Ivry, mardi, mercredi, vendredi et samedi à 20h, jeudi à 19h, dimanche à 16h . Réservations : 01 43 90 11 11



23 avril 2007

Les mots et la chose, de Jean-Claude Carrière

Avec Jean-Pierre Marielle et Agathe Natanson, au violoncelle Pierre-François Dufour .
On comprend assez vite que ce n’est pas une vraie pièce. Convenez que les comédiens auraient difficilement pu apprendre par cœur cette nomenclature de centaines de termes, expressions, locutions, circonlocutions, phrases et périphrases qui servent à évoquer ou décrire les anatomies et les façons d’opérer de deux êtres s’accouplant, et des réactions qui s’ensuivent. Notre langue en regorge, elle devrait s’en vanter plus souvent, selon l’auteur. Côté jardin Jean-Pierre Marielle est installé derrière un ancien bureau d’écolier, et côté cour Agathe Natanson s’assoit sur un banc de square. Chacun lit des feuillets, les commente, les pose ou les laisse glisser à terre. Ce sont les lettres reçues par la jeune femme qui s’est confiée à lui, érudit à la retraite et vivant en solitaire . On reconnaît ici la malice de Jean-Claude Carrière : comment en effet, lorsqu’on est érudit, pourrait-on être un jour à la retraite ? « Une langue vit par ceux qui la conservent, mais surtout par ceux qui l’inventent » dit l’auteur qui veut nous faire aimer ces créateurs inconnus-là, illustres ou pas, lui qui est une humaniste. Ce divertissement nous le prouve si besoin était. Quant à la charmante jeune femme c’est , paraît-il, une comédienne réduite à doubler des films pornographiques mais excédée de devoir utiliser le vocabulaire indigent qui les accompagne. Ni sa démarche ni son comportement ne sont ceux d’un personnage désabusé. Partie prenante, aussi érudite que son mentor, elle l’aiguillonne, fait de la surenchère. Et c’est un festival de sous-entendus, de mots à double-sens, à triple-fonds, avec trappes et trouvailles langagières succulentes. Le ton de leur conversation et de leurs apartés lestes est celui, guilleret, d’un assaut de plaisanteries entre amis fréquentant un salon littéraire. A en rendre penauds les malotrus titillés par le sujet, lesquels n’usant le plus souvent que de monosyllabes moches, auraient cru en allant voir ce spectacle faire le plein de grivoiseries banales. La suite… elle est d’abord de Bach et jouée au violoncelle par Pierre-François Dufour, le troisième personnage, à l’arrière-plan, dont la présence ressemble à un cadeau d’entreprise mais se révèle être une fameuse cerise sur le gâteau. Il met Brassens, la Jeanne Moreau de Jules et Jim et un Henri Salvador récent dans le circuit avec ses drôles de coups d’archet. Puis il devient la métaphore de ce spectacle thérapeutique de qualité et nous régale en virtuose, à la toute fin, d’une performance que nous savourons comme le font, quasiment main dans la main, un Jean-Pierre Marielle élégant et enjoué, et une Agathe Natanson primesautière et piquante.
Théâtre de l’Oeuvre, du mardi au samedi à 19 h. Réservations : 01 44 53 88 88

19 avril 2007

Talking Heads, d'Alan Bennett

Mise en scène : Judith Burnett et Jodi Forrest
C’est une initiative plaisante que celle du théâtre des Déchargeurs qui, jusqu’au 30 juin, programme en alternance et par fournées de deux ou trois dans la petite cave accueillante qu’est la salle Vicky Messica, sept monologues choisis parmi les fameux Talking Heads d’Alan Bennett. On sait qu’ils ont contribué à faire de lui un auteur joué partout dans le monde. On se souvient aussi que ces ‘petites formes’ furent écrites pour la radio, ce qui est le cas d’une des toutes premières pièces d’Harold Pinter , cette Petite douleur si insolemment étrange qui fut au départ de son succès. Bennett est de quatre ans le cadet de Pinter et le microcosme qu’il met en scène ressemble forcément à celui de son aîné ; à ceci près que ses personnages, dont il nous fait pressentir qu’ils sont floués dès le départ, croient comprendre ce qui leur arrive. Ce sont des gens à la position modeste, menacés par des profiteurs ou des arnaqueurs. Chez eux les secrets de famille et les crimes cachés sont monnaie courante, la maladie et la mort, non pas les leurs, mais celles de proches, sont en coulisses. Certains, fatigués de s’être pliés à toutes sortes de règles et d’avoir vécu sous le joug d’innombrables conventions, imaginent pouvoir oublier les autres et « s’occuper d’eux-mêmes, enfin » comme ils disent . L’univers de Bennett illustre ces British toutes générations récentes confondues, leurs idées, phantasmes, modes de vie, tics ou addictions, leurs côtés attendrissants ou agaçants. Mais l’humour qui reste leur seconde nature, consiste en ce qu’au départ il s’agit d’une blague irrésistible lancée par un personnage perplexe haussant les sourcils et plissant le front . Dans A Chip in the Sugar Nicholas Calderbank est assis, en pantoufles, tasse de thé à la main : il raconte l’aventure de sa mère, soixante et onze ans, avec laquelle il vit depuis toujours ; l’ancien soupirant de celle-ci a refait surface mais il a réussi à l’éliminer. Dans Her Big Chance Sharon Mann est une gracieuse starlette à la Marilyn des débuts, décidée à « percer », mais qui fait mine de ne pas comprendre que le film qu’elle tourne est porno. Sur la minuscule scène accueillante qui leur convient parfaitement, chacun joue sa petite partition avec un naturel parfait sur le ton d’une conversation parfois débridée. Donnés dans leur langue originale selon une mise en scène forcément rigoureuse, ces Talking Heads dont le titre français est « Le moulin à paroles » devraient séduire les « natives », anglophones résidant à Paris , mais aussi les étudiants en anglais, même ceux qui ne sont pas sûrs de comprendre entièrement ce que disent les comédiens. Qu’ils se rassurent leur jeu est infiniment éloquent.
Les Déchargeurs, voir la programmation hebdomadaire, du mardi au samedi à 20h. Réservations : 08 92 70 12 28



15 avril 2007

La Muse gueule

La muse gueule, l’opéra gourmand, écrit et mitonné par Aude Sardier.
Avec jeu et chant : Aude Sardier, Elisabeth Conquet, Pierre Espiaut, Bernard Imbert ; au piano : Le Poulet.
Côté cour une cuisinière électrique, une bouilloire qui fait chouf chouf. Frigo et rayonnages croulant sous les récipients et les ustensiles : on est dans une cuisine pour maison de campagne, à la bonne franquette, genre famille nombreuse ou gîte rural, ou même résidence pour séminaires. Côté jardin un piano : c’est donc un lieu d’artistes. Ils débarquent en effet à l’heure du petit déjeuner, deux hommes sympa et deux femmes accortes. Ils s’activent, disposent des croissants sur la table. Rien que de très convivial, mais ces artistes lyriques sans micro se mettent à chanter et les murs du théâtre à trembler tant leurs voix superbes portent. L’enchantement est immédiat. La plaque continuera de rougeoyer jusqu’à la fin et la salle de rugir de plaisir. Ils peuvent tout interpréter, des harmonies moyenâgeuses à l’opéra, l’opéra comique, l’opérette, les airs américains des années vingt, trente etc., les tubes internationaux plus ou moins actuels ; on notera que leurs parapluies sont de Cherbourg. On reconnaît au passage les airs qu’on n’a jamais cessé d’aimer. Eux enfournent des tournedos dans un vrai four et préparent une authentique pâte à crêpes. Les odeurs se propagent dans la salle, la titillent sans la rassasier. Ils parodient de grands airs pris en otages et cela donne des sketches plus loufoques que farfelus, du style canulars grandioses. On dirait une bande de potaches prolongés, de surréalistes irréductibles, toujours réactivés par l’amour de la bonne bouffe et du bel canto. Un croissant balancé en l’air par l’homme au long couteau, le perturbateur du quadrige, aux allures de Jack l’éventreur, a atterri sur vos genoux . L’homme en question malaxe et triture un poulet à vocation d’être rôti, avant de faire semblant de le réanimer, comme si le volatile était aux urgences dans le coma. Un poivron délaissé s’est écrabouillé sur le sol , rejoint par une avalanche de coquilles d’ œufs que les femmes, multi-muses redoutables et Castafiore quand il le faut, sont en train de battre, chantant de plus belle, de leurs voix à vous damner, celles des messieurs n’étant pas en reste. Les voilà maintenant qui grillent consciencieusement des tournedos. Hoquetant de rire le public se tient les côtes et titube en sortant du théâtre, incapable de raconter ce qu’il a vu. A part qu’à la mi-temps, la cuisine est devenue un salon à prendre le thé et roucouler un brin, ma chère, un lieu pour de nouvelles élucubrations, et tout est reparti. Ouf, le délicieux pianiste qui joue les airs de Mozart, Verdi, Bizet, Bernstein et autres, déguisé (tiens-tiens) en poulet ne passera pas à la casserole, au propre non plus qu’au figuré. Donc on peut chanter divinement tous les jours dans sa cuisine et l’art lyrique n’est pas réservé aux abonnés de la Scala. Tous les soirs ces cinq délicieux pros vous mitonnent avec amour un spectacle délirant, s’abstenir d’aller le voir serait délictueux.
Théâtre du Renard, du mardi au samedi à 19 h. Réservations :01 42 71 46 50

13 avril 2007

Colt Warmers, avec Marc Wolters

Colt Warmers, un guet-apens musical en couleur, avec Marc Wolters
On est incapable de repérer et d’identifier ce que le cambrioleur gentlemanesque et élucubrant, au couvre chef de loubard, ce bandit d’ex-grands chemins, ou de libertaire à la Bruant, a emmagasiné dans ce qu’il nomme son antre. Une sirène d’alarme confisque le public, il fait irruption. Grimace de grand méchant loup-qui s’y frotte s’y piquerait, mais c’est pour rire. La scène est une cave raisonnablement sombre, du plafond pend une gigantesque ampoule ; les quelques accessoires qu’il y a entreposés lui donnent l’air désinvolte d’un débarras provisoire. Et puis il s’installe au piano, dit, chante que Colt Warmers est son nom de code dans une organisation peut-être subversive ou secrète, de toutes façons, il a aux trousses un certain commissaire Alfred Morose (il s’amusera à faire rimer rose et morose), et puis il est agent double. Il nous fait les honneurs de sa planque, mais le mot sanctuaire est en embuscade dans la chanson d’après . Son langage est savoureux, drolatique, étrange, exotique. Les mots trimballent en douce leur histoire, il les laisse délirer et entrer dans des combinaisons étonnantes. Sa voix chaude, ample, fait des vagues ; au piano les mélodies se soulèvent, les textes prennent des allures de ballades. Son univers baroque est foisonnant. Il va vers le public, veut lui faire cadeau d’une certaine chaussette qu’il aime tendrement. « T’aurais pas vu mon chien ? » Pas de chance « il est mort, mon bouledogue ». On compatit. Le lascar est un vrai bon comédien aux mimiques désarmantes, clownesques ; rien à voir avec les pitreries racoleuses de certains collègues. Il fait des remarques faussement saugrenues: « les mères sont juste des femmes qui ont eu des enfants ». Détour par des considérations qui le feraient prendre pour un bougon : « j’aimerais qu’on m’accable, je ne suis pas aimable ». C’est qu’il n’est ni béni-oui-oui ni gnan-gnan, même quand ils nous engage à aller trouver les gens qui sont seuls dans leur coin .Sa liberté de ton et une étrangeté de bon aloi le font risquer des proverbes : « tel père tel doigt ». On se dit qu’il n’est pas que l’héritier des surréalistes, qu’il ne ressemble pas vraiment à Alphonse Allais et puis on ne se dit plus rien, on est emballé, le traquenard a fonctionné. « Le reste attendra, mais la fin n’attendra pas », « demain n’est qu’un choix », « mettons un pied à terre », « partageons nos émois ». La cachette dans laquelle il nous a tenus une trop petite heure et quelque, n’était pas la caverne d’Ali Baba mais celle de Prospéro.
Le Funambule, avril : les lundi, mardi et mercredi à 21h30 ; mai-juin : les jeudi, vendredi, samedi à 20h. Réservations : 01 42 23 88 83

11 avril 2007

Désillusions parlementaires, de Nathalie Detrois

Mise en scène Philippe Brigaud
Le titre est explicite, l’auteur n’y va pas par quatre chemins, et la mise en scène non plus. Elle fait figurer un buste en plâtre de Marianne au dessus d’une table affreusement banale autour de laquelle l’homme finit de s’habiller, s’apprêtant à vivre une journée qu’on comprend être celle d’un battant. Cet Alexandre Fardel déguste son bonheur d’avoir été élu député il y a une petite semaine. Le thriller psychologique se met en place très vite quand débarque une éclatante jeune femme en tailleur rouge, sage chignon blond, à le beauté de vamp; elle lui signifie qu’il va falloir payer les services rendus. Sophie Schulmeister-Karolus est la petite amie de l’élu et sa conseillère en communication sans laquelle le succès n’aurait pas été envisageable, clame-t-elle. Elle exige maintenant qu’il lui montre sa gratitude en signant et soutenant à l’Assemblée un dossier concernant un remaniement du plan d’occupation des sols, le fameux P.O.S., qui favorisera ceux qu’elle nomme ses commanditaires . Elle avoue vite qu’ils ont des liens avec certaines mafias d’affaires. S’il refuse, elle se présentera ce matin même à la police et le fera accuser de viol ; elle connaît la marche à suivre, et sait parfaitement comment s’y prendre pour ruiner sa carrière. Au fur et à mesure de la conversation, les illusions d’ Alexandre s’écroulent quand la traîtresse qui lui a tout appris et l’a coaché impeccablement révèle ce double-jeu ; il ne l’en aurait jamais soupçonnée capable même si, de fait, elle a plus l’air d’une dame de fer que d’une collaboratrice énamourée. Des flashbacks astucieux sont des pauses en forme de scènes tendres entre lui et elle qui le booste mais s’est piquée au vif, parce qu’elle lui reconnaît des qualités et des talents authentiques. L’attrait physique existe aussi, lié à leur rapport de forces. Le huis clos est rondement mené, le spectateur n’a pas eu le temps de se lasser de leurs récapitulations, de leurs assauts d’arguments, de leurs éclats de voix ou débuts d’empoignade, quand tout bascule. Voyant qu’elle n’a pas gagné la partie, Sophie se plaint d’être poursuivie et recherchée par ceux avec qui elle a eu partie liée et qui veulent la supprimer à son tour. Ultime retournement de situation qui amène un dénouement auquel on a fini par se préparer, la progression dramatique étant, elle, très honnête malgré quelques invraisemblances. Les dialogues sont efficaces et percutants, les personnages bien cernés et crédibles. Infiniment sympathique Pierre Deny a le physique classique du « gendre idéal ». Son jeu nuancé rend intéressant son personnage face à Stéphanie Lanier de plus en plus tendue, et qui abandonne sa morgue, son ton suffisant , menton en avant et sourire goguenard, pour, criarde, friser l’hystérie. La mise en scène est rapide, nerveuse, musclée. Tout fonctionne, un poil trop bien peut-être.
Théâtre Essaïon, jusqu’au 5 juin, lundi et mardi à 21h30. Réservations : 01 42 78 46 42


09 avril 2007

Tableau d'une exécution d'Howard Barker

Il y a effectivement eu une Artemisia Gentileschi peintre célèbrissime née en 1593 en Italie et dont la vie fut à bien des points de vue un scandale permanent. Howard Barker en a fait la marraine sulfureuse de son personnage central cette Galactia à qui le doge de Venise commande un tableau représentant la bataille de Lépante. La défaite du Turc par les armées de la Chrétienté fut synonyme d’une refondation de l’Europe mais au lieu d’immortaliser cette victoire providentielle par une oeuvre allégorique, Galactia peint l’horreur d’une boucherie, bref un tableau ‘gore’. Après avoir hésité et pris conseil auprès du représentant de l’Eglise, son commanditaire le doge la fait mettre en prison, pour l’en tirer quand elle accepte enfin, qu’exhibé, son tableau devienne emblématique de sa propre monstruosité et témoin de sa déchéance morale. Iconoclaste, superbement baroque sans être bavarde, à rebondissements dus aux états d’âme et autres lubies que sont les louvoiements intimes des personnages, la pièce affiche aussi quelques déclarations de principes. Il y est dit qu’« on ne peut pas digérer l’art », que l’artiste « n’a pas de pouvoir, mais de l’imagination » tandis que « l’Etat n’a pas d’imagination, mais du pouvoir ». Irresponsable, l’artiste est-il ennemi de la république ? Son rôle dans le monde est l’ axe de la réflexion nourrissant les dialogues et les exposés du Doge. Même chose pour son entourage, et particulièrement pour la femme qui tente de faire pression sur Galactia pour qu’elle se plie aux injonctions des dirigeants de la Sérénissime. Canaliser ses énergies paraît aussi difficile à sa propre fille, avec laquelle elle se prend de bec, qu’à son jeune amant, peintre également, dont elle réclame avec ardeur les caresses. Pour Galactia le bonheur est dans le travail; elle croit savoir ce qu’il en est de la réussite et de l’échec. Son talent est reconnu ; il est « rare, précieux, explosif ». Quant à la vraie nature des rapports entre les êtres, l’auteur lui fait confiance pour qu’elle l’ait découverte. Revendiquant sa liberté d’esprit, n’en faisant qu’à sa tête, son sens de la répartie égale la verdeur de ses propos .Etre en paix avec la vie est-il le rêve de cette femme à la voracité tous azimuts ? Qu’en serait-il de la sensation dramatique qu’elle éprouverait si personne n’avait plus besoin d’elle ? L’autre pôle de la pièce est le Doge, légitimement imbu de ses pouvoirs, auguste, péremptoire et raisonneur. Même s’il ne donne lieu qu’ à peu de tête à tête, leur affrontement permet à Geneviève Brunet, Galactia à la fois véhémente, truculente et élégante et à Philippe Brigaud, doge très peu dupe de ce qu’il ne doit qu’à sa position, de donner leur mesure. Autour de ces comédiens à l’autorité et à l’aisance réjouissantes, leurs partenaires sont justes et tout aussi habités. La mise en scène rythmée utilise ingénieusement les espaces du large plateau et s’aventure dans la salle, le spectateur devenant partie d’autant plus prenante de ce qui, mieux qu’une controverse, est une œuvre foisonnante en péripéties, aussi dérangeante et puissante que la fameuse toile qu’on ne verra bien sûr jamais.
Théâtre du Nord Ouest, jusqu’au 10 juin, calendrier, dates et réservations : 01 47 70 32 75


06 avril 2007

Touche, de CarloTolazzi et Fabio Alessandrini

Mise en scène Christophe Lemaître, avec Fabio Alessandrini jeu et Matias Marcitar musique.
S’il n’y avait pas ce musicien qui joue un air profond et troublant au saxophone, on imaginerait volontiers que l’homme face à nous, habillé bien comme il faut, est ce cousin éloigné, certainement latin, dont on connaissait l’existence, qui a acquis une notoriété dans le domaine sportif . Le voici, affable, prêt à nous faire part de son expérience. Cela commence par ses souvenirs d’enfance ; il dit comment fasciné par un ballon, « le ballon goguenard du destin » il a fait ses tout premiers pas pour s’en emparer. Amusé, il s’attendrit presque à cette évocation. Comme encouragé par son auditoire, il se lance dans un récit circonstancié et d’abord pittoresque de ce qu’on appellerait le roman d’amour d’un adolescent pour le sport, si l’engrenage qui l’attend n’était déjà évident. Footballeur junior il voyage, gagne de l’argent, devient une petite vedette locale. Il décrit l’entraînement, l’avant et l’après match forcément cocasses, et comme incidemment, fait allusion aux trucages classiques qui font gagner un camp « mais c’était prévu comme ça ». Puis ce sont les magouilles, compromissions et déviances des entraîneurs, présidents de clubs, et de leurs alliés complices que sont les politiciens. Il cite et nomme ses camarades et émules, refait leur parcours. Il est à la fois celui qui raconte, qui se raconte et qui est raconté. Le musicien commente gravement le tout sur son instrument puis se mêle à la partie, le rejoint sur le plateau et de confident devient acolyte et partenaire. Le comédien ouvre son sac de sport et déverse sur une table une cinquantaine de boîtes de cachets ou pilules, commente l’effet à court et long terme de ces dopants, tranquillisants et anti-tout. Encyclopédique quand il décrit cette pharmacopée fatale aux futurs dieux du stade, il précise « ça vient du cyclisme ». Bouche ouverte, prêt à se décrocher la mâchoire, il joue ensuite la déchéance des anciens dopés guettés par l’infarctus et la leucémie, entre autres. Les lumières ont baissé. Ce ‘cousin’ n’est ni naïf ni vantard, ni hâbleur, mais c’est un comédien à l’autorité et à l’agilité étonnantes. Volubile et empathique, possédé par son sujet, il se démène, commente un match de façon ébouriffante, interpelle l’assistance, mouille la chemise. Mais son épopée dérisoire et pathétique repose sur les récits qu’il a retranscrits de ceux qui ont bien voulu parler. Co-auteur de ce texte savoureux et poignant, il n’a jamais la maladresse de juger les jeunes gens pleins de joie et d’appétit de vivre qui envisagent avec enthousiasme le sport comme une activité noble et enrichissante et à laquelle ils sont prêts à tout sacrifier. Il est bien trop malin, bien trop sensible et intelligent pour ça. Et puis ça se passe en Italie, à Milan. N’empêche : « le but est la mort de tout ». Ce spectacle devrait être mis au programme des écoles et remboursé aux parents par la Sécu. Courez-y.
Le Lucernaire, jusqu’au 12 mai, du mardi au samedi à 19 heures.
Réservations : 01 45 44 57 34



05 avril 2007

Le médecin malgré lui, de Molière

Eclats baroques - festival de théâtre baroque
Le médecin malgré lui, de Molière
Dans le foyer de ce théâtre à la fois somptueux et chaleureux une présentation à base de documents et d’illustrations témoigne de ce que fut l’art baroque au théâtre. La Fabrique à théâtre avec à sa tête Jean-Denis Monory y est à pied d’œuvre pour deux mois festifs, quatorze spectacles, cent représentations, des ateliers de formation, des conférences, bref un festival singulier. La pièce de Molière donne le coup d’envoi. Martine, épouse de Sganarelle, histoire de se venger de la façon dont son mari la maltraite, le fait passer pour médecin au yeux d’un riche bourgeois dont la fille est devenue subitement muette. Sganarelle comprend qu’elle simule le mutisme pour éviter un mariage qui lui déplait et amener son Géronte de père à la laisser épouser Dorante qu’elle aime et qui l’aime. Déguisé en apothicaire, promu assistant de Sganarelle, il peut alors l’approcher. Succès de la manigance du faux médecin qui rôle constamment la disgrâce, voire pire, et ne s’en tire que grâce au deus ex machina , ou à la volonté de Molière qui en avait peut-être assez de ses pitreries . Du moins c’est l’impression que donne cette version de la pièce, tant la technique de jeu baroque et la gestuelle systématique bannissent toute spontanéité et privilégient la forme par rapport à ce qu’on n’ose même plus appeler le fond. Les personnages, frétillant et tressautant, sont affligés de tics « à la de Funès », leurs gestes évoquent la langue des sourds ou ces danses indiennes saccadées où le moindre clignement d’yeux délivrer un message codé. Le spectateur s’imagine dans la peau de ces gens qui, au 19° siècle, allaient en famille se divertir à la vue des ‘fous’ enfermés dans ce qui ressemblait à des cages de zoo. Ou encore dans celle d’un entomologiste observant des grouillements de bestioles frénétiques. Quoique authentique, la déclamation avec ses ‘r’ forcément roulés et ses finales outrageusement sonores rajoute des accents toniques aux mots. Prétextes à vocalises truculentes mais douteuses, c’est lassant . Gloussements, hululements et récitatifs pour voix de fausset, parodies de coups de bâtons héritées de guignol, on guette l’émotion. Elle ne sera guère au rendez-vous avant que les comédiens ne se mettent à chanter, car ce sont d’excellents chanteurs, accompagnés au théorbe et à la viole de gambe par deux musiciens installés sur la scène, comme il se doit, qui jouent Lully superbement. On s’évade enfin d’un univers formaté et pesant. Sganarelle, assommant camelot de foire, y est une sorte d’obsédé qui, après avoir battu sa femme, regarde une certaine nourrice avec une telle concupiscence qu’on se demande si Martine et lui ne constituent pas un couple sado-maso. L’utilisation ponctuelle voire outrancière d’une technique grandiloquente cause des dégâts. Pourtant les décors faits de simples panneaux coulissants sont peints de manière exquise, les lumières style chandelles et la virtuosité d’automate des comédiens forcent l’admiration. Mais jouant le spectacle de manière frontale et invariablement face au public ils rendent tout échange impossible. Un bon DVD de cette pièce suffit probablement à garantir un vrai plaisir.
Théâtre du Ranelagh, jusqu’au 3 juin.
Calendrier des spectacles, dates et réservations : 01 42 88 64 44

03 avril 2007

Fando et Lis, de Fernando Arrabal

Mise en scène: Pierre Berçot. Avec Pierre Berçot, Caroline Rochefort, Benoît Morzen, Jonathan Perrein, Emmanuel Soto
Ce Fando et cette Lis ne ressemblent probablement pas au couple que le public découvrit dans la pièce en 1955 et qui le sidéra: comment ne pas s’émouvoir à la vue de cette très jeune femme paralysée que son compagnon, aussi jeune qu’elle, trimballe dans une poussette, embrasse, cajole, porte dans ses bras, réconforte, pour ensuite lui parler sur un mode agressif, l’enchaîner, lui mettre des menottes et pire encore. Mais résumer ainsi la pièce, c’est passer à côté de son intérêt et de sa portée. Ici les comédiens principaux sont des adultes à l’allure d’adolescents prolongés, ce qui marque un décalage plus dérangeant que s’ils avaient l’âge d’une légitime insouciance. Fando et Lis vêtus comme des saltimbanques se font une petite scène. Elle se plaint qu’il l’a fait pleurer une fois encore; lui, préoccupé par le personnage qu’il joue dans l’existenc, évoque la façon dont on peut se mentir à soi-même, puis le voyage que tous deux ont entrepris vers Tar, pays de rêve où tous les problèmes trouvent leur solution. Aux plans suivants on les voit hébétés, épuisés par le périple. Mais Fando a enchaîné Lis à sa poussette et s’il chante et joue du tambour pour elle, elle ne cesse de se plaindre d’une fatigue inquiétante. Trois hommes surgissent de nulle part, tenant des discours fumeux, se posant des devinettes pseudo-philosophiques dont l’une des réponses est que l’important est de prendre ses précautions, et d’abord de dormir. Ils s’allongent non loin du couple. Lis s’est désintéressée de ce qui se passe autour d’elle ; Fando engage la conversation avec les trois compères qu’il invite à caresser sa « fiancée » . Tous sont en route pour Tar, bien sûr. Savoir lesquels d’entre eux y arriveront, et dans quel état, est secondaire. La dérision des propos que tiennent ces personnages de rencontre et l’urgence de dire ce qu’ils vivent, sont devenus leur priorité, le sujet ou l’enjeu de la pièce. La malice de l’auteur, manipulateur redoutable, nous leur fait emboîter le pas. Fando est partie-prenante de leur démarche. Effarouchés au départ, ils s’intéressent au jeune homme :on comprend que ce sont des créatures de son imagination. Ce qu’ils débitent font ressurgir ses pensées enfouies, la confrontation prend un tour plus lourd de conséquences. En plus de leurs faux-airs de personnages beckettiens, ils sont doués d’une volubilité et d’une faculté de délirer toute méditerranéenne. La cocasserie de leur accoutrement, les contrastes de leurs statures en font une troupe clownesque. Les registres contrastés des voix sont un élément singulier de ce spectacle dont on sort éberlué. Une dimension poétique, spontanée, presque enfantine, masque le côté grinçant de la fable autant que celui, plus douloureux, d’une exploration culpabilisante du subconscient . Pierre Berçot est un Fando magnétique, ses quatre partenaires ébouriffants nous réconfortent : cet Arrabal est du très grand théâtre.
Théâtre du Nord-Ouest, jusqu’au 4 juin, dates, horaires et réservations : 01 47 70 32 75