24 juillet 2007

Le conte d'hiver, de Shakespeare

Mise en scène Camille Nesa
La reine Hermione demande à son jeune fils de lui dire un conte de son choix ; ce prince lui en propose un triste qui, selon lui, convient à l’hiver . Question tristesse sa mère va être servie: elle est soudain accusée d’adultère par son mari, Léontes roi de Sicile. Il clame qu’elle a été la maîtresse de son ami, Polyxène, roi de Bohème et que c’est à un second bâtard qu’elle s’apprête à donner naissance . Exit Hermione, bannie de la cour malgré ses protestations touchantes. Des témoins apportent très vite la nouvelle de sa mort à Léontes. Deux actes plus tard le vieux berger simplet qui a recueilli une nourissonne seize ans auparavant, apprend que cette délicieuse Perdita a rendu amoureux fou un certain Florizel. Celui-ci s’avère être le fils de Polyxène le prétendu amant d’Hermione, dont Perdita est évidemment la fille. Tout semble très compliqué : pourquoi la reine prétendument morte réapparaît- t-elle à l’acte V ? Par ce qu’il fallait qu’un vraie justice ait son cours, que Léontes, « tyran jaloux » qui ne lui avait pas fait confiance, ne soit pas châtié pour sa cruauté, mais au contraire pardonné, le temps et ses remords étant passés par là. Il revient à Paulina personnage cardinal qui sait tout et a tout manigancé, de nous convaincre que le pardon des offenses existe et que le temps exige qu’on cesse de chercher à expier ses fautes et de refuser une certaine grâce. La pièce à l’intrigue plus emberlificotée encore que celles qu’on considère comme les ultimes comédies de Shakespeare est montée avec un enthousiasme évident par Camille Nesa . Le lieu théâtral est un no man’s land et aucun accompagnement musical ne fait office de transition ou ne permet de récapituler. L’action étant éclatée, les personnages secondaires deviennent essentiels. Doubles, contre-point ou faire-valoir de leurs maîtres, ils illustrent et commentent l’action. La distribution hétéroclite fait que certains comédiens sont étonnants de véracité, tandis que d’autres donnent l’impression qu’ils tentent de se débarrasser de leur texte, parce qu’ils le jugent probablement trop auguste, lyrique ou pléthorique. Certains de leurs camarades font des numéros qu’ils veulent ébouriffants comme pour tirer leur épingle du jeu , mais leurs prestations donnent à l’ensemble une allure feuilletonesque. Camille Nesa a inclus dans sa mise en scène les intermèdes musicaux. prévus par Shakespeare. Ils sont ici chantés sur un mode flamenco par tous les protagonistes qui se retrouvent alors. Cela donne une impression de cohésion : nous voilà réconfortés.
Théâtre du Nord-Ouest jusqu’au 9 mars, dans le cadre de l’Intégrale Shakespeare. Dates et réservations : 01 47 70 32 75

21 juillet 2007

Tout est bien qui finit bien, de Shakespeare

Mise en scène de Julie Lavergne
Est-il possible de se laisser séduire par une pièce décrétée comédie sombre par des exégètes grincheux arguant que le titre est une métaphore apaisante d’un état de grâce miraculeusement retrouvé… in extremis seulement ? Non sans avoir souligné que les rapports entre les protagonistes sont ambigus et que les intrigues qui s’entremêlent ne font que mettre l’accent sur leurs failles à tous. Julie Lavergne leur répond par une mise en scène étourdissante de fantaisie : elle sait que William est au delà de tout ce qu’on pourrait envisager. Intemporel, aussi funambulesque que burlesque, il est aérien et cependant aussi terrien qu’incandescent . Sa mère-patrie étant la langue , sa marraine est l’imagination. Dans ses comédies s’invitent toutes sortes de royaumes, réels ou non. Ici c’est la France qu’il a malicieusement prise pour toile de fond avec un roi qui se veut arbitre et justicier mais, qui sénescent et malade, est dépassé par les évènements. Il y a aussi une comtesse d’âge mûr dont la fille adoptive Hélène est le personnage central de la pièce. Cette jeune personne a jeté son dévolu sur un certain Bertrand qui n’en a cure, préfère la guerre au batifolage et n’envisage surtout pas, ou du moins pas encore, le mariage. Elle arrivera pourtant à ses fins, usant d’une cascade de stratagèmes quasiment crapuleux et avec la complicité d’une autre charmante personne : Diana. Mais autant ces jeunes filles sont décidées, intrépides, rouées, autant les personnages de la génération précédente sont des faux vieux. Leur âge ne leur sert que de prétexte à afficher un bon sens qui ferait gagner du temps aux jouvenceaux s’ils acceptaient d’écouter arguments et conseils. Tous en tombent d’accord à la fin, laquelle n’a pas l’air d’un règlement de comptes du genre si vous m’aviez fait confiance , mais plutôt il faut tout relativiser, n’avoir aucune amertume; à bas la sottise et l’outrecuidance. Tolérance et magnanimité, tels sont les maîtres-mots. Au passage un certain « laissons les morts enterrer les morts » n’a rien de sentencieux ni de sinistre. La mise en scène et le parti-pris de Julie Lavergne vont dans ce sens : aucun cynisme n’y est de mise, non plus qu’aucune mièvrerie. Pas de théâtralité, pas de grandiloquence dans l’adaptation d’Eric Westphal qu’elle a choisie. Elle se débarrasse à l’aide de pirouettes de tout ce qui pourrait avoir l’air ambigu ou scabreux. La façon dont elle suggère les combats est carrément surréaliste et clownesque . Les costumes ont des couleurs somptueuses. Quant aux comédiens, ils sont empathiques et talentueux. Leur justesse égale leur fantaisie, particulièrement en ce qui concerne les personnages excessifs, ces vrais comiques. Elise Durel est une Hélène remarquable de finesse, de pertinence et de vivacité. Menant la danse, elle trouve une Diana à sa mesure en Célia Grincourt. Cette dernière chante très joliment et signe une composition musicale inattendue et rafraîchissante. Françoise Levesque est une comtesse bonne comme du bon pain, et leurs camarades masculins sont tout simplement parfaits, souvent au second degré, ce qui rend l’ensemble plus léger ou plus détonnant encore. Citons Bertrand Tschaen qui joue Paroles, il est aussi hallucinant de cocasserie que touchant. « Et maintenant que chacun donne libre cours à sa joie », ainsi se termine la pièce. Cette formule soulignant qu’une comédie se doit d’avoir un happy end, n’a jamais autant été d’actualité : c’est une joie roborative que le public partage avec la troupe au moment des saluts.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de l’Intégrale Shakespeare jusqu’au 9 mars 2008. Dates et réservations : 01 47 70 32 75

16 juillet 2007

La mégère apprivoisée, de Shakespeare

Mise en scène de Cédric Grimoin
Baptista, riche gentilhomme de Padoue ne consentira au mariage de la gracieuse Bianca, sa fille cadette, avec le plus valeureux mais aussi le plus riche de ses prétendants que lorsqu’il aura déniché un époux pour l’aînée, la calamiteuse Katharina. Agressive, celle-ci ne cesse de remettre à leur place ceux qui l’entourent dont elle a une piètre opinion. Son hystérie, de nos jours, serait imputée à un dérèglement hormonal. On pourrait la comparer à ces insectes femelles frénétiques à l’approche du mâle auxquelles elles finiront par se soumettre, instinct de reproduction oblige. C’est à peu près ce qui se produit quand débarque Petruchio. Ce matamore bien né, haut en couleurs guigne la dot de Katharina qu’il a résolu de conquérir, et dont il se vante de réussir à se faire aimer. Baptista ravi bâcle l’affaire et, sans demander le consentement de la donzelle, décide que le mariage se fera illico. L’apprivoisement peut alors commencer, qui est l’intrigue principale de cette pièce succulente, dont l’autre pôle est le mariage de la charmante cadette intervenant après d’innombrables intermèdes à la Marivaux, et incluant des prétendants déguisés. Cédric Grimoin nous fait rire de vrai bon cœur avec sa mégère pendant les trois premiers actes. Au quatrième ça déchante ; la demeure de campagne où Petruchio a emmené son épouse est un lieu où l’on fume le narguilé, les musiques sont orientales, n’y manquent que les appels du muezzin. Dans un pareil contexte les vexations que son seigneur et maître inflige à sa femme, cette « Kato » ( « Kate » et chatte déchaînée selon Shakespeare), sont déplorablement catho-notés et à rebours. Katharina humiliée est pire qu’une pute puisque, soumise aux seules volonté et fantaisie d’un homme, voilée, emmitouflée de noir, elle finit par être un zombie au visage blafard. Ce qu’elle dit sur un ton monocorde ressemble à une leçon serinée, mais par qui ? Plus rien n’est mirifique. Shakespeare le mystificateur-démythificateur qui fait semblant de se prendre au piège de doutes forcément métaphysiques a été remballé, mis à plat et envoyé au tapis, comme l’est notre Katharina prosternée devant son mâle, à la toute fin. Ou est passé l’auteur ? Reprenons : le personnage de grand appétit qui se charge d’une maritorne glapissante accepte un défi, mais entre deux « natures » qui cherchent à s’entre-démasquer on a compris que c’est un duel, dont la notion de fair-play ne peut être absente. Ici rien de semblable, le contresens que nous inflige le metteur en scène , ce pied de nez qu’il adresse à William S n’est qu’un vilain petit-canular. Couac. L’adaptation de la pièce dans un langage égrillard efficace et collant au texte, la mise en scène aussi généreuse que bouffonne, son tempo parfait auraient pu vous séduire. D’autant que les comédiens, excellents, ont du tonus à revendre.
Théâtre du Nord-Ouest, dans le cadre de l’intégrale Shakespeare jusqu’au 9 mars. Dates et réservations : 01 47 70 32 75.

12 juillet 2007

Antoine et Cléopatre, de Shakespeare

La construction de la pièce a dérouté bien des Shakespearomanes. Hachée par les arrivées intempestives de messagers porteurs de nouvelles toutes plus contradictoires les unes que les autres, elle donne l’impression que tout ce qui est important se joue ailleurs, en coulisses. Et d’abord pourquoi Shakespeare a-t-il donné une suite à son Jules César ? Peut-être parce que Marc-Antoine le fascine. Noble, généreux, lié à l’imperator par une amitié passionnée, son désir de domination et de possession est indissociable de son avidité d’adolescent , de romantique exacerbé. Les plaisirs charnels qu’il cultive, il les apprivoise et les décline en esthète. Son destin l’a lié, malgré lui, à celui de Cléopatre. Qualifiée de lascive, de débauchée, jugée responsable de calamités passées et à venir, par des chroniqueurs ou des militaires machos mais infantiles, elle est la sœur de cœur, d’âme, de vie et même d’au-delà d’Antoine ; une autre lui-même. Leurs initiations et leurs nirvanas se côtoient, se mêlant selon une alchimie difficilement perceptible par ceux qui n’ont pas eu accès aux rives de l’Orient. Femme d’instinct elle est ardente, altière mais paradoxale, imprévisible, à la fois manipulatrice et puérile. Antoine et Cléopâtre : un îlot qui finira par s’engloutir. Autour d’eux, rivalités entre chefs de guerre, trahisons, affrontements, batailles : le pouvoir, l’amour et la mort sont au programme, assortis de réflexions sur la liberté, les responsabilités et bien d’autres choses encore . Nathalie Guilmard met en scène et dirige tout cela d’une façon magistrale. Elle a souhaité des batailles avec des tableaux d’agonisants ou des scènes de beuveries réalistes, des combats devenus de véritables chorégraphies sur un mode ralenti. Dans un espace étroit et nu les hommes portent des costumes stylisés: au départ tee-shirts grèges ou bruns avec armures peintes en trompe-l’œil : les femmes portent des robes couleur chair aux motifs égyptiens. Les comédiens vibrent à l’unisson mais imposent leurs personnages, chacun magistralement. Florence Tosi est une Cléopatre à la grâce infinie, à la vivacité et à l’autorité souriantes, qui, fragile, redevient impérieuse pour finir par se détacher de tout, parce qu’elle est au-delà de tout. Alexis Desseaux est son Antoine , « vaste esprit », homme d’action, fringant et fougueux, qui, gagné par le doute, devient fragile et poignant. Nicolas de Lavergne est parfaitement cet Enobarbus à qui Antoine faisait confiance, qu’il aimait entre tous et qui, tout aussi perturbé que son ‘patron’, le trahit, sait-il vraiment pourquoi ? Que la dizaine de comédiens ne nous en veuille pas de ne pas tous les nommer pour les remercier de l ‘émotion et du plaisir qu’ils nous donnent. Tout ici est intense, ingénieux et raffiné.
Théâtre du Nord-Ouest, les 16, 22, 26, 27 août à 20 h 45, les 17, 18, 19 et 25 août à 17h30. Réservations : 01 47 70 32 75

11 juillet 2007

La vieille au bois dormant, de et par Clémence Massart

Cette fois un ‘chapeau-claque’ a pris le relais du coquelicot géant piqué dans ses cheveux à l’acte précédent : « Que je t’aime » où, au départ, elle était une sacrée gamine. Elle porte une jaquette et une vaste jupe longue, tout aussi chatoyante et dont elle enverra valser les plis quand ça la prendra. Parce qu’elle bouge, danse, tournoie, chante, s’assoit, se relève, et raconte. Elle fait mine d’avoir décidé que vieillir va la rendre moche ; elle le clame évidemment à tort, mais pour pouvoir jouer les sorcières avec une auto-dérision et un humour qui sont un régal. Elle détimbre sa voix, siffle, imite les cris des mouettes, évoque son parcours de comédienne, rend hommage à l’épopée du Théâtre du Soleil à la Cartoucherie de Vincennes qui a fait en sorte que plus jamais le théâtre n’a été le même en France. Les intermittents du spectacle pointent leur nez : forcément concernée, solidaire, militante, elle relate l’épisode d’une audition à la RATP pour jouer dans le métro… recalée ! A mettre dans le compartiment bizarreries d’un monde incohérent, retors et parfois cruel. Mais sa faim et sa soif de vivre révèlent la gourmande qui se double pourtant d’une raisonnable. Elle confesse tout à trac « j’aime les hommes ». La voilà qui écluse un verre de rouge et le sketch suivant est désopilant de vraisemblance. Elle chante dans la langue des ‘rosbifs’, devient une Casta Diva d’un lyrisme sidérant. Elle ‘yodle’ comme une Helvète professionnelle. «On a les Russes au cul » : en toile de fond défilent les deux guerres mondiales, avec les « grands frisés », elle devient Lili Marlène « Vor der Kaserne ». Dans tous les registres elle percute. Chanteuse réaliste, hop, la voilà transformée en ce Marius qui « a envie d’ailleurs » et en même temps, face à lui, elle est Fanny pleurnichant, effondrée parce que son fiancé va lui préférer cet ailleurs-là. Elle met dans le coup et cite Desnos qu’elle aime, puis adopte un ton Comédie Française-Odéon 1930 cuistre, emphatique et ronflant ou encore nous fait frissonner comme seule Piaf le faisait. Sans qu’une note en sorte, elle fait haleter son accordéon dont elle joue de la main gauche tandis qu’elle souffle dans la petite trompette qu’elle tient dans la droite. Et elle sort de scène, repassant par la salle. Combien de personnages ce Frégoli femelle, cette énergique protéiforme héberge-t-elle dans son gosier ? et combien encore sont-ils dans cette demeure avec escaliers dérobés, trappes, greniers aux malles gonflées de costumes dont elle ne tient probablement pas le compte et autres cuisines confortables, voire somptueuses qu’elle a arrangée méticuleusement pour y loger son univers ? Clémence est remarquable et ce « tour de chant théâtral » est un cadeau dont vous n’avez pas le droit de vous priver, non plus que d’en priver vos amis. Théâtre des Mathurins, mercredi et vendredi à 21 h. Réservations : 01 42 65 90 00

08 juillet 2007

Que je t'aime, de et par Clémence Massart

Il fallait un sacré culot pour décider de porter au théâtre le courrier du cœur des magazines féminins dans les années 50-60. Clémence nous re-propose ce « Que je t’aime », mis en scène par Philippe Caubère, qui avait donné le tournis aux spectateurs avignonnais il y a une dizaine d’années. Ah-que voilà un titre titre connoté ! mais quand Clémence saisit son accordéon et donne , sans l’ombre d’une sonorisation, de cette voix multiple aux tonalités étourdissantes, on rêve d’une gigantesque trappe happant toutes ces bêtes de scène, brailleurs et confiscateurs de médias financièrement complices. Vraies prudes, fausses ingénues, apprenties rouées, provocatrices patentées, anti-héroïnes précoces ou plus que mûres, celles qui avaient pour madonne-et-intercesseuse Ménie Grégoire, Clémence les récupère toutes. Elle les réinvente, les retouchant un peu au passage. Avec un brin d’accent foncièrement authentique, de Guiguite ou de Berthe de Marseille ou du Berry et consoeurs, ou des intonations de Madame Simone, ou plutôt cécile de la rue de la Roquette, à Paris . Sensations , élans réprimés ou au contraire réclamés, Clémence est une petite fille, prude ou ogresse en puissance, une matrone revenue de presque tout mais qui aimerait bien, une fois encore, tâter de la chose. Enormes yeux bleus avides mais tutélaires, vastes pommettes réconfortantes, ses lèvres sont d’une mobilité qui déconcerte et ses moues anticipent les situations, puis les escortent sans les parasiter .Truculente, farfelue, elle fait mine d’avoir des tics et avec des demi-gestes brefs elle tapote, comme pour la défroisser, sa robe de petite fille ou nous montre l’arrière de sa culotte petit bateau comme elle l’a probablement fait au camarade qui, à la récré, aurait tenté de la coincer du côté des toilettes. Elle empoigne son accordéon qui lui barricade le torse ; petite musique ou grand airs s’imposent : atmosphère. Rejoignant Ferré et consorts elle chante les hommes qui passent, l’émotion qu’ils suscitent chez leurs partenaires accidentelles, lucides ou pas. Seule en scène devant quelques chaises de bistrot, cette caméléone a maintenant cent voix plus une. On lui sauterait au coup, on se dit: ce n’est pas possible que ce qu’elle fait soit d’une telle qualité mais on devine le travail acharné de cette surdouée pour que tout soit si juste. Petit clin d’œil gouailleur : elle fait mine d’être estomaquée de ce qui ce passe et nous prend à témoin du résultat. Le public en redemande, se prépare à rempiler et à retrouver cette prodigieuse Clémence dans son autre spectacle, ce « tour de chant théâtral » qu’elle donne en alternance dans le même théâtre jusqu’au 2 septembre.
Théâtre des Mathurins. Que je t’aime : les mardi, jeudi, samedi, dimanche à 21h et La vieille au bois dormant : les mercredi et vendredi à 21h.. Réservations : 01 42 65 90 00

03 juillet 2007

Les joyeuses commères de Windsor, de Shakespeare

Mise en scène : Idriss
Désolée parce que Shakespeare dans une de ses pièces historiques avait fait mourir de chagrin Falstaff, compagnon de jeunesse et de débauches de son ancêtre Henry V, Elizabeth I aurait demandé à l’auteur de le ressusciter. Et de l’entourer une fois encore de sa petite clique de séides et d’écornifleurs. Banco : une première version de cette farce a été aussitôt concoctée et après la réouverture des théâtres, bannis par Cromwell, elle s’est redonnée devant des publics chaque fois morts de rire. Peut-être parce que la morale de l’histoire envoie au tapis les dérives licencieuses de la galanterie courtoise et vante un certain bon sens lié aux valeurs dites ‘bourgeoises’. Peut-être aussi par ce que la mésalliance de deux jeunes gens, amoureux aussi éperdus qu’astucieux, est l’intrigue secondaire de cet ancêtre du vaudeville. La pièce est un feu d’artifice de jeux de mots, une surenchère d’aphorismes loufoques, de calembours subtils, de contrepètries grivoises, de répliques emberlificotées à double et triple fonds. Le tout est forcément difficile à rendre dans une traduction. Cela se termine par le commentaire du père de famille dont la fille vient de convoler en douce avec un prétendant non souhaité : « Ce qu’on ne peut éviter, on doit l’accepter ». Quant à sir Falstaff , pivot-prétexte de la pièce, c’est le prototype du bon vivant aux failles aussi visibles que pardonnables : tel était le désir de la Reine, wasn’t it ? Moins débonnaire que ses allures de bon gros ne le laisseraient supposer, il a des rapports ambigus avec l’argent et les femmes, et n’hésiterait pas à se faire entretenir par une ou même deux maîtresses à la fois, pour peu qu’elles aient du bien. Flou parfois, mais euphorique en général, buvant plus que de raison il passe outre à tout. Quitte à se faire embobiner, ridiculiser, bastonner et finalement confondre par deux dames complices l’une de l’autre : Mistress Page et Mistress Gué. Pour faire prendre en flagrant délit le gaillard insatiable, elles l’ont convié à des soi-disant rendez-vous galants, chez elles et en l’absence de leurs conjoints. Peut-être s’ennuient-elles un brin auprès de leurs notables de maris auxquels elles n’ont pourtant pas décidé d’être infidèles. Dans la mise en scène d’Idriss, elles ne sont pas insensibles au charme des jolis cœurs, pages et autres messagers, ces jeunes comédiens qui contribuent à faire un régal de cette distribution nombreuse (16 comédiens). Mise en scène rythmée par des musiques de cirque, le ton et le tempo une fois donnés ne faillissent pas et la sarabande se termine par un ballet funambulesque dans la forêt de Windsor .La petite communauté s’y est travestie en fées et lutins, certains sont affublés de costumes d’animaux en peluche. Un médecin français (Antoine Brin) a l’allure et le chapeau d’un collègue du temps de Molière : il zozotte et crachotte. Un Gallois, sir Hugh Evans, pasteur de son état (Frédéric Touitou) s’est doté d’une atroce parodie d’accent franglais, il en fait beaucoup avec des allures de méchant loup. Nicole Gros est la traditionnelle, redoutable et omniprésente entremetteuse, Mistress Quickly. Les maris des commères, Page (Jean-Jacques Duquesne), et Gué (Christian Chauvaud) sont aussi empathiques que Mistress Gué (Diane de Segonzac) est malicieuse et rigolarde et que Mistress Page( Marie-Véronique Raban) est madrée et aguicheuse. Dégaine à la Carlos, voix et intonations à la Noiret, « plein d’soupe » réjoui , Jean-Guillaume le Dantec est un Falstaff vantard, pléthorique et épatant. En l’absence de décor les comédiens défilent avec des banderoles indiquant le lieu où chaque épisode se déroule, selon la tradition. Sur scène on s’interrompt, se coupe la parole, on rapplique ensemble, le tout tambour battant. Et la salle n’en finit pas de s’esclaffer.
Théâtre du Nord-Ouest, les 5, 6, 7, 8, 9, 10, 13, 14, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23 et 24 juillet. Horaires et dates en août : 01 47 70 32 75

Les joyeuses commères de Windsor, de Shakespeare

Les joyeuses commères de Windsor, de Shakespeare
Mise en scène : Idriss
Désolée parce que Shakespeare dans une de ses pièces historiques avait fait mourir de chagrin Falstaff, compagnon de jeunesse et de débauches de son ancêtre Henry V, Elizabeth I aurait demandé à l’auteur de le ressusciter. Et de l’entourer une fois encore de sa petite clique de séides et d’écornifleurs. Banco : une première version de cette farce a été aussitôt concoctée et après la réouverture des théâtres, bannis par Cromwell, elle s’est redonnée devant des publics chaque fois morts de rire. Peut-être parce que la morale de l’histoire envoie au tapis les dérives licencieuses de la galanterie courtoise et vante un certain bon sens lié aux valeurs dites ‘bourgeoises’. Peut-être aussi par ce que la mésalliance de deux jeunes gens, amoureux aussi éperdus qu’astucieux, est l’intrigue secondaire de cet ancêtre du vaudeville. La pièce est un feu d’artifice de jeux de mots, une surenchère d’aphorismes loufoques, de calembours subtils, de contrepètries grivoises, de répliques emberlificotées à double et triple fonds. Le tout est forcément difficile à rendre dans une traduction. Cela se termine par le commentaire du père de famille dont la fille vient de convoler en douce avec un prétendant non souhaité : « Ce qu’on ne peut éviter, on doit l’accepter ». Quant à sir Falstaff , pivot-prétexte de la pièce, c’est le prototype du bon vivant aux failles aussi visibles que pardonnables : tel était le désir de la Reine, wasn’t it ? Moins débonnaire que ses allures de bon gros ne le laisseraient supposer, il a des rapports ambigus avec l’argent et les femmes, et n’hésiterait pas à se faire entretenir par une ou même deux maîtresses à la fois, pour peu qu’elles aient du bien . Flou parfois, mais euphorique en général, buvant plus que de raison il passe outre à tout. Quitte à se faire embobiner, ridiculiser, bastonner et finalement confondre par deux dames complices l’une de l’autre : Mistress Page et Mistress Gué. Pour faire prendre en flagrant délit le gaillard insatiable, elles l’ont convié à des soi-disant rendez-vous galants, chez elles et en l’absence de leurs conjoints. Peut-être s’ennuient-elles un brin auprès de leurs notables de maris auxquels elles n’ont pourtant pas décidé d’être infidèles. Dans la mise en scène d’Idriss, elles ne sont pas insensibles au charme des jolis cœurs, pages et autres messagers, ces jeunes comédiens qui contribuent à faire un régal de cette distribution nombreuse (16 comédiens). Mise en scène rythmée par des musiques de cirque, le ton et le tempo une fois donnés ne faillissent pas et la sarabande se termine par un ballet funambulesque dans la forêt de Windsor .La petite communauté s’y est travestie en fées et lutins, certains sont affublés de costumes d’animaux en peluche. Un médecin français (Antoine Brin) a l’allure et le chapeau d’un collègue du temps de Molière : il zozotte et crachotte. Un Gallois, sir Hugh Evans, pasteur de son état ( Frédéric Touitou) s’est doté d’une atroce parodie d’accent franglais, il en fait beaucoup avec des allures de méchant loup. Nicole Gros est la traditionnelle, redoutable et omniprésente entremetteuse, Mistress Quickly. Les maris des commères, Page (Jean-Jacques Duquesne), et Gué (Christian Chauvaud) sont aussi empathiques que Mistress Gué (Diane de Segonzac) est malicieuse et rigolarde et que Mistress Page( Marie-Véronique Raban) est madrée et aguicheuse. Dégaine à la Carlos, voix et intonations à la Noiret, « plein d’soupe » réjoui , Jean-Guillaume le Dantec est un Falstaff vantard, pléthorique et épatant. En l’absence de décor les comédiens défilent avec des banderoles indiquant le lieu où chaque épisode se déroule, selon la tradition. Sur scène on s’interrompt, se coupe la parole, on rapplique ensemble, le tout tambour battant. Et la salle n’en finit pas de s’esclaffer.
Théâtre du Nord-Ouest, les 5, 6, 7, 8, 9, 10, 13, 14, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23 et 24 juillet. Horaires et dates en août : 01 47 70 32 75

01 juillet 2007

Richard III, de Shakespeare

Adaptation: Jean-Pierre Müller et Philippe Seurin
Mise en scène : Jean-Pierre Müller
En proie à des forces traditionnellement décrites comme celles du mal, qu’il ne maîtrise pas mais identifie et recense bien , le duc de Gloucester, en passe de devenir roi, puis couronné Richard III, est-il susceptible d’avoir une vision politique des choses ? N’est-il qu’un personnage caricatural, monstrueux , aspirant à tout exacerber pour donner l’impression de prendre une revanche multiple sur un sort qui l’a fait naître maléficié, boiteux-bossu, trop près du trône de ses pères, oncles, frères et neveux ? Lui, l’impatient, l’insatisfait. Les ruses et les crimes abjects par lesquels il s’empare du pouvoir et réussit à le conserver se ressemblent et finiraient par lasser. Il fait supprimer son frère et rival pour hériter de la couronne de leur autre frère Edouard IV. Après avoir épousé Anne, veuve du prince de Galles, il fait assassiner leurs jeunes enfants, la répudie ensuite pour épouser sa propre nièce Elisabeth fille d’Edouard IV. Mais ses anciens amis et complices, mal récompensés de leurs bons offices, révoltés et épouvantés se rebellent contre lui, lèvent les troupes qui le battront à la bataille où il meurt après avoir fait preuve d’une vraie bravoure et d’un courage inouï qui n’apparaissent pas ici ; Jean-Pierre Müller ayant pris le parti de supprimer les séquences relatives aux batailles. Sa mise en scène est par ailleurs rapide, rigoureuse, efficace, lisible et parfaitement respectueuse du texte . Dix-huit comédiens et comédiennes jouent les personnages disciplinés qui sont parties prenantes, alliés et désalliés de Richard, hommes du peuple ou simple exécutants. Ils restent loyaux à leurs chefs ou suzerains, et n’affrontent le monstre qu’à la toute fin. Par contre les femmes, la duchesse d’York et les reines Elizabeth et Margaret, ont des statures étonnantes, elles résistent et lui tiennent magistralement tête. Philippe Seurin est un Richard III qui mène tambour battant cette pièce qu’il porte aussi à bout de bras. Maugréant ou tonitruant, coléreux, vachard, inquiétant, râleur ou faux-jeton, mielleux mais poignant ou même pitoyable dans un épisode où il s’effondre presque en larmes , son magnétisme fascine . Particulièrement dans l’épisode célèbre où il séduit lady Anne en pleurs devant le cercueil de son époux, et cet autre où , se laissant offrir la couronne, il joue l’indifférence de l’homme absorbé en prières et considérations pieuses. Autour de lui dans des décors et lumières très stylisés comme le sont aussi les costumes, modernes pour la plupart, ses camarades sont tous parfaits. Ce Richard III est de grande classe.
Théâtre du Nord Ouest, Les 1er, 2, 3 juillet, les10 ,15 ,16 ,20 ,24 ,25 ,26 août et les 19, 21, 23, 24 septembre. Horaires et réservations : 01 47 70 32 75