30 janvier 2008

Ashes to ashes, de Harold Pinter

Le titre n’a pas été traduit, probablement parce qu’il est aussi énigmatique qu’agressif, et que chez nous il rime d’abord avec ‘hache’. Ce spectacle court est ‘quintessenciellement pinteresque’. Et ce n’est pas peu dire. On y trouve et retrouve tout ce qu’on aime chez cet auteur qui a fait que le théâtre après lui ne sera jamais plus ce qu’il était avant. Soit Harold peut-être à son ‘best’, et qui se fait un ‘check-up’. Cela donne ‘je dis, je re-dis, je re-redis’. Et encore ‘je questionne, je re-questionne, je m’informe, je me ré-informe, je vérifie, je re-vérifie… je me persuade de, je me re-persuade de’… et je reformule tout ‘ad nauseam’ comme diraient certains anglophones. Ici tout est très ‘top’, mais paradoxalement cela fonctionne. Un homme, une femme. Lui, verre de cognac à la main interviewe Elle. Et Elle a probablement résolu d’être honnête. Qui est-il par rapport à elle, qui est-elle par rapport à lui… des amants à venir, passés ou provisoires ? Que veut-Il, ce Lui si professoral, savoir d’Elle, et pour quoi faire? «Bon, écoute, recommençons à zéro». A quoi servira ce lit plutôt trop mince et dérisoire posé sur le plateau? Pourquoi évoquer ces cendres auxquelles nous sommes destinés à être réduits puisque «poussière tu es et à la poussière tu retourneras», comme Rebecca et Devlin l’entonnent ensemble? Et ne nous reparlez pas de fours crématoires. Comprend-on quelque chose à cette absence ou à ce manque d’enfant qu’elle confesse ou déplore à la toute fin et qui fait que tout s’arrête net ? Elle, Rebecca : Karine Adrover est une jeune femme plus que très jolie et une comédienne rare ; après l’avoir vue dans ce rôle on ne donne pas une chance à celle que le reprendrait. Lui, Eric Fanquelin, ce Devlin incisif et professoral qui la questionne, a une voix grave et une présence intense. Il est parfait. En lever de rideau on a droit à un petit film dérangeant de sept minutes intitulé Le nouvel ordre mondial dont on ne voit pas bien ce qu’il a à voir avec l’histoire, même si Harold Pinter a donné son assentiment pour qu’il lui serve de prologue. Un homme à demi-nu, à la tête masquée par un capuchon, est ligoté sur une chaise. Deux individus aussi laids que sinistres, visages en gros plans, discutent de ce qu’ils vont lui faire subir. Ecrit par Pinter lors de la première guerre du Golfe, il s’agit d’une reconstitution de ce qui se serait passé dans une prison américaine en Irak et dont les images ont été largement diffusées sur Internet. Soit les horreurs de ce monde vues par un auteur pour qui la Shoah est un cauchemar dont il ne peut pas se réveiller et dont il ne veut pas que nous nous réveillons jamais. Cependant on ne voit pas à quoi sert ce prologue plus que grinçant greffé sur cette petite pièce parfaitement dérangeante mais qui fait tilt.
Théâtre Essaïon, du 14 février au 19 avril, les jeudi, vendredi et samedi à 21h30. Réservations : 01 42 78 46 42