24 janvier 2008

Sous-sols

Sous-Sols, écriture et mise en scène : Claire Dancoisne
Par le Théâtre de la Marionnette à Paris
«Voici notre histoire, c’est une histoire très triste». Qui parle ? Un personnage ressemblant de façon troublante à ceux des Bas-fonds de Gorki dont Claire Dancoisne avoue en avoir emprunté un certain nombre pour les recycler, ou plutôt les réinventer. Sur scène des êtres non identifiables, vraies-fausses marionnettes, la tête recouverte d’une cagoule noire avec, appliqués contre l’estomac, des masques grotesques en forme de visages à grosses rides sourcils hirsutes et yeux écarquillés : ce sont les ‘damnés de la terre’ manipulés et opprimés par le pouvoir en place. Ils se sont réfugiés dans des caves où ils se chahutent, s’affrontent, se réconfortent, se réconcilient, parce qu’au fond ils ne sont pas méchants. « L’homme croit bien faire et les autres ne sont pas contents» comme aurait dit celui qui avait choisi pour pseudonyme Gorki : l’amer. Pendant ce spectacle qui sidère et dérange dès la première minute, une petite dizaine de phrases seront prononcées en français, en russe ou encore en anglais. «Les hommes ne sont pas des cafards faits pour s’égailler dans tous les sens» écrivait encore Gorki, et dans un décor constitué par un entassement d’éléments tubulaires asymétriques montés sur roulettes et qu’on dissocie et trimbale, débarquent des insectes plus ou moins préhistoriques. Ils seraient monstrueux s’ils n’étaient pas réduits à des squelettes en fil de fer eux aussi montés sur des roulettes et drivés par les comédiens qui ont quitté leurs énormes capes beiges pour se retrouver en maillot d’acrobates de foire. Des chauve-souris stylisées accrochées à des fils tournoient comme dans un manège. Une cage descend des cintres, s’en échappent des dizaines de personnages qui envahissent le plateau, escaladent les échafaudages ou se réfugient dessous. Un piano dont un musicien extrait des sons métalliques, valdingue. Des câbles montant vers les cintres s’enflamment. Contorsions, trépignements, bruits, mouvements et rythmes frénétiques ou au contraire très chorégraphiés, cela tient du dessin animé et du cinéma des premières années du muet. Tout se joue sur un mode dérisoire qui paradoxalement engendre l’émotion puisque scandalisés mais attendris nous nous identifions à ces pantins malmenés, mais farfelus et resilients. Aussi cohérent qu’apparemment incohérent, ce spectacle servi par deux comédiennes et quatre comédiens étourdissants d’agilité est ludique au plus haut point. ‘Très beau travail’, comme diraient plus que sentencieusement certains critiques de théâtre, si rationnels et qui ne veulent pas avouer leur admiration pour ce spectacle destiné à voyager, a être donné et redonné hors d'un certain hexagone.
Théâtre Paris-Villette, lundi, mercredi et samedi à 19h30, mardi, jeudi et vendredi à 21h. Renseignements et réservations : Théâtre de la Marionnette à Paris : 01 44 64 79 70 au
Théâtre Paris-Villette : 01 40 03 72 23