21 janvier 2008

Le jeu de l'amour et du hasard, de Marivaux

Mise en scène de Xavier Lemaire
Marivaux subtil, élégant, philosophe incomparable autant que cruel, analyste plus que méticuleux des travers de la société de son temps, de tous les temps, fait en principe salle comble au théâtre. Dieu merci, sa Dispute jouée actuellement au Théâtre Treize est plus que jubilatoire. Peu de temps après la création du Jeu de l’amour, voyez années 1730, on lisait dans les Notices sur les pièces de théâtre: « Le style de Marivaux va tellement au courant de la plume que tout dépend du ton où il est monté tel jour ». Donc Monsieur Orgon a décrété qu’il est urgent de marier sa fille Silvia. Son choix s’est porté sur un certain Dorante. Mais Silvia, peu désireuse de se soumettre aux lois d’un mariage ‘de raison’ prétend privilégier « un combat entre l’amour et la raison ». Elle obtient de son père la permission d’endosser le costume de Lisette, sa servante, le jour de sa première rencontre avec Dorante. Monsieur Orgon acquiesce d’autant plus aisément qu’il a confié à son fils Mario que chez ‘la partie adverse’ entendez la famille du futur gendre, Dorante a eu la même idée. Donc Arlequin, valet rebaptisé Bourguignon se présentera devant Silvia prétendant être son fiancé Dorante. La suite : embrouillaminis, quiproquos, imbroglios et situations dignes d’un carnaval où tout le monde a licence de se déguiser en tout le monde et vice-versa pour mieux s’entre-démasquer jusqu’à ce que les dieux, avec Eros en tête de peloton, y reconnaissent les leurs. Toutes sortes d’ingrédients ont été réunis pour faire de ce spectacle une soirée ou même une matinée jubilatoire: un rythme rapataplan, des décors transformables, jolis et ingénieux. Les costumes sont ‘intemporels’ selon le vœu du metteur en scène. Bémol ! là ça coince plutôt: il a laissé Brigitte Elbar, sa costumière, affubler Silvia d’une robe sèche et rêche avec poches gigantesques que n’aurait pas reniée ce couturier Palois, géométricien faisant florès dans les années soixante-dix. D’accord, les comédiens sont parfaitement ‘en situation’, et la charmante Isabelle Andréani est une Lisette accorte, joviale et pétulante. L’ennui c’est que face à elle, Silvia ,Gaëlle Billaut-Danno, est aigüe et plus froide encore qu’une mégère inapprivoisable. Son Dorante, visage figé-crispé est sinistre. Certes on est au énième degré, et bien sûr la pièce est une remise en question de cette institution archaïque qu’est le mariage, en plus d’une satire de la société d’alors, de ses conventions et autres hypocrisies ou préjugés érigés en code de conduite. Voilà qui est louable et si consensuel n’est-ce pas ! Puisqu’il n’y a plus de suspense et que tout est devenu glacé et plutôt consternant, on s’ennuie. Aux saluts, les lycéens et les étudiants dans la salle, comble ce soir-là, trépignent de joie. Dans ce qu’on peut qualifier de re-lecture de Marivaux, selon nous, il y a du jeu, certes, et peut-être même du hasard mais la démarche du metteur en scène est bien hasardeuse. Au rayon amour, c’est le vide.
Théâtre Mouffetard du mercredi au vendredi à 20h30, samedi à 17h et 21h, dimanche à 15h. Réservations : 01 43 31 11 99