30 janvier 2008

Le château de l'âme, de Sainte Thérèse de Jésus d'Avila

Le château de l’âme ou livre des demeures, de Sainte Thérèse de Jésus d’Avila
Adaptation et jeu : Lucile Vignon
De la coulisse monte une voix de mezzo grave et sensuelle ; elle fait ressurgir l’Espagne et la Renaissance. On frissonne et pressent qu’au terme de ce qui ressemble vite à un pèlerinage on ne sera plus tout à fait le même. Apparaît la comédienne dans son costume de moniale : visage lumineux et mains aux longs doigts expressifs. Côté jardin une table avec un large cahier ouvert posé dessus, une chaise qu’elle utilisera aussi peu que le prie-dieu côté cour. Elle se met aussi à genoux ; ses gestes et ses mouvements sont gracieux. Au centre de l’espace scénique une vaste croix aux couleurs aussi naïves que célestes. Mère Thérèse nous prend par la main pour nous faire pénétrer dans les successives demeures de l’âme. Mais elle nous a prévenus : «Portez les regards au centre du château. C’est là qu’est la demeure, le palais où habite le Roi». Puis elle concède «D’après ce que je peux comprendre, la porte qui donne entrée dans ce château c’est l’oraison et la considération». Petit à petit tout devient simple : Thérèse d’Avila n’est pas que cette immense mystique, femme et esprit inclassable, révérée mais parfois caricaturée, comme l’avoue Lucile Vignon. Elle est d’abord cette prieure, cette mère, ce professeur qui apprivoise des vérités troublantes en les partageant avec ses filles qui sont aussi ses sœurs. Joie, souffrances, forces, faiblesses , tempêtes et paix, «suavité et dilatation intérieure». Des silences intenses nous laissent méditer en même temps que la comédienne qui souriante, a repris le récit de sa quête, et s’étonne de ce qu’elle a découvert et découvre encore. Elle chante une nouvelle prière. Elle demande : «Savez-vous quand on est vraiment spirituel ?» Le voyage est sur le point de s’achever. Thérèse nous convie à toucher le cœur de son Seigneur et Maître en étant d’abord humble. Bras étendus, tournant le dos à la salle, elle s’approche du grand crucifix pour ne faire plus qu’un avec lui. Puis elle s’efface et rejoint l’obscurité. Poétique, initiatique, bouleversant, ce spectacle a été créé au festival d’Avignon-Off où il a vite trouvé son public. Certains de ceux qui l’on vu plusieurs fois ont confié à Lucile Vignon qu’ils n’adhéraient à aucune religion. Que dire de plus pour vous engager à aller le découvrir?
Crypte du Martyrium de Saint Denis, Paris- XVIIIème, à partir du 1er février. Horaires et réservations : 01 42 23 48 94